L’Art doit s’exprimer partout

« N’importe quel endroit peut être passeur d’Art ! », s’exclame le Dr PhD, chirurgien-dentiste à la retraite et passionné d’art contemporain. « L’Art doit être exposé partout, abonde le Dr Albert Pinto. Dans une voiture, sur une façade… Il est essentiel à la vie. Un monde sans Art, c’est un plat sans épices », estime celui qui le collectionne depuis 1992. Ce qui guide ces praticiens, c’est la volonté de partager l’Art. « Il appartient à tout le monde, tout le monde peut en profiter, scande PhD, son chat « Raza » – comme l’artiste indien – sur les genoux. Ce que je souhaite, c’est donner cette envie d’Art autour de moi ». Il n’hésite donc pas à ouvrir « la chair de sa chair » au public, notamment du cabinet, pour transmettre ce doux virus, qu’il a lui-même attrapé dans les années 60, lorsqu’un patient, artiste, a réglé ses soins avec l’une de ses toiles. L’Art peut donc être en bonne place au cabinet : bureau de consultation, salle de soins. Mais aussi salle d’attente.

Nicola Bonessa, « Sans titre », acrylique sur toile, 2018.

C’est dans cet espace que le Dr Frédéric Philippart expose les toiles colorées, XXL, de Nicola Bonessa, qu’il suit depuis quinze ans. La démarche de ce féru de peinture depuis tout petit – sa grand-mère était peintre – est, comme celle de ses confrères, désintéressée : « On ne gère pas l’aspect commercial. » L’artiste a mis à disposition des œuvres, des cartes de visite sont en libre-service, et les intéressés peuvent prendre contact directement. Si tout lieu peut donc être passeur d’Art, toute personne le peut également. À deux conditions :

1-  « Une disponibilité d’esprit et l’appel de l’Art et de l’artiste », selon PhD. « Il ne faut pas se forcer, prévient le Dr Philippart. Faire part de sa personnalité ne passe pas obligatoirement par l’Art. En...

mettre alors que vous ne le vivez pas, je ne vois pas l’intérêt ! »

2-  Arrêter de croire que vous ne pouvez pas vous le permettre. Pour PhD, « c’est un faux-fuyant de dire que c’est trop cher. À moins de vouloir acheter un Degas, un Delacroix… »

Il favorise le bien-être

Faire place à l’Art au cabinet, c’est permettre à l’esthétique, à l’émotion, d’apporter une teinte plus lumineuse à l’atmosphère. L’Art contribue à humaniser l’environnement, le rend plus chaleureux, estime le Dr Albert Pinto, dont l’exercice est orienté en esthétique et en implantologie. Pas un hasard, pour celui qui s’est épris d’Art en dévorant Beaux-Arts Magazine dès l’âge de 10 ans, et qui, durant ses études, ponctuait ses révisions à la BPI de visites du Musée Pompidou. De par son action sur le climat, l’Art favorise le bien-être du praticien. Le Dr Pinto, sensible aux belles choses, a souhaité que celles-ci l’accompagnent au cabinet. « Déjà parce que j’y passe beaucoup de temps, dix heures par jour, donc je profite davantage des œuvres là que chez moi. Mais aussi parce que c’est une nourriture pour moi. » Même discours du côté de PhD, pour qui « vivre dans l’approche du beau » est un « besoin ». Ou encore du Dr Philippe Richard, dentiste et photographe : « Exposer mes photos au cabinet me permet d’être dans mon élément », témoigne le praticien, tombé dans la discipline à l’adolescence, et qui s’est pris d’amour pour la photo sous-marine en 1990, à l’occasion d’une année sabbatique. Depuis, il évolue parmi des clichés entre terre et mer, la mer, « ce monde apaisant, de silence. » Et il est affirmatif :« Ça joue sur mon stress. »  L’Art favorise aussi le bien-être du patient.  « Quasi 100 % des patients arrivent au cabinet stressés, à des degrés divers, estime le Dr Philippart. Il est de notre devoir de prendre en charge le stress, par l’Art notamment, même si on a des moyens médicamenteux pour le gérer. Un environnement artistique va donner au patient une certaine sérénité, confiance… ce qui participe du contrôle du stress » , détaille-t-il. Et un praticien et un patient moins stressés, c’est plus de qualité et de sécurité des soins.

Il détourne du soin

« Je ne dirais pas que l’Art est un outil thérapeutique. En revanche, c’est un outil d’apaisement des tensions, parce qu’il détourne le regard, il aide à penser à autre chose qu’au soin, juge le Dr Pinto. Certains mettent un écran au plafond, moi non. Je préfère que le regard de mon patient se porte sur la fenêtre – qu’il puisse voir le ciel -, ou sur les quelques œuvres qu’il y a autour. » 

Même stratégie du côté du Dr PhD qui, lorsqu’il exerçait, avait choisi d’accrocher une œuvre au-dessus de son fauteuil.  « Bon, on ne va peut-être pas aller jusqu’à avoir des fresques au plafond, plaisante le Dr Pinto. Quoique je ne serais pas choqué d’avoir un plafond joliment peint par un artiste, imagine-t-il. Une œuvre un peu abstraite, susceptible d’interpeller le patient allongé, et dans laquelle il peut s’évader. »  Le Dr Philippe Richard est lui aussi convaincu :  « L’Art peut accrocher le regard, emmener ailleurs, faire penser à autre chose qu’au soin, qu’au problème de la dent. »  Grâce à ses photos, il  « fait un peu voyager »  ses patients. Et pour faciliter ce voyage dans l’envers des images, comme celle de l’Hindou du Rajasthan en face du fauteuil, il utilise depuis cinq ans l’hypnose. Car cette technique de relaxation et d’analgésie, qui entraîne un état de conscience modifiée, est un bon adjuvant pour calmer l’anxiété. L’idée : focaliser le patient sur un stimulus. Pour le dentiste-photographe,  « ça marche, quel que soit le patient. Ceux qui me disent : « Je n’y crois pas, ça ne fonctionne pas pour moi », c’est faux ».

Il facilite la communication

« En venant à mon cabinet, mes patients savaient qu’ils allaient être en communication avec l’Art », raconte PhD. Or être en communication avec l’Art, c’est aussi être en communication non-verbale avec le praticien. Le Dr Philippart, qui se dit « assez peu communicatif » , verbalement, avec ses patients, apprécie donc de pouvoir livrer une partie de lui par le biais de l’Art. Mais cela suppose, prévient-il, de  « ne pas tricher, d’exposer des œuvres avec lesquelles nous sommes en adéquation » . L’Art facilite aussi la communication non-verbale, dans la mesure où il change la perception de l’Autre. Le patient n’est plus seulement l’occupant du fauteuil, il est amateur d’Art. Le dentiste, lui, n’est plus seulement le soignant, mais  « un humain, qui s’intéresse à la sensibilité de la personne en face », note le Dr Richard. Il y a, derrière l’Art,  « un message indirect ou inconscient qu’on veut passer : le fait qu’on a un œil averti, qu’on est sensible à des choses délicates. On souhaite que cela reflète l’image d’un praticien alerte, attentionné au détail » , décrypte le Dr Pinto. L’Art facilite enfin le relationnel au niveau verbal.  « Pas toujours au premier rendez-vous, concède le Dr Richard. Mais au bout d’un moment, les patients me disent : « Elle est sympa cette photo, c’est où ? » ». « L’Art est un grand sujet de conversation avec mes patients, il crée un échange, s’enthousiasme le Dr Pinto. Parfois, ils me demandent de raconter les œuvres, comme si j’étais conservateur. » . Tous s’en sont rendu compte : leur travail n’est pas vain. À force de diffuser l’Art, celui-ci infuse.  « Des patients se sont souvenus, en voyant un artiste dans un musée, qu’ils l’avaient vu des années auparavant dans mon cabinet, témoigne ainsi PhD. L’œuvre était en face du fauteuil, et le CV de l’artiste dans mon salon d’attente. J’ai réussi à en éveiller quelques-uns grâce à ça » , sourit l’hypersensible qui, depuis des dizaines d’années, contribue à ce que de nombreuses personnes éprouvent des œuvres par leur second cerveau : l’intestin.

Il participe d’une bonne image

Enfin, donner de l’Art au cabinet, est-ce bon pour l’image ? « Je n’attends rien de personne et tout de tout le monde, glisse malicieusement PhD. Ce que je cherche, c’est uniquement à dire mon « Vrai ». Et je me sens récompensé pour cela. Sinon je n’aurais pas suivi cette voie des dizaines d’années ! »  Si soigner l’image du cabinet est rarement une intention de base, il n’en reste pas moins que l’Art fait rayonner les lieux. Pour le Dr Philippart,  « il véhicule forcément une image positive, quelle que soit la discipline. C’est systématique » . Auprès des patients, déjà. Comme en atteste cette anecdote du Dr Richard : une femme, qui avait une terreur du dentiste, lui avait été envoyée par son mari. Ce dernier connaissait son approche.  « Quand je suis entré dans la salle d’attente, elle pleurait de stress, raconte-t-il. La première séance, je n’ai rien fait. Juste de l’hypnose. On a parlé de voyages sur la base de mes photos. Elle est revenue, ce qui était un grand pas. Et puis, un jour, elle est arrivée au cabinet et m’a lancé : « Enfin, le meilleur moment de ma journée ! » C’était magique. »  L’art fait aussi rayonner le cabinet auprès des correspondants.  « Nous sommes un cabinet de spécialistes, l’art est aussi une occasion pour réunir nos correspondants chirurgiens-dentistes, fait valoir le Dr Philippart. On organise pour cela des événements scientifiques, qu’on ponctue avec des événements sociaux. Souvent, des dégustations de vins. Mais le prochain, c’est le vernissage de l’exposition » , qui ne sera pas le dernier. Tous ont bien l’intention de continuer à partager l’Art au cabinet. Il ne peut en être autrement. PhD peut en témoigner :  « À un moment, il y a eu un frottement avec un artiste que je soutenais depuis plus de trente ans. Alors j’ai décroché toutes les œuvres des murs, pas seulement les siennes. Mais je n’ai tenu que 15 jours ! » 

2 questions à Meidhi Berraf,
Fondateur de Paragone Concept – www.paragone-concept.com

Quel intérêt d’avoir des œuvres au cabinet ?

Il y a déjà des avantages en matière de défiscalisation*. Il est en effet possible de récupérer la quasi-totalité de la somme consacrée à l’acquisition d’une œuvre d’un artiste vivant, en l’étalant sur son bilan. C’est un moyen de se constituer un patrimoine, sans dépenser ! Ensuite, exposer des œuvres d’art permet d’améliorer l’image de marque du cabinet auprès des patients. Enfin, c’est quand même plus agréable pour l’équipe de travailler dans un lieu qui expose de belles choses.

Quelles solutions s’offrent aux praticiens ?

Outre l’achat, il y a la location. Moi, par exemple, je propose une offre de location de courte durée, qui permet aux intéressés d’avoir tant d’œuvres, selon tel budget. Tous les deux-trois mois, ils bénéficient d’un nouvel accrochage, sans avoir à se poser de questions. C’est du clé en main. Autre possibilité : le leasing, la location avec option d’achat. C’est un moyen de se bâtir un patrimoine artistique, à travers son entreprise. Enfin, il est possible d’organiser des expositions culturelles. L’important est de faire du sur-mesure, car chaque client est différent.

*voir « Déduction fiscale pour l’achat d’œuvres d’art » sur Service-public.fr.

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