En préambule de cet article, nous devons vous mettre en garde. Les conseils que nous allons délivrer ne doivent pas occulter votre rôle au sein du cabinet zen. Vous en êtes le personnage principal, celui qui va donner le tempo de la structure et générer son ambiance. Ne vous oubliez donc pas ! Prenez soin de votre corps et de votre esprit, écoutez-vous et ne succombez pas au stress que vous transférerez inconsciemment à vos patients.

1 – Des matières, des formes et des couleurs reposantes

S’il est une matière à privilégier dans votre cabinet zen, c’est le bois. Il évoque naturellement le retour aux sources et la sérénité. Un beau parquet se prête donc très bien à une ambiance zen. Les réalisations inspirées du zen épousent souvent des couleurs naturelles, dans des tons doux, comme le blanc, le gris ou le beige, qui ont le pouvoir de provoquer un sentiment de détente. Toutefois, même  si la base repose sur un camaïeu de couleurs claires et naturelles, on peut aussi inviter le rouge dans cette ambiance. Associé au gris, ou à un beige clair, il apporte une vibration et réchauffe l’atmosphère. Dans la tradition du bouddhisme, la couleur rouge est celle de la vie et de l’amour. Si les moines bouddhistes portent une robe rouge, vous pouvez parfaitement l’utiliser, avec modération ! Optez pour un mur rouge, un...

canapé ou un luminaire, une note suffit. Côté mobilier, les meubles de style zen sont caractérisés par des lignes claires et évitent les détails complexes et l’excès d’ornements. Les normes rondes ou ovales sont recommandées. Elles évoquent la douceur et invitent à la quiétude.

2- De la musique pour détendre les patients

Pour la musicothérapeute Alexandra de Fonds-Montmaur, «  il n’existe pas de playlist universelle qui conduirait tous les auditeurs à la détente ». Exit donc l’idée de créer un enchaînement de vingt titres diffusés dans la salle d’attente pour relaxer les patients. « De nombreuses recherches ont été effectuées dans le but d’établir des liens entre la musique et l’état émotionnel des patients, mais les conclusions ne sont pas définitives. Sont par exemple souvent mises en avant les pulsations d’une musique, c’est-à-dire le nombre de battements à la minute.  Plus ils sont lents, plus la chanson serait apaisante. Il  existe d’ailleurs de nombreux disques dédiés à la relaxation. Or, rien ne prouve que cela fonctionne à chaque fois », tempère la musicothérapeute. D’ailleurs pour contre-exemple, Alexandra se souvient avoir reçu dans son cabinet des personnes qui écoutaient du métal pour se détendre. «  La musique sollicite différentes parties de notre cerveau et réveille des émotions liées à l’histoire de chacun ». En réalité, les liens qui unissent un auditeur à une musique sont uniques. En revanche, « la musique est un excellent médiateur, rappelle la thérapeute, elle constitue un support très efficace pour créer un lien et bâtir une relation avec le patient ». Elle peut permettre de sortir du champ strictement médical pour évoluer de nouveaux sujets. Une évasion, voire une diversion mentale, qui peut conduire le patient à surpasser son état de stress. Le but recherché donc !

3 -Un cabinet Feng Shui pour des ondes positives

Le cabinet parisien du Dr Franck Moatty a été conceptualisé pour inviter les patients à se détendre. Lui-même électrosensible, le praticien a demandé aux entrepreneurs une structure exempte d’ondes de basses et hautes fréquences avec des cibles blindés et des peintures au carbone. Le Dr Moatty se souvient également de l’étonnement de Bernard Figard, le directeur de Arseus Dental, lorsque l’emplacement des fauteuils dentaires et des bureaux a été décidé à l’aide d’une boussole ! « Les amateurs de Feng Shui comprendront… Nous avons sollicité une experte en Feng Shui traditionnel Chinois, Olivia Roy, pour qu’elle travaille avec notre architecte. Ils avaient pour mission commune de définir, en fonction des énergies, les espaces du cabinet qui porteraient notre productivité et notre vitesse d’exécution mais aussi, ceux qui au contraire, inciteraient à la détente et la relaxation », explique le chirurgien-dentiste.

4 – Une salle d’attente qui apaise

La salle d’attente constitue le premier point de contact entre vous et vos patients. Une salle d’attente bien aménagée doit être joyeuse et apaisante. Avant tout, sélectionne les magazines mis à disposition. Evitez les hebdomadaires d’actualité ou de santé qui peuvent générer des angoisses, préférez les publications liées aux voyages, à la décoration, au jardinage, etc. Choisissez des fauteuils et chaises d’attente au design scandinave inspiré du concept danois de «  hygge ». Ce type d’assise dégage un sentiment de bien-être, de calme. Mais attention si le design est important, le confort l’est aussi. Testez les assises avant vos achats. Pensez également à ajouter du vert. Les plantes naturelles favorisent le bien-être dans les espaces fermés. Pourquoi ne pas opter pour des tableaux végétaux à fixer facilement au mur qui nécessitent très peu d’entretien ? De leur côté, en rappelant les décorations d’appartements, les plantes en pot créeront une atmosphère cocooning. Enfin, moins classique, pour une ambiance cabinet zen, il existe des modèles de plantes venues du Japon. Connaissez-vous le «  kokeedama » ? Il s’agit de « sphères de mousse » sur lesquelles s’épanouit une plante. Toujours venu du Japon, le « masu », une ancienne mesure à riz devenue objet de décoration, offre raffinement et délicatesse avec des mini-paysages qui hypnotisent dans leur coffret en hinoki (cyprès du Japon).

5 – Des huiles essentielles et une communication maîtrisées

Sur les étagères du Dr Stéphanie Gouiran, les huiles essentielles ont trouvé leur place. Cette praticienne des Bouches-du-Rhône a développé ses connaissances en phytothérapie et aromathérapie(1). Pour « rendre zen » les patients et diminuer leur anxiété, elle conseille la diffusion en salle de soin d’huile essentielle de citron. « En salle d’attente, avant un acte chirurgical anxiogène, le patient peut mettre deux gouttes d’huile essentielle de lavande fine sur ses poignées, les frictionner et les respirer profondément, l’effet apaisant est instantané. » Rien d’étonnant, la lavande fine contient des esters à l’action sédative, calmante et antispasmodique (attention ne pas utiliser chez la femme enceinte ni chez l’enfant de moins de 7 ans). « Et puis ce n’est que du bonheur à respirer toute la journée. Certains patients viennent dans mon cabinet uniquement pour ma pratique de la phytothérapie appliquée à l’art dentaire », témoigne-t-elle. Parallèlement, Stéphanie Gouiran met en œuvre des stratégies de communication. « Chaque mot employé est pesé. L’exercice de style que nous nous imposons consiste à tourner nos phrases en positif car le cerveau humain ne retient pas la négation. Nous répétons des dizaines de fois par jour « rassurez-vous, tout va très bien se passer », et nous remplaçons les « ça va faire un peu mal » par « cela ne va pas être… très agréable ».

6 – Du bon usage des écrans

De plus en plus de praticiens installent une télévision dans leur salle d’attente et/ou dans la salle de soins. Objectif : détendre le patient. Mais attention, l’installation d’une « petite lucarne » peut être une fausse bonne idée car elle peut venir rompre le dialogue entre le chirurgien-dentiste et le patient. Se pose alors très vite une question. Quels programmes diffuser pour parvenir à l’objectif escompté ? Antoine H., installé à Bordeaux, a choisi les documentaires : « Les patients adorent, je ne suis pas obligé de mettre le son, les images de paysages sur le grand écran élargissent ma petite salle d’attente. Par ailleurs, cela contribue à donner une image de mon cabinet plus classe que si je proposais une chaîne d’infos. » Ce praticien va dans le bon sens. Premièrement les « docus » ont une « marque de fabrique », leur style. La multiplication de plans fixes et de séquences panoramiques de plusieurs minutes invite le téléspectateur à se positionner dans une échelle de temps plus longue. Deuxièmement, le choix des thématiques abordées par les documentaires est fondamental. « Moi je reste connecté aux chaînes Voyage ou National Geographic, je ne m’en lasse pas », poursuit le Dr H. Il ne s’agit effectivement pas d’opter pour des sujets liés à des problématiques écologiques ou au terrorisme mais de choisir des reportages portés sur les paysages, le voyage ou la nature. Attention toutefois de ne pas infliger à vos patients la traque d’une gazelle par un lion aux crocs saillants qui se terminera inexorablement par une attaque féroce…

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