C’est l’une des pathologies les plus fréquentes en consultation de chirurgie de la main : le canal carpien. « Il y a avant tout des signes cliniques, des fourmillements dans les doigts qui, au départ, vous réveillent la nuit, puis s’installent pendant la journée », entame le Dr Frédérique Mazodier, chirurgienne orthopédique à l’Institut Français de Chirurgie de la Main (IFCM) depuis l’an 2000.

Les douleurs peuvent remonter dans l’avant-bras, jusqu’à l’épaule, entraînant une sensation de fatigabilité du bras. Ce sont les signes cliniques les plus classiques. « Les orthodontistes auront des engourdissements nocturnes et diurnes mais aussi, précise le médecin, des difficultés à saisir des objets fins dans leur pratique professionnelle car l’engourdissement ne permet pas de maintenir une pression continue. Les lâchages d’objets deviennent fréquents ».

Anatomiquement, tous les tendons fléchisseurs des doigts et le nerf médian passent sous le canal...

carpien localisé à la base du poignet. Avec l’activité manuelle, les tendons prennent un peu d’épaisseur, remplissent l’espace sous ce tunnel et viennent ainsi écraser le nerf, ce qui déclenche les symptômes du syndrome du canal carpien.

En fonction de l’importance des signes cliniques et de la gravité de l’électromyogramme, le chirurgien orthopédique va prendre une décision thérapeutique : « Pour les formes légères, la mise au repos du poignet dans une attelle nocturne associée à la prise d’antalgiques peut suffire. Pour des formes moyennes, une infiltration à base de dérivés de corticoïdes peut permettre une guérison, ou plus souvent un soulagement temporaire. Dans les formes plus évoluées, poursuit le Dr Mazodier, ou en cas d’échec de l’infiltration, l’intervention chirurgicale est indiquée. »

Une reprise sous moins d’un mois

Le geste chirurgical dure en général dix minutes sous anesthésie locorégionale, en ambulatoire. Il existe deux types de techniques : « à ciel ouvert » (la cicatrice se situe à l’intérieur de la paume) ; et endoscopiques (avec une cicatrice au niveau du pli de poignet). L’endoscopie existe depuis plus de 30 ans, elle donne d’excellents résultats. Dans les deux cas, les techniques permettent d’obtenir la libération du nerf qui était coincé sous le canal carpien. L’intervention consiste à effectuer un élargissement du tunnel. « Les suites opératoires sont un peu plus facilitées dans les techniques endoscopiques, qui provoquent moins de douleurs et une reprise professionnelle plus précoce. » Après une intervention, une perte de force transitoire est à prévoir durant au moins un mois. Cela pourra par exemple être gênant pour les gestes de serrage et de torsion, pouvant être rendus plus difficiles en raison de la perte de force. En règle générale, les patients opérés reprennent leur activité professionnelle 15 jours après l’intervention. Il n’y a pas de rééducation nécessaire et la récidive est exceptionnelle.

Facteurs de risque

Le syndrome du canal carpien se déclenche souvent aux alentours des 45 ans et touche 200 000 nouvelles personnes par an, soit près de 3 personnes sur 1000. Il n’existe pas de traitement préventif.
Certains orthodontistes le développeront, d’autres non. Cependant, d’autres facteurs peuvent favoriser son apparition: les variations hormonales de la grossesse, la ménopause, mais aussi les pathologies de la thyroïde ou le diabète. Pour soulager les premiers symptômes, il existe de nombreux exercices à effectuer entre deux patients, notamment pour étirer les poignets. Des chaînes YouTube spécialisées dans la prévention des TMS (troubles musculo–squelettiques) proposent d’excellentes séquences
posturales. Retenons qu’il s’agit d’une pathologie très fréquente pour laquelle la chirurgie permet une guérison dans la majeure partie des cas.

Activités à risque

Dans sa thèse « Prévention des troubles musculosquelettiques (TMS): réalisation d’un livret illustré d’exercices à destination des praticiens » soutenue en 2015 à l’université de Bordeaux, Pauline Leroux relève trois types de mouvements à risque qui sont la plupart du temps combinés, « la main étant le premier outil de travail » du praticien dentaire.

1• Les mouvements de flexion/extension du poignet dans des amplitudes élevées et de manière répétée sont sources de sursollicitation des muscles fléchisseurs et extenseurs, et donc constituent le principal facteur étiologique de développement des tendinopathies. La flexion, en particulier, prédispose au syndrome du canal carpien.

2• Les déviations du poignet qu’elles soient radiales (du côté du pouce) ou cubitales (du côté du petit doigt), sont aussi à risque. On a montré que la déviation cubitale du poignet entraînait une augmentation de la douleur et
des signes pathologiques lorsqu’elle dépasse 20 degrés (Hunting et al., 1981).

3• La prise en pince prolongée d’un instrument par les doigts représente un geste nocif pour la main en général, et pour le pouce en particulier.

Témoignage du Dr Pones (Bouches-du-Rhône)

« J’en ai profité pour changer mes habitudes de travail »

J’ai commencé par ressentir une gêne au poignet ainsi que dans la main droite qui devenait de plus en plus importante. C’était il y a cinq ans, j’avais 43 ans. En quelques mois, la gêne est devenue douleur et me réveillait la nuit. Au cabinet, je ne pouvais plus tenir d’instruments dans la durée. À la maison, je faisais tomber régulièrement des petits objets. Un rhumatologue m’a fait plusieurs infiltrations qui ont calmé un temps la douleur. J’ai finalement consulté un chirurgien de la main. Suite à des examens, il a été
nécessaire d’intervenir. J’ai profité de mes congés d’été pour me faire opérer. Cela m’a permis de réduire mon temps d’inactivité, ou plus exactement de transformer mes congés en convalescence! Depuis, je n’ai pas de séquelles, j’ai retrouvé ma force et toute ma dextérité. J’en ai profité
pour changer mes habitudes de travail, mes postures et j’ai acheté un siège ergonomique. Je fais par exemple beaucoup d’extractions de dents de sagesse. Désormais, je coupe la dent de façon à la retirer par morceau pour moins forcer sur mon poignet.

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