Efficacité et sérénité : les maîtres-mots pour une unité de soins. En effet, l’espace où vous soignez doit être choisi avec prudence, sans pour autant tirer un trait sur le coup de cœur (un peu comme on fait le choix d’une maison ou d’un appartement). L’ergonomie est sans doute le paramètre premier dans le choix d’un unit. Réduire sa gestuelle au strict nécessaire, éviter les maux (lombaires, nuque) à la fin d’une longue journée sont des impératifs d’une pratique quotidienne. Les fauteuils sont conçus aujourd’hui pour s’adapter à tous les exercices. Ambidextres, modulables, ils offrent à la fois flexibilité et polyvalence. 

Pour choisir son équipement, il faut penser en termes d’avantages dans sa pratique, selon ses priorités. La liberté d’un cart ou d’une pédale sans fil, la souplesse d’un fauteuil suspendu ou paramétrable, la simplicité de programmation d’un écran, la commodité d’un programme de nettoyage et de désinfection automatique. Le numérique est aujourd’hui incontournable, avec, outre la caméra intra-orale, des applications logicielles et des connexions réseaux pour faciliter le flux de travail. Enfin, un autre mot à ne pas occulter est le design. N’oublions pas que l’unité de soins, en tant que pièce maîtresse du cabinet, doit vous séduire ainsi que vos patients. 

Tester et essayer

Côté fauteuil, le confort doit primer et les fabricants redoublent d’efforts pour accentuer cet atout. Ainsi la sellerie à mémoire de forme participe à la détente et au confort. Coloris charmeurs ou attractifs, raffinerie des coutures à la main : aucun détail n’est aujourd’hui négligé pour peaufiner l’accueil du patient. 

Tester et essayer permet de comparer et de faire le meilleur choix pour soi. Un saut dans les cabinets des confrères constitue une bonne solution pour réaliser le choix intermédiaire ou final du fauteuil et de certains de ses équipements. Les show rooms offrent aussi la possibilité de faire ce comparatif, ainsi que les salons, notamment l’ADF.

Unité de soins : « Mettre la bouche devant nos
yeux »

Dr David BLANC

Dr David Blanc, président
d’Ergonomie dentaire.

Pour le chirurgien-dentiste et kinésithérapeute David Blanc, la position de travail est déterminée par la distance entre l’œil et la tâche.

Dentoscope : Pour préserver son confort d’exercice, quelles habitudes fondamentales faut-il respecter avec son poste de travail ?

Dr David Blanc : Ce qui va gouverner notre position de travail, c’est la distance entre l’œil et la tâche. Il faut déterminer à quel endroit va le regard et ensuite trouver un moyen pour mettre la dent devant nos yeux et placer les instruments sous notre main. Pour préserver notre confort d’exercice, l’habitude fondamentale à respecter est d’arrêter de chercher à aller voir dans la bouche mais de réfléchir à une solution pour mettre la bouche devant nos yeux. Le support patient va conditionner l’orientation de notre tête et les conséquences sur les cervicales et les lombaires. Je conseillerai plutôt un support plat, d’essayer de s’affranchir complètement du fauteuil dentaire traditionnel et de choisir pourquoi pas une table de soins, ou un fauteuil qui soit conçu pour la position allongée, sans creux. 

Certains préfèrent les fouets, d’autres les cordons pendants. Goût ou habitude, quels conseils donneriez-vous en matière de posture ?

Que ce soit des fouets ou des cordons pendants, s’ils sont trop hauts ou trop bas, c’est notre main qui va faire un mouvement dans une position nocive. Il faut donc surtout réfléchir en termes de positionnement. La posture à 9 heures n’est plus envisageable. En effet, on est gêné par le corps du patient (sa tête ou son thorax), du coup on est obligé d’avoir un patient très bas et de ce fait on penche la tête en avant. Pour éviter cela, on va se placer à midi, et l’on va réfléchir à l’endroit où l’on met les instruments. Si on les met au-dessus du thorax du patient, on peut tendre le bras beaucoup trop. Si je me positionne à midi, il faut que j’analyse où se trouve ma main droite et c’est l’endroit où l’on va mettre les instruments, que ce soit les cordons pendants ou les fouets, peu importe. Les fouets, c’est très bien, on peut les prendre et les reposer facilement, mais on est un peu encombré avec la tablette. J’ai cependant une petite préférence pour les cordons pendants car cela permet aussi de mettre la tablette à côté, mais il faut qu’ils soient bien réglés, à peu près à la hauteur du coude. 

Si l’on travaille à quatre mains, faut-il choisir son unité de soins en fonction de ce paramètre ?

Ce qui important, c’est le positionnement du praticien par rapport à l’assistante, ce n’est pas forcément le type d’unit. On peut faire du quatre mains avec n’importe quel fauteuil dentaire, mais l’important c’est la position de l’assistante et du praticien. La difficulté est d’arriver à se placer tous les deux au plus proche de la bouche du patient. Lorsque le praticien est à midi, il faut absolument, pour pouvoir travailler correctement, que l’assistante se positionne à trois ou quatre heures. Mais, dans ce cas, il y a un problème de genoux et donc l’assistante ne peut se tourner vers le patient. Il faut que l’assistante ait une position surélevée et soit assise un peu plus haut que le praticien, de manière à ce qu’elle puisse se tourner vers la bouche du patient, mais elle doit pouvoir osciller de droite à gauche entre la tablette où elle pose ses instruments et le patient, avec la rotation de ses jambes et de son tronc. Ce n’est possible que si elle est assise un peu plus haut et que ses genoux passent au-dessus des jambes du praticien. On va surélever les pieds de l’assistante, avec un repose-pied. 

Sur quels critères doit-on choisir son siège praticien pour préserver son dos ?

Un tabouret de qualité est un prérequis indispensable. Les praticiens pensent souvent que s’ils ont mal au dos, c’est qu’ils sont mal assis sur le mauvais tabouret. C’est trop simpliste car c’est surtout une question de réglage du tabouret, pas forcément de choix. Il y a une multitude de tabourets qui sont performants sur le marché, mais ce qui va conditionner notre position, c’est ce que l’on regarde. Si je dois pencher la tête pour voir dans la bouche du patient, j’aurais mal au dos, quel que soit le tabouret, ou la selle sur lequel je me trouve. Il ne faut pas un tabouret trop haut, sinon le patient est très bas et l’on va être obligé de pencher la tête en avant. Il faut un tabouret qui soit bien réglé, à la bonne hauteur, et mettre le patient sous ses yeux. Le tabouret de l’assistante est très important aussi. Le coude de l’assistante doit être à la même hauteur que la bouche du patient. Il faut qu’elle ait un tabouret qui permette de monter très haut et ajouter un repose-pied solidaire du sol pour avoir un point d’appui afin de se tourner.

Propos recueillis par Agnès Taupin.