Quels sont les défis du cabinet dentaire libéral d’ici 2030 ? C’était le thème d’un webinaire organisé le 30 juin par GSK Health Partner. Le Pr Frédéric Bizard, économiste et spécialiste des questions de protection sociale et de santé, était l’invité de cette conférence en ligne. L’économiste a ouvert son exposé par un bilan sociologique de la profession (voir ci-dessous), avant d’analyser les défis du modèle économique français. 

Les dépenses dentaires sont tirées par le volume : plus de 70 % de leur hausse est due à l’augmentation du volume des actes, depuis 2010. Mais les dépenses dentaires sont parmi les plus faibles d’Europe. Avec 0,5 de PIB et 161 euros par habitant, la France est proche du niveau des dépenses en Grande-Bretagne mais elles sont presque deux fois moindres par habitant qu’en Allemagne. Frédéric Bizard a souligné la nature du modèle français, avant tout curatif, plutôt que préventif. Les actes « très importants en matière de santé publique sont réalisés très largement à perte », a estimé le conférencier. 

Défis du progrès technologique

Les innovations technologiques ont un impact sur l’activité des cabinets dentaires. D’après l’économiste, l’industrialisation du sur-mesure est l’un des défis actuels de l’industrie dentaire et la percée du numérique change l’exercice, notamment celui de l’orthodontie. L’impression 3D et l’intelligence artificielle sont deux innovations en développement qui vont avoir un impact sur l’exercice odontologique. 

Défi des réseaux de soins

Les chirurgiens-dentistes doivent faire face à un autre changement dans leur profession, les réseaux de soins. Selon Frédéric Bizard, la loi de 2004 sur l’Assurance Maladie « a donné une place aux organismes complémentaires d’assurance maladie dans la gouvernance du système de soins (création de l’UNOCAM), sans que soit prévu un système de régulation du secteur ». 

L’économiste fait trois recommandations pour une régulation des réseaux de soins des organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM) : garantir la transparence du marché, protéger les données de santé des assurés et supprimer ou réguler la pratique du « remboursement différencié » (décote des remboursements pour le patient dans le cas de soins réalisés hors du réseau).

Faible taux de recours au chirurgien-dentiste

En conclusion, Frédéric Bizard a souligné le faible taux de recours au chirurgien-dentiste en France comparé à nombre de pays européens. 43 % des Français ont recours au moins une fois par an à un chirurgien-dentiste, contre 71 % des Anglais et des Allemands, 72 % des Suédois, 80 % des Hollandais et 85 % des Danois. Pour l’économiste, il faut faire du chirurgien-dentiste un acteur reconnu de santé publique. Un changement de paradigme qui passe par « une prise de conscience collective de l’importance de la santé bucco-dentaire pour son état de santé général ». Il faut pour ce faire fixer des objectifs sanitaires et « mettre en place un observatoire de la santé dentaire ».

Favorable à un modèle économique vertueux de santé publique, l’économiste propose l’instauration d’un programme et d’un mode de paiement dédiés à la prévention primaire, inspiré du modèle allemand. Celui-ci ciblant particulièrement les enfants, les personnes âgées et handicapées et les personnes à faibles revenus. 

Part des femmes en augmentation

42 031 chirurgiens-dentistes exercent à l’heure actuelle dans l’Hexagone. Depuis dix ans, plus d’un quart des dentistes installés ont un diplôme étranger. La part féminine est en augmentation (48 % en 2021), ce qui change la façon de travailler, commente Frédéric Bizard, les femmes étant plus « attirées par l’exercice de groupe ». Par ailleurs, la profession rajeunit : l’âge moyen des praticiens a diminué de 2,4 ans depuis 2012, pour atteindre 45,8 ans en moyenne. En 2021, près de 80 % des chirurgiens-dentistes exerçaient en cabinet libéral. La part d’exercice salarié est en augmentation, du fait de la hausse du nombre de centres de santé. Ils sont 7 600 à exercer en centre de santé, contre 3 500 en 2012, soit près d’un chirurgien-dentiste sur cinq (exercice en totalité ou en partie). 

Charges et honoraires du cabinet dentaire

Les honoraires du cabinet dentaire ont augmenté en moyenne de 1,7 % en valeur nominale et de 0,6 % en valeur réelle par an lors de la décennie 2010, pour atteindre 280 000 euros par chirurgien-dentiste en 2019. La part des dépassements d’honoraires a légèrement baissé de 51,7 % à 50 %. Avec un niveau moyen de charges au cabinet de plus de 62 % des honoraires, le revenu brut moyen des chirurgiens-dentistes en France était de 106 273 euros en 2019, selon les chiffres de l’économiste Frédéric Bizard.