Les études épidémiologiques montrent que le variant Delta est plus transmissible que les autres variants. Des chercheurs de l’Institut Pasteur (unité mixte CNRS) en collaboration avec l’hôpital européen Georges Pompidou AP-HP, le CHR d’Orléans et le CHU de Strasbourg ont étudié la sensibilité du variant Delta aux anticorps monoclonaux utilisés en clinique pour prévenir les formes graves de la maladie chez les personnes à risque, ainsi qu’aux anticorps neutralisants présents dans les sérums de personnes précédemment infectées par le SARS-CoV-2 ou vaccinées. Ils ont comparé cette sensibilité avec celle du virus circulant précédemment en France (appelé variant Alpha, ou anglais) ainsi qu’au variant dit sud-africain (variant Beta).

Variant Delta : concentrations plus élevées d’anticorps nécessaires

Les chercheurs ont montré que le variant Delta est moins sensible aux anticorps neutralisants que le variant Alpha. Trois des quatre anticorps monoclonaux thérapeutiques testés restent efficaces contre le variant Delta. L’un d’entre eux (Bamlavinimab) perd son activité antivirale. En analysant le sang de personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2 dans les douze mois précédents, les chercheurs montrent que des concentrations quatre fois plus élevées d’anticorps sont nécessaires pour neutraliser le variant Delta, comparé à la souche Alpha. Cette différence de sensibilité est aussi observée chez les personnes vaccinées avec deux doses du vaccin Pfizer, ou du vaccin AstraZeneca : les anticorps présents dans leurs sérums sont efficaces pour neutraliser le variant Delta, avec une efficacité légèrement inférieure que contre le variant Alpha. En revanche, le sérum des personnes vaccinées avec une seule dose (Pfizer, ou Astrazeneca) est inactif ou très peu actif contre les variants Delta ou Beta.

« Nous montrons que ce variant à propagation plus rapide, a acquis une résistance partielle aux anticorps. Par exemple, les sérums de patients ayant eu un Covid-19 et recueillis jusqu’à 12 mois après les symptômes ainsi que les personnes ayant reçu les deux doses du vaccin Pfizer ou du vaccin AstraZeneca restent neutralisants, mais sont trois à six fois moins puissants contre Delta, par rapport à Alpha. En revanche, les sérums d’individus ayant reçu une seule dose de vaccin Pfizer ou AstraZeneca sont peu ou pas du tout efficaces contre Delta », commente Olivier Schwartz, co-principal auteur de l’étude (1) et responsable de l’unité virus et immunité (Institut Pasteur/CNRS).

(1) Cette étude, qui a fait l’objet d’une prépublication sur le site de bioRxiv le 28 mai 2021, a été publiée dans la revue Nature le 8 juillet 2021.

Variant Delta : 60 % plus contagieux

Les études épidémiologiques montrent une transmissibilité accrue, d’environ 60 % du variant Delta par rapport au variant Alpha. Le variant Delta a été détecté pour la première fois au Inde en octobre 2020 et s’est depuis diffusé sur toute la planète. Ses caractéristiques biologiques sont encore peu connues. « Il est caractérisé par la présence de neuf mutations dans la protéine Spike et a été désigné « Variant of Concern » ou « variant préoccupant » par plusieurs organismes de santé publique, dont l’OMS », précise l’Institut Pasteur. Le variant Delta est en passe de devenir majoritaire en France, et il le sera même « probablement ce week-end », a affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran sur France Inter, le vendredi 9 juillet.