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Prévenir plutôt que réparer : quand le microbiote oral enrichit la pratique clinique

Illustration : probiotiques et souches de Lactobacillus reuteri étudiées en santé orale

Modifier la composition du biofilm avant que la dysbiose ne s’installe durablement : c’est l’objectif que poursuit un champ de recherche en plein développement, à la croisée de la microbiologie, de la parodontologie et de la médecine préventive. Les fondamentaux…

Contenu destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas une recommandation produit et ne se substitue pas au jugement clinique du praticien. Certaines souches probiotiques étudiées en santé orale disposent aujourd’hui d’un corpus clinique conséquent, avec plus de 80 études cliniques et plus de 20 méta-analyses portant sur différents paramètres bucco-dentaires. Ce volume de données permet d’aborder le sujet avec une rigueur croissante — à condition de l’interpréter avec précision, car les effets sont souche-dépendants et indication-dépendants.

Un point clé : raisonner par souches, pas par catégorie

Le terme « probiotiques » ne doit pas être compris comme une catégorie homogène. Les effets rapportés dans la littérature sont souche-dépendants : ils ne peuvent pas être généralisés d’un micro-organisme à l’autre, ni d’une indication à une autre. Pour le praticien, c’est un point de lecture essentiel. Une souche étudiée dans un contexte parodontal ne permet pas de conclure automatiquement à un effet sur le risque carieux ou l’inflammation péri-implantaire, et réciproquement. Deux souches de Lactobacillus reuteri — L. reuteri DSM 17938 et L. reuteri ATCC PTA 5289 — font partie des souches les plus étudiées en santé bucco-dentaire. Leurs mécanismes d’action sont distincts et complémentaires, ce qui explique l’intérêt de leur association dans plusieurs protocoles de recherche.

Des mécanismes d’action documentés à plusieurs niveaux

Les études disponibles décrivent quatre axes d’action principaux. L. reuteri DSM 17938 et L. reuteri ATCC PTA 5289 forment un biofilm et adhèrent transitoirement aux surfaces orales, entrant en compétition avec les pathogènes pour les sites d’adhésion et les nutriments. L. reuteri DSM 17938 est associée à la production de reutérine, une substance antimicrobienne documentée en conditions de croissance en biofilm. L. reuteri ATCC PTA 5289 est quant à elle associée à l’inhibition du médiateur pro-inflammatoire TNF-α, ce qui place cette souche sur l’axe de la régulation de l’inflammation gingivale. Une revue narrative publiée dans Heliyon (Deandra et al., 2023) synthétise ces mécanismes dans le contexte de la parodontite, soulignant leur pertinence face à la tendance à réduire l’antibiothérapie systémique prolongée en parodontologie.

Des résultats cliniques documentés sur plusieurs indications

Pour ces souches étudiées en santé orale, plusieurs champs cliniques disposent déjà de résultats documentés, obtenus dans des essais randomisés en double aveugle contrôlés placebo. Sur la gingivite, une étude randomisée conduite chez 68 individus (Schlagenhauf et al., 2020) rapporte une réduction significative du saignement au sondage à 2 et 6 semaines. Chez les femmes enceintes présentant une gingivite gravidique, une étude randomisée sur 45 participantes (Schlagenhauf et al., 2016) observe une réduction significative de l’indice gingival. Ces données s’inscrivent dans un contexte où le saignement gingival constitue le premier marqueur clinique d’une dysbiose locale — et un levier pédagogique utile dans le dialogue avec le patient. Sur la parodontite, plusieurs essais ont évalué l’association de ces souches en complément du détartrage-surfaçage radiculaire (SRP), avec des améliorations cliniques durables sur la profondeur de poche dans certains protocoles (Tekçe et al., 2015). Une étude randomisée (Teughels et al., 2013) rapporte également une réduction de 47 % des sites nécessitant un recours chirurgical. Une méta-analyse en réseau récente (Mendonça et al., 2024) conclut que l’association de ces deux souches est la seule approche probiotique montrant un effet favorable dans le traitement à long terme de la parodontite.

« L’association L. reuteri DSM 17938 et L. reuteri ATCC PTA 5289 est l’unique approche probiotique identifiée comme efficace dans le traitement à long terme de la parodontite dans une méta-analyse en réseau de 2024. »

Sur les troubles péri-implantaires, une étude randomisée chez 44 patients (Galofré et al., 2018) rapporte une réduction significative de la profondeur des poches péri-implantaires en complément du SRP. Ces données ont été intégrées dans les lignes directrices cliniques de l’EFP (European Federation of Periodontology) publiées en 2023, qui mentionnent cette association de souches comme pouvant être considérée en traitement adjuvant de la mucosite péri-implantaire (Herrera et al., 2023). Sur les facteurs de risque associés aux caries, une étude randomisée conduite chez 178 enfants (Alamoudi et al., 2018) rapporte une réduction significative de Streptococcus mutans salivaire (p < 0,001). Une étude complémentaire chez des patients orthodontiques (Alforaidi et al., 2021) montre une inhibition significative de la production d’acide par les bactéries en présence de sucre — un mécanisme particulièrement pertinent chez les patients à risque carieux élevé. C’est sur ce champ que les données sont aujourd’hui les plus consistantes : la réduction de Streptococcus mutans, pathogène associé à la carie, est retrouvée de façon cohérente dans plusieurs synthèses de la littérature.

Une piste complémentaire, jamais un substitut

Ces données doivent être interprétées avec précision : les effets sont souche-dépendants, indication-dépendants, et les protocoles varient selon les études. Aucune de ces données ne positionne cette approche comme une alternative aux protocoles parodontaux conventionnels — le détartrage-surfaçage, l’hygiène bucco-dentaire, la maintenance parodontale et la gestion des facteurs de risque restent les piliers indiscutables de la prise en charge. Ce que la recherche établit, c’est l’intérêt d’une modulation ciblée du microbiote oral comme complément possible à ces fondamentaux, sur des indications et avec des souches dont les données ont été suffisamment documentées pour être interprétées rigoureusement. Pour le chirurgien-dentiste, l’enjeu n’est pas d’adopter une réponse systématique, mais d’intégrer une nouvelle dimension dans la réflexion préventive : au-delà du contrôle mécanique de la plaque, comment accompagner durablement l’équilibre microbien de chaque patient ?

Niveau de preuve : ce que l’on peut dire avec rigueur

  • Certaines souches de L. reuteri étudiées en santé orale disposent d’un corpus clinique documenté, avec plus de 80 études cliniques et plus de 20 méta-analyses portant sur plusieurs paramètres bucco-dentaires.
  • Les données les plus robustes concernent la gingivite (réduction du saignement au sondage), la parodontite en complément du SRP (amélioration des paramètres cliniques, réduction des recours chirurgicaux), les facteurs de risque carieux (réduction de S. mutans) et certains paramètres péri-implantaires.
  • Ces effets sont souche-dépendants et indication-dépendants : ils doivent être interprétés au regard des protocoles et des populations étudiées, sans généralisation entre souches ou entre indications.
  • Ces approches s’envisagent en complément des fondamentaux : contrôle mécanique du biofilm, hygiène orale, suivi parodontal, gestion des facteurs de risque et maintenance régulière.

Pourquoi BioGaia soutient ce dossier

BioGaia soutient ce dossier en tant qu’acteur engagé dans la recherche sur le microbiote et les souches probiotiques étudiées en santé orale. Son rôle ici n’est pas de promouvoir une solution, mais de contribuer à diffuser une culture scientifique rigoureuse autour du microbiote oral et des données disponibles dans la littérature. Cette approche institutionnelle permet de replacer le sujet dans un cadre professionnel : comprendre les mécanismes, identifier les indications documentées, contextualiser les niveaux de preuve et ouvrir la réflexion clinique — sans se substituer au jugement du praticien.

Ce que le praticien peut retenir

  • Certaines souches de L. reuteri étudiées en santé orale — notamment L. reuteri DSM 17938 et L. reuteri ATCC PTA 5289 — disposent d’un corpus clinique conséquent, évalué dans des essais randomisés en double aveugle.
  • Plusieurs indications disposent de données documentées : gingivite, parodontite en complément du SRP, facteurs de risque carieux et suivi péri-implantaire.
  • Ces approches s’envisagent en complément, jamais en substitution, des protocoles conventionnels de prise en charge bucco-dentaire.
  • La lecture rigoureuse de ce champ impose de raisonner par souche et par indication — et de ne pas généraliser les résultats d’une souche ou d’un contexte clinique à l’ensemble de la catégorie « probiotiques ».

Sources

  1. Scannapieco FA. Dysbiosis revisited: Understanding the role of the oral microbiome in the pathogenesis of gingivitis and periodontitis: A critical assessment. J Periodontol. 2021 Aug;92(8):1071-1078. PMID: 33902163.
  2. Deandra FA, Ketherin K, Rachmasari R, Sulijaya B, Takahashi N. Probiotics and metabolites regulate the oral and gut microbiome composition as host modulation agents in periodontitis: A narrative review. Heliyon. 2023;9(2):e13475.
  3. Schlagenhauf U, Rehder J, Gelbrich G, Jockel-Schneider Y. Consumption of Lactobacillus reuteri-containing lozenges improves periodontal health in navy sailors at sea: A randomized controlled trial. J Periodontol. 2020;91(10):1328-1338.
  4. Schlagenhauf U, Jakob L, Eigenthaler M, Segerer S, Jockel-Schneider Y, Rehn M. Regular consumption of Lactobacillus reuteri-containing lozenges reduces pregnancy gingivitis: an RCT. J Clin Periodontol. 2016;43(11):948-954.
  5. Tekçe M, İnce G, Gürsoy H, et al. Clinical and microbiological effects of probiotic lozenges in the treatment of chronic periodontitis: a 1-year follow-up study. J Clin Periodontol. 2015;42:363-372.
  6. Teughels W, Durukan A, Ozcelik O, Pauwels M, Quirynen M, Haytac MC. Clinical and microbiological effects of Lactobacillus reuteri probiotics in the treatment of chronic periodontitis: a randomized placebo-controlled study. J Clin Periodontol. 2013;40:1025-1035.
  7. Mendonça CD de, Mata ADSP da, Azevedo LFR, et al. Probiotics in the non-surgical treatment of periodontitis: a systematic review and network meta-analysis. BMC Oral Health. 2024;24(1):1224.
  8. Galofré M, Palao D, Vicario M, Nart J, Violant D. Clinical and microbiological evaluation of the effect of Lactobacillus reuteri in the treatment of mucositis and peri-implantitis: A triple-blind randomized clinical trial. J Periodontal Res. 2018;53:378-390.
  9. Herrera D, et al. European Federation of Periodontology — Clinical practice guideline: Peri-implant diseases. J Clin Periodontol. 2023;50 Suppl 26:4-76.
  10. Alamoudi NM, Almabadi ES, Ashiry EAE, Derwi DAE. Effect of Probiotic Lactobacillus reuteri on Salivary Cariogenic Bacterial Counts among Groups of Preschool Children in Jeddah, Saudi Arabia: A Randomized Clinical Trial. J Clin Pediatr Dent. 2018;42(5):331-338.
  11. Alforaidi S, Bresin A, Almosa N, Lehrkinder A, Lingström P. Effect of drops containing Lactobacillus reuteri (DSM 17938 and ATCC PTA 5289) on plaque acidogenicity and other caries-related variables in orthodontic patients. BMC Microbiol. 2021;21(1):271.
  12. Wei X, Qian S, Yang Y, Mo J. Microbiome-based therapies for periodontitis and peri-implantitis. Oral Dis. 2024;30(5):2838-2857. PMID: 37890080.

Ce dossier a été réalisé avec le soutien institutionnel de BioGaia. Il a pour objectif d’apporter aux chirurgiens-dentistes un éclairage scientifique et clinique sur le microbiote oral, la dysbiose, l’inflammation et les pistes de modulation étudiées dans la littérature. Il ne constitue pas une recommandation produit et ne se substitue pas au jugement clinique du praticien.


Série BioGaia — Microbiote oral (3/3)

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