« Aussi sucré que du Coca Cola ». Dans un communiqué paru le 8 juillet, la British Dental Association (BDA) annonce avoir trouvé dans certains sachets alimentaires pour bébés commercialisés en grande surface des « niveaux obscènes de sucre », dangereux pour la dentition. En effet, les gourdes en plastiques par lesquelles se consomment les compotes à presser pour les jeunes enfants contiendraient proportionnellement plus de sucre que le Coca. Le mode d’absorption de ces produits, porter la gourde à la bouche et aspirer le contenu, entraînerait par ailleurs des risques de caries. Elle appelle aujourd’hui le gouvernement à une action « de grande envergure dans le secteur des aliments et des boissons pour la petite enfance. »

Pour en arriver à cette inquiétante conclusion, la BDA a analysé le contenu de 109 sachets de compotes de différentes marques à destination des enfants de moins d’un an. Les experts ont alors découvert que plus d’un quart d’entre eux « contenait plus de sucre en volume qu’un Coca Cola ». Par ailleurs, des mélanges à base de fruits destinés à des bébés de quatre mois contiennent « l’équivalent de jusqu’à 150 % des niveaux de sucre de la boisson gazeuse ». Certains de ces mélanges « comportent jusqu’à deux tiers de l’apport journalier recommandé (au Royaume-Uni) pour un adulte en sucre », est-il encore expliqué. Les produits aux légumes présentaient toutefois globalement des taux de sucre moins élevés.

Les parents ont l’impression qu’il s’agit de produits « sains » puisqu’ils est écrit qu’ils sont « sans sucre ajouté » ou « seulement des sucres naturels ». Mais même s’il s’agit de sucres naturels issus de fruits, il peut y en avoir trop. « Les dentistes ont souligné qu’en ce qui concerne les dents, il y a peu ou pas de différence si le sucre est ajouté ou naturel », rappelle la BDA qui alerte par ailleurs sur les risques liés au mode d’ingestion de ces produits. « Le contenu est souvent aspiré directement de la poche, ce qui garantit que la nourriture passe plus de temps en contact avec les dents de lait, juste au moment où elles poussent, et expose les dents à un risque d’érosion et de carie », est-il expliqué.

Un « langage fallacieux »

Les marques « boutique » semblent avoir des taux de sucre plus élevés que les marques traditionnelles d’aliments pour bébés ou que les marques propres. La BDA incrimine particulièrement un leader du marché : la société Ella’s Kitchen. Cette dernière a plus tard réagi dans un communiqué, assurant « prendre la nutrition infantile très au sérieux » et avoir « réduit la proportion de fruits à forte teneur en sucre » de ses produits. Elle ajoute ne pas conseiller qu’on consomme ses purées directement à partir du sachet. La société Annabel Karmel, également mise en cause, déclare quant à elle que ses aliments sont « spécialement conçus pour les bébés » et que « la teneur limitée en sucre provient des sucres naturels présents dans les fruits utilisés ». La BDA l’accuse de recommander de manger « directement à partir du sachet ».  

D’après elle, « le secteur a systématiquement adopté un langage fallacieux soulignant la présence de “sucres d’origine naturelle” ou l’absence de “sucres ajoutés”, tandis que d’autres prétendent de manière opaque que les produits sont “nutritionnellement approuvés” ou conformes aux “besoins nutritionnels et de développement” des nourrissons ». « Tous les produits à forte teneur en sucre adoptent les principes de l’étiquetage “halo”, en mettant l’accent sur le statut “biologique”, “riche en fibres” ou “contenant 1 des 5 calories par jour”, ce qui induit les parents en erreur en leur faisant croire qu’ils font des choix sains », interpelle-t-elle.   

Ces sachets sont très populaires auprès des parents car pratiques. Mais en plus d’encourager la préférence des enfants pour les goûts sucrés, ils sont plus dangereux pour la santé bucco-dentaire que les aliments disponibles en pot, rappellent les dentistes de la BDA. « Le contenu est souvent aspiré directement de la pochette, ce qui fait que les aliments passent plus de temps en contact avec les dents de lait, au moment où elles font leur apparition, et les expose au risque d’érosion et de carie. »

« Briser la dépendance du Royaume-Uni »

« Des spécialistes du marketing malhonnêtes donnent aux parents l’impression qu’ils font un choix sain avec ces sachets. Rien ne peut être plus éloigné de la vérité. La carie dentaire est la première cause d’admission à l’hôpital chez les jeunes enfants, et le sucre est à l’origine de cette épidémie. Ces produits risquent malheureusement d’accrocher la prochaine génération avant même qu’elle ne sache marcher », déclare le président de la British Dental Association, Eddie Crouch.

Les autorités sanitaires expliquent qu’à partir de 6 mois, les bébés devraient consommer des boissons dans une tasse ou un gobelet à écoulement libre. A partir d’1 an, ils devraient être découragés de boire au biberon. Il est conseillé d’utiliser des tasses à couvercle ouvert ou au bec libre plutôt que pourvues d’un robinet. Le but étant qu’ils n’aient pas besoin de « sucer ».

Les dentistes de la BDA appellent donc le ministère de la Santé à amener les entreprises à mettre en place un étiquetage plus clair, de type « feu de signalisation » quand un produit comporte de risques. Ils évoquent également d’étendre des mesures fiscales comme la taxe sur le sucre pour encourager la reformulation. Et de conclure :  « les ministres doivent briser la dépendance du Royaume-Uni. Ils doivent veiller à ce que le sucre ne devienne pas le nouveau tabac, surtout lorsqu’il s’agit de nos plus jeunes patients. »  

Un sujet similaire récemment abordé en France

En France, suite à un reportage dans les Hauts-de-France, de nombreux dentistes se sont récemment exprimé sur le phénomène des bébés coca. « Des bébés aux dents de lait tachées, noircies, dont il ne reste que les racines. Des bambins de trois ou quatre ans exhibant déjà des prothèses dentaires ou des dents de travers, qui poussent trouées comme du gruyère… Ces enfants, les professionnels de santé et de la petite enfance qui les reçoivent ou les côtoient au quotidien les surnomment parfois “les bébés Coca”. Les descriptions qu’ils en font semblent sorties d’un livre de Dickens. Cela ne se passe pas à l’autre bout de la planète mais bien ici, dans la métropole lilloise et toute la région », écrivait la journaliste qui a interrogé pour son enquête le Dr Angéline Leblanc, auteure d’une thèse sur le sujet.

Les professionnels de santé interrogés réclamaient une interdiction des boissons sucrées aux moins de 6 ans et/ou un étiquetage dissuasif sur ces breuvages. «On essaye d’expliquer aux parents, mais, bien souvent, ils nous répondent qu’eux-mêmes ne boivent pas d’eau et ne voient pas où est le problème», s’inquiétaient-ils.