Cone beam, caméra intra-orale numérique, fauteuil ergonomique… Pour proposer des soins de qualité et travailler confortablement, le chirurgien-dentiste a régulièrement besoin de nouveaux matériels. Si, pour financer les gros investissements sans vider l’intégralité de leur trésorerie d’un coup, quelques praticiens continuent à avoir recours au crédit classique, de plus en plus se tournent vers la location de matériel (leasing). Car ce système leur permet de renouveler leur équipement souvent, et simplement, bénéficiant ainsi des dernières avancées technologiques. Ils peuvent alors avoir recours au crédit-bail ou à la location financière. Que recouvrent ces notions et en quoi diffèrent-elles exactement du crédit ?

Le crédit-bail

Quand un chirurgien-dentiste utilise l’option crédit-bail, il devient locataire du matériel, moyennant un loyer. Il s’agit d’une opération tripartite entre le fournisseur du bien, son utilisateur (le praticien locataire) et le bailleur, une société financière bénéficiant d’un agrément auprès de la Banque de France. Parmi les nombreux intermédiaires existants, la MACSF, assureur des professions de santé, réalise de nombreuses opérations de ce genre. « Chez nous, 95 % des opérations sont réalisées en crédit-bail et 5 % sont réalisées en crédit », explique Didier Preteux, responsable commercial de la filiale MACSF financement, qui recommande largement cette option « extrêmement souple et simple sur le plan comptable ».

Pour procéder, le créancier demande au client le nom de son fournisseur et le matériel qui l’intéresse. « La MACSF sera propriétaire du matériel. En fonction de la nature de ce dernier et de son fournisseur, nous établirons un dossier selon les chiffres qu’il nous communiquera...

sur son activité professionnelle. Il devra également anticiper ce que ce nouveau matériel pourra lui apporter », indique Didier Preteux. Après quoi, le chirurgien-dentiste pourra choisir la durée de la location. Cette dernière doit se rapprocher de celle d’amortissement fiscal, généralement comprise entre trois et sept ans, en fonction du matériel. « Pour du petit matériel comme un autoclave ou un stérilisateur, cela peut s’étaler sur deux, trois ou quatre ans, en fonction de l’investissement réalisé », poursuit le spécialiste.

Pour le rythme de paiement des loyers, le praticien peut choisir une option mensuelle, trimestrielle ou même annuelle. Ainsi, il peut adapter ses charges de remboursement à ses rentrées de liquidités. « Il peut également, quand les loyers sont mensuels, choisir un loyer majoré de 5, 10 ou 15 %, ce qui permet d’optimiser l’impact fiscal. Là, la déduction fiscale est simple puisque le loyer est entièrement déductible, c’est une seule écriture d’un point de vue comptable. Le chirurgien-dentiste déduira les loyers dans son compte de résultats. »

Le Dr Pierre Verpeaux, chirurgien-dentiste installé à Limoges en libéral depuis une quarantaine d’années, est un adepte du crédit-bail. « Avec le leasing, je sais où j’en suis. Je sais précisément ce que je paye et que ce montant-là va être déduit de mon chiffre d’affaires à la fin de l’année », se réjouit le praticien qui préfère, pour sa part, faire appel à sa banque pour financer ses investissements. « On se connaît depuis des années et je sais que je n’ai pas besoin de me bagarrer pour avoir un taux d’intérêt correct. »

Une fois le contrat arrivé à terme, le praticien pourra devenir propriétaire de son matériel, et l’inscrire dans ses immobilisations « avec une valeur de rachat d’un pour cent ou d’un euro en fonction de la durée », explique Didier Preteux. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans 98 % des cas, affirme l’expert. Cette option d’achat est sélectionnée, ou pas, dès la signature du contrat et, ce, à un prix déterminé. Autre possibilité : « Le praticien rend le bien au bailleur qui lui en fournit un autre en location. »

Bien définir son projet avant de signer

Mais si Pierre Verpeaux et le responsable de la MACSF trouvent de nombreux avantages au crédit-bail, tout le monde n’est pas de cet avis. Pour le Dr Olivier Wolff, chirurgien-dentiste installé à Cannes, « les taux sont plus importants qu’avec un crédit classique. Le crédit-bail, c’est intéressant quand on est soumis à la TVA afin de la récupérer mais dans les professions médicales, on n’y a pas droit ». De son point de vue, cette modalité de financement exige par ailleurs beaucoup trop de souplesse de la part du locataire. Le praticien, qui pratique l’implantologie avec deux autres associés, a beaucoup investi dans son cabinet de chirurgie, ainsi que dans un laboratoire de prothèse. Il n’est « pas fan » du crédit-bail. « Si vous avez opté pour un crédit-bail de cinq ans et qu’au bout de deux vous souhaitez vous débarrasser de la machine, cette option vous impose de payer intégralement. Même si vous avez déjà payé une partie et que vous voulez arrêter là, on vous demandera la somme complète. Vous êtes coincé », insiste-t-il. Pour Pierre Verpeaux cependant, cet argument n’a pas vraiment pas lieu d’être : « Quand on décide d’investir dans un matériel pointu et onéreux, on a longuement réfléchi en amont avant de passer le cap. » Quoi qu’il en soit, « avant de se lancer dans un crédit-bail, il faut bien se renseigner, tranche Olivier Wolff. Certains crédits-baux ont certainement des formules accommodantes mais il faut bien regarder avant de signer ». Or, en général, un dentiste n’a pas le temps de s’attarder sur genre de détails, déplore le praticien.

Le crédit « classique »

À l’inverse du crédit-bail, avec un crédit classique, le praticien achète le matériel. « Il paiera alors une mensualité constituée d’une part d’une dotation aux amortissements et de l’autre des frais financiers », explique Didier Preteux. Pour ce qui est de la fiscalité, la déduction pourra se faire de la même manière. À ceci près, qu’il « ne peut pas opter pour un versement annuel trimestriel ou semestriel. Il ne peut pas faire un loyer majoré, explique Didier Preteux. C’est une technique de financement très simple mais qui ne permet pas de moduler ses remboursements comme le crédit-bail. Cela rentre dans ses immobilisations. Avec le crédit, il y a un amortissement, c’est donc plus lourd en termes de gestion »« Les charges peuvent continuer à tomber même lorsque que votre amortissement est terminé », abonde Pierre Verpeaux, pas adepte non plus.

Mais Olivier Wolff, lui, préfère cette option : « Sur le labo, j’ai 40 000 euros de crédit engagés ». Pour lui, ce système est bien plus pratique. « Avec la Covid, vous pouvez arrêter de payer votre crédit pendant un an si besoin. Autre exemple : si une machine vaut 35 000, j’irai emprunter 35 000 euros à la banque sur cinq ans. Je rembourserai directement et, après ça, le matériel m’appartiendra. Je gère l’échelonnage comme je veux, la souplesse est totale. Dans le pire des cas, je revends la machine et récupère mon crédit dans la foulée », explique le chirurgien-dentiste qui s’arrange même pour « payer cash » autant que possible.

La location financière

Le principe de la location financière, terme généralement employé pour désigner la location de longue durée, est le même que celui du crédit-bail. « Là encore, le chirurgien-dentiste paiera un loyer, des prestations et le remboursement de la location de son matériel. C’est également évolutif car on peut moduler ses remboursements », explique Didier Preteux. Là aussi, il s’agit généralement d’une opération tripartite, à la différence près que le bailleur n’a pas à être un établissement de crédit. Il n’est pas soumis à l’agrément des autorités bancaires et n’a pas obligation d’être membre de l’Association française des sociétés financières (ASF). Force est toutefois de constater que l’essentiel du marché de la location financière est ouvert par des établissements de crédit, directement ou via leurs filiales.

Les caractéristiques du prix d’achat, de la durée du contrat, la périodicité du loyer et leur montant sont les mêmes que pour le crédit-bail. Là encore, cette option permet de financer le matériel toutes taxes comprises et donc de majorer les montants déductibles des bénéfices réalisés.

Le contrat, qui en principe ne prévoit pas de terme anticipé, peut être modulable, ce qui permet de pouvoir changer de matériel à la fin. Mais là, pas d’option d’achat possible, contrairement au crédit-bail. Le praticien devra restituer le matériel ou prolonger le contrat, si cela était dans les clauses initiales.

Ainsi, la location financière est un choix intéressant si le chirurgien-dentiste a pour objectif de s’équiper ponctuellement de matériel médical à forte obsolescence. Un principe que Pierre Verpeaux a toutefois du mal à envisager. « À part éventuellement pour les fauteuils que l’on doit changer de temps en temps et qui sont très onéreux, s’il n’y a pas d’option d’achat, je ne vois pas l’intérêt de payer à fonds perdu. Vous n’allez pas changer votre microscope ou votre radio une fois le leasing fini après cinq ans », s’étonne celui qui « achète toujours le matériel à la fin ». « Je suppose que c’est pour des gens qui veulent renouveler régulièrement mais ça vous fait vivre avec un crédit permanent », analyse-t-il. Et d’évoquer un possible phénomène générationnel : « Les jeunes sont peut-être plus demandeurs que les anciens de ce genre de choses ? ». Cette fois-ci, Olivier Wolff partage son avis. « La location financière, je n’ai jamais essayé, je suis un peu trop vieux pour ça. C’est plus un truc de jeunes », tranche-t-il.

Quel matériel pour les patients à besoins spécifiques ?

Concernant le matériel, le plus grand regret du Dr Verpeaux concerne les soins aux personnes à besoins spécifiques. « Il y a quelques années, je me déplaçais souvent en maison de retraite ou aux domiciles des personnes qui ne pouvaient pas se déplacer pour leur fournir des soins « , se souvient-il. « Normalement, chaque département est équipé de matériel censé être adapté à ces situations. Or, c’était catastrophique. Le matériel dont on disposait était complètement obsolète », déplore-t-il. Mais depuis quelques mois, les choses ont bien changé, assure l’Ordre de la Haute-Vienne. « Une de nos consœurs a été aidée pour financer un camion aménagé avec tout ce qu’il y a de plus compétitif en termes de stérilisation, radiologie, équipement bobines, aspiration séparée… pour soigner directement les patients en situation de handicap chez eux, ou en Ehpad à la demande des familles », explique Patrick Pommier son président. « Ce projet va permettre de résoudre de nombreux problèmes pour aider les patients vulnérables dans la région. Non seulement, cette praticienne s’occupera de Limoges et de ses environs, mais également de la Creuse ».

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