La transformation numérique du cabinet dentaire a profondément modifié la manière dont les informations cliniques sont recueillies et exploitées. Les scanners intra-oraux permettent de conserver la morphologie d’une arcade, l’imagerie documente son évolution et la photographie clinique accompagne de nombreux traitements esthétiques.
Dans cet environnement de plus en plus digitalisé, la couleur occupe pourtant une place particulière. Elle est encore fréquemment recherchée pour répondre à un besoin immédiat : déterminer la teinte d’une restauration, transmettre une information au laboratoire ou apprécier l’évolution d’un traitement esthétique.
Une fois cette étape terminée, que devient cette information ?
De la teinte à la donnée colorimétrique
Traditionnellement, déterminer la teinte consiste à rapprocher visuellement une dent naturelle d’une référence issue d’un teintier.
Cette méthode reste largement utilisée, mais elle repose en partie sur la perception de l’observateur et peut être influencée par différents paramètres : conditions lumineuses, environnement, fatigue visuelle ou encore caractéristiques intrinsèques de la dent.
La littérature scientifique consacrée à la sélection de teinte montre ainsi l’intérêt des méthodes instrumentales pour obtenir une information quantitative et reproductible. La couleur peut notamment être décrite à travers des espaces colorimétriques normalisés comme le CIE L*a*b*, permettant de caractériser différentes composantes de la couleur au-delà de la seule correspondance avec une référence de teintier.
Ce changement de perspective est important : la question n’est alors plus seulement de savoir si une dent correspond à une teinte A1, A2 ou B1.
Il devient possible de considérer sa couleur comme un ensemble de données mesurables à un instant donné.
Mesurer aujourd’hui pour pouvoir comparer demain
Cette évolution ouvre une autre réflexion : pourquoi limiter l’utilisation de la donnée colorimétrique au moment précis où une restauration doit être réalisée ?
Lorsqu’une acquisition est associée au dossier d’un patient et conservée, elle constitue un point de référence.
Un nouvel examen réalisé quelques semaines, quelques mois ou plusieurs années plus tard peut alors être confronté aux données précédemment enregistrées selon les besoins du praticien.
La logique évolue : on ne se contente plus de déterminer une teinte, on documente un état colorimétrique.
Cette approche prend tout son sens dans les traitements dont l’évolution esthétique doit être suivie. Lors d’un éclaircissement, par exemple, disposer d’un état initial permet d’objectiver les variations observées au fil des rendez-vous et d’apporter au patient des éléments visuels et quantitatifs complémentaires à sa propre perception du résultat.
Mais cette notion de suivi dépasse la seule problématique de l’éclaircissement. Elle pose plus largement la question de la place que pourrait prendre la couleur dans le dossier numérique du patient.
La couleur ne se résume pas à une référence de teintier
Les visuels ci-dessous illustrent deux analyses disponibles dans Vision : à gauche, la cartographie de stratification représente la répartition des teintes au sein de la dent ; à droite, la cartographie de translucidité met en évidence les variations de translucidité selon les zones analysées.

Une autre limite d’une information réduite à « A2 » ou « B1 » tient à la nature même de la dent.
Une dent naturelle n’est pas une surface parfaitement homogène. Sa perception résulte notamment de variations de luminosité, de chromaticité et de translucidité, auxquelles s’ajoutent les caractéristiques propres aux différentes zones de la dent.
Pour les situations esthétiques complexes, enregistrer une donnée colorimétrique plus complète permet donc de conserver davantage d’informations qu’une simple référence globale.
C’est précisément sur cette logique que repose l’environnement développé par Borea autour du Cobra Shade Scan.
Le spectrophotomètre réalise l’acquisition de la teinte tandis que le logiciel Vision permet de récupérer et d’analyser les données obtenues. Les acquisitions peuvent être organisées par patient et étudiées à travers différents outils : cartographies de teinte, valeurs CIE L*a*b* et L*C*h, luminosité, chromaticité ou encore analyse de la translucidité.
L’objectif n’est donc plus uniquement d’afficher une correspondance avec un teintier, mais de disposer d’un environnement permettant d’exploiter et de conserver l’information colorimétrique recueillie.
Cobra Shade Scan + Vision
Mesurez, archivez et comparez la couleur des dents au fil du temps
Construire progressivement un historique esthétique du patient
L’intérêt de la numérisation repose aussi sur la capacité à retrouver une information.
Avec Vision, les acquisitions sont classées par patient et peuvent être archivées avec les différentes données esthétiques associées. Des rapports de teinte ou de comparaison peuvent également être générés, notamment pour confronter deux acquisitions réalisées à différents moments d’un traitement (avant/après) ou pour comparer la teinte d’une restauration prothétique à celle des dents naturelles adjacentes. Ces comparaisons permettent d’objectiver les écarts et d’en faciliter le suivi.
Cette organisation permet d’envisager la couleur non plus comme une donnée éphémère, mais comme une composante de la documentation du cas clinique.
Cette évolution s’inscrit plus largement dans le développement d’une dentisterie esthétique numérique, où les différentes données cliniques peuvent être centralisées pour faciliter leur analyse, leur suivi et leur transmission.
L’enjeu n’est évidemment pas d’effectuer systématiquement une acquisition colorimétrique de chaque patient sans indication clinique. Il s’agit plutôt de pouvoir conserver et retrouver une mesure lorsqu’elle a été réalisée, au même titre que les autres éléments numériques utiles au suivi d’un cas.
Pour le praticien, cela apporte une traçabilité supplémentaire. Pour le laboratoire, cela permet de recevoir une information colorimétrique documentée lorsqu’elle est nécessaire à la réalisation prothétique. Et pour le patient, la comparaison de données peut également rendre plus lisible une évolution parfois difficile à apprécier uniquement à l’œil.
Du « shade matching » au suivi colorimétrique
Pendant longtemps, l’enjeu technologique autour de la couleur dentaire s’est principalement concentré sur le « shade matching » : identifier le plus précisément possible la teinte correspondant à la dent naturelle.
La digitalisation permet aujourd’hui d’aller plus loin.
Mesurer.
Analyser.
Conserver.
Comparer.
Communiquer.
Transmettre.
La couleur peut progressivement suivre la même évolution que d’autres données cliniques qui, autrefois observées à un instant donné, sont aujourd’hui intégrées à des environnements numériques permettant leur exploitation dans le temps. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de la dentisterie : développement des procédés de conception et de fabrication numérique des prothèses, comme l’impression 3D, place croissante de la prévention et des traitements esthétiques conservateurs comme l’éclaircissement, mais aussi attentes esthétiques plus fortes des patients, parfois influencées par les réseaux sociaux. Dans ce contexte, mesurer, conserver et partager les données esthétiques prend une importance croissante tout au long du parcours de soins.
La dentisterie numérique sait déjà conserver la forme d’une dent et documenter son évolution. Donner à la couleur une place comparable constitue l’une des prochaines étapes de cette continuité numérique.
Avec Cobra, Vision et Borea Connect, Borea développe ainsi un écosystème dans lequel la teinte ne constitue plus uniquement une information à relever, mais une donnée à analyser, documenter et transmettre.
Pour aller plus loin
Découvrez comment la donnée couleur s’intègre concrètement au workflow numérique à travers les cas cliniques, tutoriels et retours d’expérience disponibles sur l’Académie Borea.












