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Paris : des dizaines de patients floués par des dentistes clandestins

« À chaque rendez-vous, c’étaient des praticiens différents. Aucun ne parlait français. » Depuis mi-mars, des dizaines de patients édentés sont sur le carreau. Le cabinet où ils se rendaient dans la très chic rue de Rivoli (Paris 1er) dans l’espoir d’un sourire parfait à bas prix a brusquement fermé ses portes. En cause : un business pas très en règle… Aujourd’hui, des collaborateurs de ce cabinet témoignent sur France Info, les patients trompés et sans dents se rallient pour porter l’affaire devant la justice et les instances professionnelles viennent de se saisir du dossier.

En mars, le cabinet situé au 242 rue de Rivoli, ferme soudainement ses portes en raison d’impayés de loyers entre dentistes associés. Les patients se retrouvent alors en interruption de soins. Appareils provisoires ou endommagés, impossibilité d’accéder à leurs dossiers médicaux et donc d’aller se faire soigner ailleurs…les plaintes sont nombreuses. Le point commun entre toutes ces personnes ? Elles souffraient toutes de déchaussement généralisé et se sont vu promettre une reconstruction totale grâce à la pose de prothèses complètes de 10 à 12 dents, fixées sur quatre implants. Soit la technique du « All on four ». Attirés par des prix défiant toute concurrence, ces patients se sont donc laissés retirer toutes les dents de la mâchoire supérieure et/ou inférieure, voir les deux. Mais par des imposteurs.

Car selon les informations de France Info, ils ont été soignés par des dentistes clandestins, originaires du Brésil pour la plupart. D’après le média d’investigation, le processus était toujours le même. Un premier rendez-vous avec le dentiste en titre, une radio panoramique et un questionnaire. Puis un devis pour la pose d’une prothèse complète sur implants nécessitant l’arrachage des dents concernées. Après quoi, les patients se retrouvaient toujours, selon leur témoignage, entre les mains de jeunes praticiens étrangers, le plus souvent brésiliens.

« Ils n’avaient pas les autorisations »

« La plupart du temps, ce sont des dentistes brésiliens qui viennent en France pour faire les chirurgies. Quand j’y travaillais, ils dormaient à l’hôtel. Ensuite, il a été question de prendre un appartement au mois pour les loger. Le seul dentiste qui a le droit de travailler en France ne faisait que les devis. On se servait de sa carte CPS pour télétransmettre à la Sécu. Les devis étaient à son nom, les courriers, les factures, etc. Mais ce n’est pas lui qui faisait les chirurgies en bouche, c’était les Brésiliens que j’ai vus », confie une ancienne collaboratrice du cabinet à France Info.

« Ils emploient ces gars parce qu’en payant un professionnel en France, ils vont le payer entre 15 000 et 25 000 euros par mois, alors que si vous faites venir quelqu’un du Brésil, ils le paient 5 000 euros. Ils économisent 10 000 à 20 000 euros par mois. Ils fournissent les billets d’avion, le logement, une voiture », témoigne un autre employé. L’employeur en question ? La société Swiss Dental Service, selon France info. Basée au Brésil, l’entreprise possède une dizaine de centres au Portugal et au Royaume-Uni. « Quand je travaillais pour Swiss Dental, je connaissais de vrais dentistes qui travaillaient très bien, mais ils opéraient tous clandestinement. Ils n’avaient pas les autorisations. Mais j’ai aussi connu des gars qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Ils n’étaient pas dentistes. J’en ai connu un qui est venu opérer en France alors qu’il n’avait jamais fait de chirurgie avant et il y a eu de gros problèmes avec les patients », poursuit le deuxième dentiste interrogé.

Une détresse « médicale et morale »

D’après lui, tout était fait pour convaincre les patients d’accepter le All on four. « Les directives de la direction, c’était d’imposer aux clients les implants complets. Peu importe comment vous devez poser des implants. Vous devez dire aux patients : “Vos dents ne sont plus bonnes, il faut tout enlever.” Il fallait convaincre le patient de suivre le processus jusqu’au bout et que c’était l’unique solution médicale jusqu’au bout. Parfois c’était justifié, mais très souvent c’était faux. » En échange de règlement en espèces, les patients se voyaient promettre d’importantes ristournes.

Depuis la fermeture soudaine du cabinet en mars, beaucoup de patients ont porté plainte. L’avocate Chloé Méléard gère plusieurs de ces cas. « Nos clients sont dans une grande détresse médicale et morale. Ils attendent énormément des autorités pour faire la lumière sur cette situation. Récupérer les informations médicales, c’est parfaitement légitime pour un patient, d’avoir le droit d’avoir accès à l’intégralité des informations médicales qui le concernent. C’est ce que nous cherchons à obtenir actuellement », déclare-t-elle à France Info.

De leur côté, l’Ordre parisien des chirurgiens-dentistes et la Direction régionale du service médical de l’Assurance maladie Ile-de-France viennent de s’emparer du dossier et de lancer des poursuites disciplinaires.

En attendant, le site de Swiss Dental Services France continue d’indiquer « ouvert » et promet encore « les meilleures solutions dentaires » pour répondre aux besoins de « chaque patient ». « Grâce à des techniques et des protocoles chirurgicaux innovants, nous proposons des traitements exceptionnels qui permettent d’améliorer la santé bucco-dentaire des patients. Retrouvez votre sourire, votre confiance en vous et surtout une meilleure qualité de vie. Swiss Dental Services vous garantit un plan de traitement de Réhabilitation Orale personnalisé, dans lequel le sourire et la sécurité sont notre priorité », peut-on notamment lire.