1 – Accordez-vous cette pause !

Bien aborder les vacances suppose déjà que vous vous sentiez légitime d’en prendre ! Une évidence ? Pas tant que ça. Il est fort probable que, comme nombre de consœurs et confrères, vous vous l’interdisiez. « Prendre des congés est une chose importante… qu’on ne s’accorde pas », confirme le Dr Marc-Gérald Choukroun, orthodontiste à Montrouge. Et même si vous vous en accordez, il se peut que vous ne l’assumiez pas. Pourquoi cette frilosité ?

Première explication : vous culpabilisez. Pour vous, « prendre des vacances, c’est en quelque sorte abandonner les patients », analyse le Dr Choukroun, aussi titulaire d’une maîtrise de psychologie et auteur. Pour contrer ce sentiment, il faut que « vous en preniez conscience », puis que vous l’analysiez, conseille-t-il : « Réfléchissez à la relation maternante que vous entretenez avec le patient. Il peut être intéressant de vous faire accompagner par un coach ou une psychologue. »

Deuxième explication : la transposition au cabinet de l’injonction « fais tes devoirs et après, tu iras t’amuser », explique le Dr Choukroun. Cela donne :  »...

Je termine, et après je m’accorderai du repos.  » Comme si le repos était un bien égoïste ! déplore-t-il. Il vous faut au contraire intégrer que c’est un travail à faire sur vous, dont vos patients vont bénéficier ». Le Dr Laurent Dussarps, chirurgien-dentiste à Gradignan, qui ne s’est accordé que peu de vacances pendant des années, abonde : « Au retour des vacances, on est beaucoup plus à l’écoute des patients, plus opérationnel, plus apte à soigner correctement. »

2 – Planifiez bien en amont

En théorie, si vous êtes en libéral, rien ne vous empêche de poser des vacances quand ça vous chante. En pratique, c’est plus compliqué. Il est crucial d’anticiper, parce que vous avez la responsabilité d’un cabinet/entreprise, de patients, voire d’une équipe. Concernant vos patients, déjà, il est inconcevable que vous les plantiez sans préavis ! Ce serait inélégant, et surtout, contraire à votre obligation déontologique de continuité des soins. « Il y a des précautions à prendre », avise le Dr Choukroun. Veillez par exemple à ne pas prévoir dans le planning des soins lourds pré-départ. « Il faut terminer les soins importants trois jours avant. Ainsi, si problème il y a, nous sommes encore présents au cabinet ».

De même, ne laissez pas votre équipe dans le flou. Si les congés des salariés des cabinets dentaires sont bien encadrés par la convention collective (art 6-2 à 6-4), reste que les gérer est un acte managérial. Ils doivent être « l’objet, dès le début d’année et pour toute l’année, d’une réunion d’équipe », préconise le Dr Choukroun. « La secrétaire a le plus de liberté, détaille le Dr Dussarps. Les assistantes sont, elles, un peu contraintes de prendre les vacances en même temps que nous, mais on en discute en amont. Enfin, étant deux praticiens et un collaborateur au cabinet, nous évitons que les deux praticiens partent en même temps. » Tenez-vous au planning acté, « sauf maladie, congé maternité, évidemment, précise Fatima Younsi, qui assiste le Dr Choukroun. Quand c’est planifié, ça roule. Cela n’empêche pas qu’il y ait des arrangements entre assistantes. »

3 – Envisagez des alternatives pour vos patients

Le code de déontologie impose donc « de s’assurer de la continuité des soins », mais aussi « de fournir à cet effet tous renseignements utiles. » Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez partir la conscience tranquille. Ou presque. « La meilleure solution, c’est d’avoir un remplaçant », pour le Dr Choukroun. Il s’occupera des urgences. C’est pour cette alternative que le Dr Dussarps, fondateur du site dentiste-remplaçant.com, opte : « On est trois praticiens au cabinet et, en plus, on a une remplaçante habituelle. Elle est très sérieuse, compétente, connaît le cabinet. Je viens de partir une semaine, j’étais très serein, et je savais que mes collègues n’auraient pas de surcharge de travail. »

Pour trouver votre remplaçant, vous pouvez faire appel à un étudiant en dernière année, demander aux syndicats, ou vous tourner vers le conseil de l’Ordre. Pour que ça fonctionne bien, mettez à disposition de votre remplaçant tout ce qui peut être utile à la prise en charge : dossiers, signalement des situations sensibles… N’oubliez pas non plus d’avertir vos patients. « Un patient qui tombe sur un praticien auquel il ne s’attendait pas peut être contrarié, avertit le Dr Dussarps. Habituellement, nous prévenons le patient lors de la prise de rendez- vous et j’ai toujours eu d’excellents retours. » Fatima Younsi, de son côté, constate : « Quand les gens entendent qu’il y a un remplaçant, il y a moins d’urgences. Ils préfèrent souffrir jusqu’à la rentrée plutôt que d’aller voir quelqu’un d’autre ! », rit-elle.

4 – Anticipez la reprise

Vous n’êtes pas encore parti en vacances qu’il faudrait déjà penser à la rentrée ? Oui. Aussi rabat-joie que cela puisse paraître, anticiper la rentrée est essentiel. Par exemple, évitez de rentrer seulement quelques heures avant la reprise du travail, c’est une très mauvaise idée. « Il faut toujours prévoir de rentrer un peu avant, s’accordent à dire Fatima Younsi et le Dr Choukroun. Si on rentre le matin alors qu’on travaille l’après-midi, on perd le bénéfice des vacances, car on se retrouve au pied du mur, dans l’impossibilité d’anticiper ou de préparer quoi que ce soit. »

D’autant qu’à la rentrée, vous allez faire face à un impressionnant embouteillage de rendez-vous. N’envisagez pas de vous plonger trop vite dans cette effervescence, de reprendre  tambour battant. Le contraste serait bien trop violent avec la relative oisiveté des vacances. Vous aurez certainement quelques difficultés de concentration, serez rapidement fatigué(e). Alors prévoyez une rentrée en douceur, avec des cas simples. Vous ne pouvez pas être à 120 % dès que vous remettez le pied au cabinet.

5 – Préparez-vous à lâcher (un peu) prise

Ça y est, le principe des vacances est acté. Vous avez tout prévu pour que ça se passe bien. Reste à accepter l’idée de lâcher un peu prise ! C’est essentiel pour recharger les batteries. Ne négligez pas la fatigue et le stress accumulés. La profession est l’une des plus sujettes au burn-out et au suicide. Ne vous croyez pas intouchable. L’idéal : débrancher complètement. Mais ce n’est en rien facile et il ne faudrait pas que ça vous rende malade. « Je ne coupe pas totalement, témoigne le Dr Dussarps. Je suis angoissé si je n’ai pas de nouvelles du cabinet, c’est mon bébé. Alors je suis toujours joignable. » « Si le patient est dans un moment sensible, on garde son téléphone et on prend de ses nouvelles », explique le Dr Choukroun. Pas facile de débrancher non plus quand, pendant vos vacances, on vous demande des « conseils d’amis ». Ayez bien en tête que, dépourvu de votre matériel, vous ne pourrez pas faire grand-chose. Alors lâchez prise, ne vous torturez pas si ça vous arrive !

Enfin, si certains problèmes professionnels vous turlupinent, sachez que prendre des vacances peut vous permettre de les résoudre ! Rien de mieux, en effet, que de prendre un peu de recul. Ainsi, le Dr Choukroun et Fatima Younsi ont été confrontés au cas d’une mère anxieuse qui, trouvant le traitement trop long, remettait en cause leur travail. Fatima Younsi a, pendant ses vacances, eu l’idée de lui proposer de prendre un autre avis. « Elle est partie voir une consœur, pour finalement revenir, contente de ce que nous proposions ! », se souvient-elle.

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