Dentoscope : Vous voulez « remettre au cœur du débat l’urgence de privilégier le savoir-faire français », à l’heure où, dans le contexte de campagne présidentielle, on parle beaucoup de la France…

Laurent Munerot, président de l’Union nationale patronale des prothésistes dentaires (UNPPD) : Nous avons participé au salon Made in France il y a quelques semaines et nous avons pu mesurer l’intérêt du public en faveur de notre action. Nous avons expliqué aux visiteurs du salon pourquoi nous étions partie prenante dans la volonté de relocalisation de l’ensemble de la production de prothèse dentaire. Parfois, alors qu’ils ne le savent pas, leur prothèse est fabriquée à l’autre bout du monde alors que des professionnels de qualité peuvent assurer un suivi à côté de chez eux. Nous voulons communiquer auprès des patients et nous avons la volonté d’influencer les pouvoirs publics, et notamment les candidats à la présidentielle et futurs législateurs, sur le fait qu’ils s’intéressent au cas des prothèses dentaires qui sont largement remboursées par la Sécurité sociale, les mutuelles et prévoyances alors qu’elles peuvent être fabriquées à l’étranger.

Vous souhaitez relocaliser la prothèse dentaire en France. À combien évaluez-vous la part de la production réalisée hors de l’Hexagone ?

Cette part est difficile à chiffrer. Les chirurgiens-dentistes ne veulent pas que l’on sache qu’ils sont clients de la prothèse importée et les importateurs ne veulent pas que l’on connaisse leur résultat sur la vente de prothèse dentaire importée. On estime que cela concerne 15 à 30 % du marché, selon que l’on parle en volume, ou en chiffre d’affaires.

Quels seraient les moyens de cette relocalisation ?

Le patient s’adresse à son chirurgien-dentiste auquel il fait confiance, c’est pourquoi nous voulons sensibiliser à la fois le patient et le praticien afin que celui-ci se tourne de préférence vers un laboratoire de fabrication française qui lui assure un travail de qualité, une traçabilité et un suivi, ou des reprises facilitées. En effet, il est difficile de renvoyer une pièce unique lorsqu’elle est fabriquée en Chine. On devrait donc préférer un travail local de proximité avec un échange collaboratif entre le chirurgien-dentiste et le prothésiste dentaire pour réaliser un travail conforme à la demande du patient, à ses besoins esthétiques et fonctionnels.

Le 100 % santé pourrait-il redonner des parts de marché à la prothèse dentaire française ?

Notre profession vit un virage technologique car nous utilisons aujourd’hui les moyens numériques avec des outils encore plus attractifs qu’auparavant auprès des jeunes. En effet, nous travaillons sur des dispositifs médicaux avec des ordinateurs, des imprimantes 3D et des usineuses. À l’heure de la relance, toutes les professions ont des problématiques de recrutement, ce qui est un paradoxe. Il faudrait que les entreprises françaises puissent produire durablement avec un volume de travail qui pourrait être largement absorbé chez nous, qui plus est en créant des emplois.

Quel est l’intérêt de votre agrément pour le chirurgien-dentiste ?

Notre mouvement « Je choisis le sourire made in France » s’adresse au chirurgien-dentiste qui doit choisir la fabrication made in France plutôt que la fabrication étrangère. Mais il s’adresse également au patient qui veut que son sourire soit fabriqué en France et qui donc doit demander à son dentiste que sa prothèse soit française. On demande au chirurgien-dentiste de nous accompagner dans cette action vertueuse de choisir la fabrication locale parce qu’il n’y a aucun attrait technique à choisir une fabrication étrangère.

Les kits de communication, fournis aux laboratoires labellisés Je choisis le sourire made in France, contiennent des affiches destinées aux praticiens pour faire savoir dans leur salle d’attente qu’ils travaillent avec un laboratoire de fabrication française de prothèse dentaire. Une carte qui identifie le dispositif médical et le laboratoire qui l’a fabriqué accompagne chaque prothèse. Le praticien peut donc valoriser le fait qu’il collabore avec un laboratoire de proximité, avec les conséquences et l’intérêt sur le plan écologique et de développement durable que cela implique. Il est en effet aberrant d’envoyer un dispositif à des milliers de kilomètres alors qu’un prothésiste dentaire travaille au coin de sa rue.

Que garantit l’agrément “laboratoires de qualité Je choisis le sourire made in France » d’un laboratoire de prothèse ?

Le laboratoire fait une demande auprès du comité d’agrément qui vérifie qu’il est bien conforme aux engagements de la charte, c’est-à-dire la fabrication française. À la fin du mois de janvier prochain, le site internet lesprothesistesdentairesfrancais.fr va être lancé, répertoriant les laboratoires engagés dans le mouvement. Les laboratoires de prothèse dentaire pourront afficher leur localisation, avec une carte interactive permettant aux praticiens ou aux patients de retrouver les laboratoires de leur région, avec notamment leurs axes de spécialité.

Quelle est la durée de cet agrément ?

C’est un agrément annuel.

Combien de laboratoires de prothèse dentaire sont-ils d’ores et déjà agréés ?

On compte à l’heure actuelle plus de 500 adhérents.

Le patient souhaite un dispositif de qualité et peut vouloir une prothèse dentaire de proximité, mais est-il suffisamment informé à ce sujet ? 

Il fait confiance à son chirurgien-dentiste et celui-ci, parfois, ne l’informe pas sur la provenance de sa prothèse dentaire. Or, il y a une obligation légale avec une déclaration de conformité que le laboratoire remet au praticien et cette déclaration de conformité, comme pour d’autres dispositifs, doit être obligatoirement remise au patient. Nous voulons engager les chirurgiens-dentistes de façon positive à suivre cette obligation au travers de l’engagement dans la fabrication française et de la collaboration avec un laboratoire de prothèse dentaire français. C’est dans ce but que le mouvement Je choisis le sourire made in France a été mis en œuvre.