«Un salarié démotivé, c’est une pile électrique qui se décharge peu à peu. Un salarié en burn-out, c’est une pile en surchauffe qui finit par exploser. » Pour Régine Danet, coach professionnelle et manager du changement, démotivation et burn-out se manifestent différemment. « La différence principale, c’est une brutalité dans le burn-out et un désengagement plus ou moins progressif dans la démobilisation. » Avec la crise sanitaire, de plus en plus de Français ont été affectés par ces phénomènes, et, selon une enquête Opinion Way parue en juin, six salariés sur dix estiment que leur direction ne se rend « pas compte de (leur) état psychologique » et n’agissent pas en fonction. Voici quelques pistes pour réagir avant qu’il ne soit trop tard.

1- Soyez à l’affût des signes avant-coureurs

Fatigue, isolement, irritabilité, retards, allure négligée, troubles de la concentration et de la mémoire, perte d’efficacité… De nombreux symptômes facilement identifiables peuvent vous alerter. « Une personne démotivée a tendance à arriver à la dernière minute, à se préparer en avance pour partir pile à l’heure, à ne jamais s’attarder pour discuter une fois sa journée terminée et à répondre au patron de manière un peu fuyante et agressive », explique Catherine de Sinety, coach pour dirigeants d’entreprise. « Le salarié démotivé lâche progressivement car il a perdu le sens de son travail. Une multitude de facteurs font qu’il ne se sent plus suffisamment investi dans son métier. Au cabinet dentaire, cela peut se manifester par des erreurs de planning, de facturation, de dossier… », renchérit Régine Danet. Le burn-out, lui, concerne principalement des salariés « surinvestis personnellement et performants sur lesquels on s’appuie beaucoup. Ils ont des charges de travail...

importantes et à un moment donné, pour une raison X ou Y, ne sont plus en capacité de continuer », poursuit-elle. Aussi, si vous êtes ravi d’un employé très investi, ce n’est pas une raison pour charger la mule. Il est indispensable de savoir identifier la charge de travail réelle d’un salarié et les responsabilités qu’il peut prendre en charge.

Il faut également avoir conscience de ce qui pourrait constituer un frein à ce qu’il puisse réaliser sereinement sa mission, comme « des outils numériques non adaptés, des locaux mal configurés ». « Parfois, une charge de travail est assumée pendant des années jusqu’à ce que vous introduisiez un nouvel outil numérique, par exemple. La personne se retrouve alors en incapacité de faire aussi vite et bien qu’avant. Cela peut être un facteur déclencheur d’un mal-être beaucoup plus profond qui entraînera burn-out. » D’un coup, au réveil, le salarié se retrouvera paralysé, paniqué, refusera de revenir au travail et sera mis en arrêt maladie. « Après quoi, il ne revient quasiment jamais. La reconstruction après un burn-out prend beaucoup de temps. » D’après les statistiques, la durée de cette période s’échelonne de trois à dix-huit mois. Mais si le burn-out a entraîné une dépression, ce qui arrive malheureusement bien souvent, cela peut aller jusqu’à vingt-quatre mois. D’où l’intérêt pour le praticien de ne pas être dans le déni face au mal-être d’un salarié et d’agir en amont.

2- Proposez un entretien préventif

Si vous remarquez des signes avant-coureurs, un changement de comportement chez un salarié, proposez-lui immédiatement un entretien pour comprendre si ces « symptômes » ont un lien avec le travail. « Un patron doit spontanément savoir prendre soin de ses équipes. Il faut savoir faire preuve d’intelligence situationnelle et être observateur. Malheureusement, le plus souvent, les gens ont peur de poser des questions. C’est comme ça que les chefs d’entreprise se retrouvent avec des démissions qu’ils n’avaient pas vues venir », déplore Catherine de Sinety. Pour ne pas tomber dans ce piège, donnez rendez-vous à votre assistant(e) dans un endroit informel et discret, comme le café du coin de la rue, et ne prenez surtout pas de note. Soyez à l’écoute avant tout. « Quels éléments trouvez-vous stimulants dans votre métier ? », « Quels sont ceux qui vous mettent en difficulté aujourd’hui ? », sont autant de questions conseillées par Régine Danet.

« La démobilisation peut être due à un conjoint qui a perdu son emploi, à un divorce, à un déménagement… C’est important pour le dentiste de comprendre s’il peut agir ou seulement être en empathie avec son salarié. Si le mécontentement est lié au travail, il faut réfléchir avec lui sur la façon de procéder pour l’engager davantage à ses côtés », développe l’experte. Les enquêtes d’insatisfaction au travail mettent en avant une myriade de facteurs possibles : relation compliquée avec son supérieur, avec ses collègues, conditions de travail difficiles… « Une assistante dentaire peut également être confrontée à des patients de plus en plus compliqués à gérer. »

Si le problème concerne une surcharge de travail sur le long terme, à vous de restaurer l’équilibre. « S’il s’agit d’heures supplémentaires récurrentes, soit le dentiste les paye, soit il augmente le salaire », déclare Catherine de Sinety. Mais au-delà de l’argent, il s’agit de reconnaître la valeur de son employé. « Le plus démobilisant concernant le salaire, c’est le sentiment d’injustice, d’iniquité, si la rémunération n’évolue pas malgré l’engagement d’un salarié. Celui-ci aura alors l’impression de ne pas être apprécié à sa juste valeur. Si l’augmentation est impossible, il faudra trouver d’autres voies de reconnaissance pour le remotiver », explique Régine Danet.

3- Créez du lien

En tant que chirurgien-dentiste, vous vous devez de communiquer avec vos salariés et d’être à leur écoute. Cela vous aidera à repérer plus vite d’éventuels signes de stress, d’être conscient des difficultés qu’ils rencontrent et vous permettra de développer une relation de confiance avec eux. « Il faut échanger avec les salariés assez régulièrement et pas uniquement une fois par an au moment des entretiens individuels ou professionnels. C’est indispensable pour savoir ce qui fonctionne bien, ce qu’on peut améliorer et comment le faire ensemble. Enfin, cela permet d’apporter du soutien et de créer une proximité avec le salarié », conseille Régime Danet. Outre des réunions hebdomadaires précisément cadrées, vous pouvez organiser un déjeuner bimensuel. Et, quand vous partez en formation, emmenez votre assistant(e) avec vous pour l’impliquer au maximum.

4- Reconnaissez la qualité du travail fourni

Pour garder le moral et rester motivé, le salarié a besoin de se sentir soutenu et reconnu, surtout en cette période de crise sanitaire. Fermeture imposée des cabinets pendant le premier confinement, nouvelles normes de stérilisation encore plus contraignantes qu’auparavant après réouverture, équipements de protection individuelle renforcés, protocole de sélection des patients avant chaque rendez-vous, patients inquiets d’attraper la Covid durant leur consultation… si les dentistes ont été lourdement impactés par la pandémie, les assistantes et secrétaires médicales n’ont pas été épargnées, loin de là. Plus que jamais, elles ont besoin de trouver du sens à leur quotidien. C’est votre rôle de leur rappeler que leur travail compte. « En cette période mouvementée, ce qui motive les salariés, c’est l’utilité perçue de ce qu’ils font. Au cabinet, le praticien doit montrer sa reconnaissance à ses équipes. », explique Régine Danet. Si une action particulière vous a séduit, vous pouvez envoyer un petit mot au salarié en question pour lui signaler. Si vous êtes satisfait au quotidien, mettez en valeur la qualité de son travail lors d’une réunion d’équipe ou invitez-le au restaurant pour le féliciter de son engagement.

5- Encouragez votre équipe à prendre des pauses régulières

Au cabinet dentaire, il arrive bien trop souvent de sauter la pause déjeuner en raison du retard accumulé, surtout quand on travaille en journée continue. Et pourtant, il est indispensable de ne pas céder à l’urgence. Ignorer les besoins de votre organisme peut affecter vos capacités physiques et intellectuelles pendant plusieurs heures, au détriment de vos patients. « Nous devons adapter notre agenda à nos besoins, pas l’inverse. D’autant que vingt minutes suffisent pour prendre un repas, mais de la première à la dernière bouchée. Dans cette durée, il ne faut bien entendu pas compter la préparation. Le plus efficace est donc de préparer ses repas à l’avance pour garder le contrôle sur ce que l’on mange et gagner du temps », insiste la nutritionniste Aurélie Marino. Si la pause déjeuner est programmée tardivement, prévoyez une collation pour vous employés en milieu de matinée. Vous pouvez laisser traîner du chocolat noir et des bananes dans la salle de pause. Au contraire, si le déjeuner est pris très tôt, encouragez les collations en milieu d’après-midi. « Les barres énergétiques ne sont pas intéressantes nutritionnellement car elles affichent un index glycémique élevé. En revanche, ils existent des barres céréalières très peu transformées et composées d’au moins 50 % de céréales, qui peuvent être utiles », explique quant à elle Aurélie Maurer, également nutritionniste. L’hydratation étant également un élément clé pour être en forme, pensez à installer une fontaine à disposition des employés.

6- Ne sollicitez pas vos salariés en dehors du temps de travail

C’est écrit dans le Code du travail, tout salarié dispose d’un droit à la déconnexion. Il vise à garantir l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle et protéger la santé des employés. N’envoyez pas de messages à vos assistant(e)s après les heures de travail, le week-end, les jours fériés ou pendant leurs vacances. Si vous voulez leur faire passer une information avant votre arrivée le matin, différez vos envois de mail pour qu’elles les reçoivent en ouvrant le cabinet. Et gardez en tête que les réunions et le temps d’habillage doivent être inclus dans le temps de travail effectif. Conformément au texte de la convention collective nationale, ce dernier ne peut pas excéder dix heures. 

Montrez l’exemple avec un comportement sain

Pour que tout roule au cabinet, le praticien doit commencer par montrer l’exemple en ayant un comportement sain. Vous ne pourrez être un bon manager que si vous vous écoutez vous-même. Vos conseils ne seront suivis par votre équipe que si vous les appliquez en premier. Peu importe à quel point vous avez l’impression d’être sous l’eau, vous aussi, prenez des pauses régulières et le temps de déjeuner. Ne surchargez pas votre agenda et essayez de partir à l’heure autant que possible. Pour rappel, en 2018, une étude réalisée par le Conseil national la collaboration de l’Académie nationale de chirurgie dentaire (ANCD) avait montré que, sur 6 800 chirurgiens-dentistes interrogés, 2 378 se déclaraient en burn-out. Parmi les facteurs en cause, le micro management ou encore l’isolement. D’où l’importance de faire confiance à ses employés et de déléguer. Cela renforcera leur estime d’eux-mêmes et libérera votre esprit pour vous permettre de vous concentrer sur ce qui compte vraiment pour vous.

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