Vous ne le répéterez jamais assez à vos patients : une mauvaise santé bucco-dentaire peut avoir de graves incidences sur l’organisme. La parodontite, qui touche 80 % des Français, est notamment connue pour entraîner de nombreux problèmes de santé. Récemment, il a par exemple été prouvé que cette maladie pouvait être signe annonciateur de la maladie d’Alzheimer et augmenter le risque de complications de Covid-19. Aujourd’hui, des chercheurs danois montrent que cette maladie pourrait entraîner un risque accru de contamination bactérienne du sang des donneurs. En effet, d’après leur étude parue dans Blood Transfusion, les bactéries provenant de la cavité buccale échappent aux systèmes de dépistage de routine couramment utilisés par les banques du sang.

Le risque de développer une parodontite augmentant avec l’âge, les chercheurs de l’université de Copenhague et l’hôpital de Næstved (Danemark) ont analysé les échantillons de sang de 60 donneurs âgés de plus de 50 ans. Parmi eux, 62 % souffraient de parodontite. Les scientifiques ont testé les échantillons de sang à l’aide de différentes méthodes, dont celles utilisées par les banques du sang. Ils ont également isolé les globules rouges pour étudier leur croissance sans oxygène.

Résultat : « aucun des échantillons étudiés par la méthode de dépistage habituelle ne présentait de contamination bactérienne ; ces produits auraient donc été approuvés pour la transfusion. Au contraire, lorsque nous avons étudié les mêmes échantillons en utilisant notre méthode plus avancée, nous avons effectivement trouvé des bactéries viables dans le sang », déclare l’auteur principal de l’étude, le Dr Christian Damgaard, professeur associé au département d’odontologie de l’université de Copenhague, dans un communiqué de presse.

« Une différence hautement significative »

Car il semblerait que le risque de contamination bactérienne augmente quand le donneur souffre de parodontite. « Nos résultats montrent une prévalence 6,4 fois plus élevée de bactéries viables dans le sang par donneurs souffrant de parodontite par rapport aux donneurs qui n’en souffrent pas. Il s’agit d’une différence hautement significative », explique ainsi le Dr Damgaard.

Aujourd’hui, nous en savons encore trop peu sur les éventuelles conséquences cliniques en cas de contamination bactérienne observée, mettent en garde les chercheurs. Aussi, il est indispensable d’identifier les facteurs de risque, insistent-ils. D’autant plus que de nombreuses personnes souffrant de parodontite pourraient oublier d’en informer la banque du sang, jugeant cette maladie peu sérieuse.

« Notre étude suggère que nous devrons peut-être développer de nouvelles méthodes pour un dépistage efficace du sang des donneurs à l’avenir. Mais en réalité, le point le plus important est de s’assurer que chacun considère la bouche comme une partie de son organisme. En effet, les maladies de la bouche peuvent affecter notre état de santé général. », commente le Dr Susanne Gjørup Sækmose, coauteur de l’étude et consultante au département d’immunologie clinique de l’hôpital de Næstved.

En France, trois millions de poches prélevées par an

Toutefois, pas la peine de paniquer non plus. « Les patients peuvent recevoir des transfusions sanguines en toute sécurité. Au Danemark, nous effectuons environ 360 000 transfusions sanguines par an, et les infections dues aux transfusions sanguines sont extrêmement rares —  moins d’une par an en moyenne. En outre, nous disposons d’un système national de surveillance des effets secondaires », assure la scientifique.

Chez nous, avant un don du sang, un médecin de collecte de l’Établissement français du sang (EFS) s’entretient avec le candidat au don et évalue son état de santé et son aptitude, ou non, à donner du sang. Pour sa sécurité autant que pour celle du receveur. Chaque année, l’EFS prélève et distribue trois millions de poches. Sur cette même période, il accueille 1,7 million de donneurs, soit 4 % de la population en âge de donner tandis que 500 000 personnes en moyenne reçoivent une transfusion sanguine.