display banner v2 academic

Prendre soin de ses dents pour limiter les risques d’arthrite ?

La parodontite est liée à de nombreuses pathologies. On sait qu’il existe un lien avec d’Alzheimer et avec les maladies cardiovasculaires. Mais il semblerait qu’elle soit également associée à des  poussées d’arthrite. Dans une étude parue dans la revue Science Translational Medicine, Vicky Yao, biologiste informatique à l’université Rice (États-Unis), explique avoir observé des traces de bactéries associées aux maladies parodontales chez des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. À terme, cette découverte pourrait aider à mettre au point des traitements contre la polyarthrite rhumatoïde.

Celle-ci s’est faite de manière relativement imprévue. Pour commencer, Dana Orange, professeur agrégée d’investigation clinique et rhumatologue, et Bob Darnell, professeur et médecin traitant à l’université Rockefeller et à l’institut médical Howard Hughes, ont recueilli des données sur des patients atteints d’arthrite, « tout en surveillant les périodes de poussées ».

Après quoi, Vicky Yao et Dana Orange ont travaillé sur un projet suivant les changements dans l’expression des gènes pendant les poussées de polyarthrite rhumatoïde. Les chercheuses avaient dans l’idée d’observer ces données de manière rétroactive pour identifier un schéma qui donnerait des indices sur les causes des poussées. « Alors que je travaillais sur ce projet, j’ai assisté à une conférence que j’ai trouvée très intéressante parce qu’elle soulignait que dans les données qui sont ignorées ou rejetées, on peut en fait trouver des traces de microbes. Vous examinez un échantillon humain, mais vous obtenez un instantané des microbes qui flottent autour de vous. Cela m’a intriguée », raconte la première à l’université Rice dans un communiqué publié le 7 mars. 

Un bain de bouche pour aider ?

Elle a ainsi pu constater que les microbes présents dans les échantillons et qui changeaient de façon constante chez les patients avant les poussées de polyarthrite rhumatoïde étaient majoritairement associés aux maladies des gencives. « J’étais curieuse de découvrir cet outil qui permettait de détecter des microbes dans des échantillons humains. C’était un peu comme si, gratuitement, on obtenait une perspective supplémentaire sur les données. »

« L’une des choses qui est venue à l’esprit lorsque nous en avons discuté était de savoir s’il serait possible de prescrire une sorte de bain de bouche pour aider à prévenir les poussées de polyarthrite rhumatoïde », poursuit-elle.

Cette approche pourrait également être intéressante dans des contextes pathologiques tels que le cancer. « J’ai commencé à m’intéresser à ce que nous pourrions trouver d’autre en recherchant des signatures microbiennes dans des échantillons humains », explique Yao.

Une belle preuve

« L’espoir est que si nous trouvons des signatures microbiennes ou virales intéressantes associées au cancer, nous pourrons alors identifier des directions expérimentales productives à poursuivre. Par exemple, si une tumeur crée un foyer de microbes spécifiques que nous reconnaissons, nous pourrons peut-être utiliser ces connaissances pour diagnostiquer le cancer plus tôt ou de manière moins invasive ou moins coûteuse. Ou encore, si des microbes ont un lien très fort avec les taux de survie, cela peut aider à établir un pronostic. Et si les expériences confirment un lien de causalité entre un virus ou une bactérie spécifique et un type de cancer, alors, bien sûr, cela pourrait être utile pour la thérapeutique. »

L’un des exemples les plus connus d’agent pathogène associé au cancer est le papillomavirus humain (HPV). Vicky Yao s’est appuyée sur ce lien bien documenté pour vérifier cette approche. « Lorsque nous avons fait le même exercice en examinant des échantillons de tumeurs du cancer du col de l’utérus, nous avons systématiquement détecté le virus. C’est une belle preuve de principe qui montre que la présence de pathogènes spécifiques peut être significative pour certains types de cancer », conclut la chercheuse.

Concernant, la polyarthrite rhumatoïde, il s’agit d’une maladie inflammatoire auto-immune chronique qui touche plusieurs articulations. Elle se manifeste par des poussées de durée variable et des périodes d’accalmie. Non traitée, la maladie atteint peu à peu de nouvelles articulations et engendre la déformation ou la destruction progressive des articulations touchées, le plus souvent des mains et des pieds. Parfois, mais rarement, des manifestations extra-articulaires apparaissent, atteignant alors d’autres organes.