Que ce soit pour des raisons économiques ou écologiques, le reskaiage est de plus en plus utilisé dans le domaine médical. Cette technique inclut le remplacement de la mousse, si besoin, et « permet de renouveler le revêtement d’un fauteuil car c’est une surface qui s’use, notamment à cause du passage des patients mais aussi de l’utilisation de produits désinfectants », explique Christophe Simon, président de Meunier-Carus, fabricant français de fauteuils et sièges médicaux personnalisables. D’autant plus depuis le début de la crise sanitaire. « Depuis l’apparition du Covid, beaucoup de dentistes passent sans cesse du désinfectant sur le support du fauteuil. Mais si le similicuir ressemble à du cuir, cela reste du plastique. On met du vernis dessus et à force d’y apposer du désinfectant, ça a tendance à enlever ce vernis protecteur et le produit craque », renchérit Corentin Petit, gérant de LPS, spécialiste de la sellerie. Mais au-delà de son aspect pratique, le reskaiage est surtout l’occasion de redonner un coup de neuf à votre cabinet avec une décoration plus vivante et personnelle. Le point sur une pratique qui présente de nombreux avantages.

Une intervention rapide

Le fauteuil étant votre principal instrument de travail, les selliers font en sorte de vous l’emprunter le moins longtemps possible. Si le cabinet se trouve à proximité de Meunier-Carus, située à Montferrat, en Auvergne, l’équipe se rend une première fois sur place pour vérifier l’état du matériel. « Parfois, on a des mauvaises surprises. Il peut y avoir des choses cassées ou fissurées qui nécessitent d’être réparées », explique Christophe Simon. Une fois la charge de travail évaluée, ses collègues et lui interviennent sur place le soir et démontent la sellerie avant de la ramener à l’atelier pour « enlever le revêtement, éventuellement réparer la mousse et mettre le nouveau. Cela prend...

une journée », avant de retourner chez vous le lendemain pour le montage final.

Si vous exercez à l’autre bout de la France, Meunier-Carus vous demandera de démonter la sellerie et convoquera un transporteur qui fera le trajet de chez vous à l’atelier. Car, quel que soit le cas de figure, « il faut toujours que ça revienne à l’atelier car il nous faut plusieurs outils pour désagrafer, insiste Christophe Simon. Il faut aussi éventuellement prévoir des résines pour réparer des coques en plastique. Car cela arrive qu’elles souffrent avec le temps mais c’est réparable ». Dans tous les cas, « on essaye d’immobiliser le matériel le moins longtemps possible pour ne pas bloquer l’activité du cabinet », insiste l’expert.

Même politique de l’efficacité chez LPS, à La Rochelle. « Quand on enlève l’outil de travail du client, il y a toujours cette idée d’urgence », explique Corentin Petit. C’est pourquoi, pour aller au plus vite, l’artisan demande toujours au praticien de lui envoyer une photo de la table en avance « pour examiner en amont l’état du travail ». « Après quoi, j’établis un devis et on propose un rendez-vous. Je me déplace moi-même. Je viens après les consultations du praticien démonter la table et réalise les travaux sous 24 heures. Puis, je reviens reposer le tout », détaille-t-il.

Une solution économique

Bien entendu, se tourner vers le reskaiage au lieu de racheter un nouveau fauteuil a pour intérêt premier de permettre des économies conséquentes. « Le Dr Breuneval a 65 ans et ne voulait pas repayer un fauteuil neuf maintenant, donc on a privilégié le reskaiage », témoigne son assistante Nadine Favre qui, il y a deux ans, s’est tournée vers Meunier-Carus pour le revêtement du fauteuil de son praticien. « En plus du skaiage, il a refait l’assise pour que le matelassage soit confortable, plus rembourré. » La marque propose des tarifs allant de 1 200 à 1 600 euros. « Cela peut monter à 1 700 euros maximum en fonction du revêtement mais ça n’ira jamais au-delà. », explique Christophe Simon. Quand on sait qu’un fauteuil neuf coûte entre 10 000 et 25 000 euros, il s’agit donc bien là « d’une solution économique qui permet au passage de donner un coup de frais à un fauteuil fonctionnel ». La réfection proposée par LPS va quant à elle de 600 à 750 euros tandis que le fabriquant Airel-Quetin, qui pratique le reskaiage sur ses propres produits, le facture environ 960 euros. 

Une solution écoresponsable

Au-delà des économies qu’il permet, le reskaiage a du bon pour la planète. En effet, cette technique permet « de ne changer que le revêtement et pas les coques en plastique complètes. Souvent quand le revêtement est usé et qu’ils veulent le changer, les fabricants proposent des lots de sellerie complets avec les coques en plastique et la mousse alors qu’il n’y a pas besoin. Il n’y a besoin de changer que le revêtement. Changer uniquement un revêtement, cela se fait très bien, ce sont des gestes maîtrisés », explique Christophe Simon. C’est exactement avec cette logique de maîtrise des déchets que Corentin Petit a eu l’idée d’offrir la réfection du tabouret aux dentistes. « Au départ, j’étais frustré car je voyais un beau fauteuil rénové et son tabouret pas du tout assorti, donc j’ai vite arrêté de facturer ce dernier. Je l’ai englobé dans ma prestation car finalement cela évitait de jeter les restes de la matière que les clients avaient déjà achetée pour la rénovation du fauteuil. Je préférais leur offrir ma prestation ; que ce soit coordonné et qu’il n’y ait pas de déchets », explique l’artisan. Et au passage, « cela permet à mon apprenti de se faire la main ! »

Un coup de neuf au cabinet

Vous ne pouvez plus voir votre salle de soins en peinture ? C’est le moment de changer la déco. Le reskaiage vous permettra d’assortir votre fauteuil au reste du cabinet sans en racheter un nouveau. « Le Dr Breuneval a refait son cabinet il y a cinq ans. Nous avons choisi un faux parquet au sol et des couleurs crème au niveau des placards. Au mur, nous avons accroché une photo d’un ciel brumeux, bleuté, prise par un photographe qui passait au-dessus du Nevada en avion. Nous avons voulu un fauteuil assorti et nous avons choisi un bleu Majorelle, comme la maison d’Yves St Laurent au Maroc. La matière : du skaï légèrement granulé, assez sympa. Mais discret pour qu’on puisse bien le nettoyer  », témoigne Nadine Favre.

Un modèle unique

Le reskaiage permet non seulement de relooker le cabinet mais également d’y ajouter une touche personnalisable, unique. En effet, vous pouvez demander n’importe quoi pour revêtir votre fauteuil. « Nous proposons de l’impression sur simili donc on peut s’amuser à incruster dessus des motifs, des dessins, des illustrations et même une photo », explique Corentin Petit. Pour autant, il semblerait que les dentistes n’osent pour l’heure pas encore trop se lâcher au niveau de la fantaisie. « Pour le domaine médical, on reste sur quelque chose d’assez sobre, d’uni, détaille le gérant de LPS. Personnellement je n’ai jamais eu de demande insolite, mais plutôt technique. Comme nous travaillons avec des produits récents qui répondent à pas mal de contraintes sanitaires, il y a moins de choix. Mais on pourra s’amuser avec du cuir avec un grain épais comme un grain de canapé pour que ça ait l’air plus premium. Nous proposons aussi du simili extrêmement lisse, produit phare en ce moment car les soignants qui désinfectent régulièrement leur support ont l’impression que le fait que ce soit si lisse rend la tâche plus facile. Mais ce n’est pas le cas, c’est psychologique. »

Ainsi, les chirurgiens-dentistes semblent beaucoup plus raisonnables que leurs confrères orthodontistes. Christophe Simon se souvient notamment d’un orthodontiste qui voulait « quelque chose qui crache ». « C’était un cabinet où tout était en peau de serpent. On a trouvé quelque chose en imitation croco remis au goût du jour avec un bleu très électrique, explique le chef d’entreprise, concédant : C’est moins adapté pour des soins dentaires classiques. »

Si vous n’avez pas vraiment la fibre artistique ou d’inspiration concernant votre décoration de cabinet et votre revêtement de fauteuil, pas d’inquiétude, les spécialistes sont aussi là pour vous guider. « Dans le métier d’artisan, on est formé à ça. On a une fibre d’artiste. Nous voulons toujours essayer de faire quelque chose de beau et de soigné pour le client. Dès le début, nous discutons avec lui du projet final, selon qu’il s’agisse d’une simple rénovation de fauteuil ou que cette dernière fasse partie d’un projet de décoration de cabinet. Nous regardons ensemble les coloris, nous écoutons ses envies pour y répondre au plus près tout en suivant les tendances », détaille Christophe Simon.

Parlant de ce qui se fait en ce moment, Corentin Petit, qui essaye toujours d’assortir fauteuil et tabouret au reste de la salle de soins, remarque un retour aux couleurs vives. « Il y a une période où la mode était aux tons pastel et aujourd’hui on retourne à des couleurs plus pétantes. Récemment, j’ai utilisé du vert, de l’orange, du fuchsia. Ça dépend bien sûr du goût de chacun mais j’ai l’impression qu’on me demande des couleurs plus chaudes. Peut-être en raison du climat un peu morose dû au Covid… » Au-delà de la couleur, les entreprises de reskaiage vous conseilleront bien sûr sur le type de textile à privilégier et la densité du vernissage. « Vous avez ainsi l’assurance d’obtenir une rénovation de fauteuil médical parfaite et sans mauvaise surprise », promet sur son site LPS qui travaille avec le fabricant français Serge Ferrari qui « propose des produits spécialement conçus pour le domaine médical, des bactéricides qui facilitent l’entretien des professionnels de santé ».

Un entretien facile

Ainsi, l’objectif des artisans est de vous proposer des revêtements faciles à entretenir. « Les produits Serge Ferrari proposent un traitement supplémentaire qui évite au praticien de nettoyer le revêtement avec des produits qui diminuent la longévité du reskaiage », promet Corentin Petit. Mieux encore : « normalement, aucun entretien n’est nécessaire. L’assistante n’aura pas besoin de désinfecter le revêtement. Le nettoyage se fait naturellement par le produit en lui-même. »

Quant au cabinet du Dr Breuneval, Nadine y nettoie « le fauteuil, qui est de très bonne qualité », avec « une lingette désinfectante ». En plus de quoi, elle le lave avec du savon et « rince bien pour qu’il n’y ait pas de produit qui reste sur le skaï au risque de l’endommager ». Meunier-Carus propose d’ailleurs, en plus du reskaiage, des produits désinfectants spécialement agrées aux normes hospitalières qui « n’abîment pas le revêtement ».

Combien de temps un fauteuil rénové peut-il tenir ? Bien qu’il s’agisse d’une politique de seconde main, le reskaiage de votre fauteuil devrait facilement tenir quelques années. « Cela ne m’est encore jamais arrivé mais si, au bout de quelques mois, une couture venait à lâcher, je reprendrais le revêtement sans aucun problème. Je dirais que le reskaiage dure au moins cinq ans », témoigne Corentin Petit. Même son de cloche du côté de Christophe Simon : « Un jour, trois semaines après le renouvellement de revêtement, on m’a appelé. Un patient l’avait accidentellement déchiré. Il a fallu le refaire et cela a été pris en charge par l’assurance du praticien mais normalement, un revêtement bien entretenu doit facilement tenir cinq, six ans. » Et parfois même, « huit, neuf ans », assure-t-il. «  Nous utilisons des revêtements haut de gamme, fabriqués en France, près de chez nous, et souvent des praticiens nous rappellent pour le changer – non pas parce qu’il ne tient plus mais pour redonner un coup de jeune au cabinet après quasiment dix ans. »

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