L’interface implant-pilier est une zone primordiale dans le maintien du niveau osseux péri-implantaire, et a beaucoup évolué au cours du temps. La connexion externe associée au platform matching (le diamètre du pilier et de la plateforme implantaire sont identiques) a laissé place à la connexion conique interne associée au platform switching (le diamètre du pilier est inférieur à celui de la plateforme implantaire). Cette évolution a permis un meilleur maintien du niveau crestal péri-implantaire. Classiquement, et hormis les cas de mise en charge immédiate ou de mise en esthétique immédiate, un pilier provisoire est mis en place le jour de la pose de l’implant, permettant la cicatrisation des tissus mous péri-implantaires et le remodelage osseux.

Le retrait de ce pilier provisoire le jour de l’empreinte, intervenant après ostéointégation de l’implant, est souvent l’occasion...

d’apprécier la cicatrisation de la muqueuse péri-implantaire. Il n’est pas rare d’observer un saignement autour du col de l’implant lors de cette étape, qui peut être perçue comme désagréable et douloureuse pour le patient. Ce saignement peut également être gênant pour le praticien (précision de l’empreinte, confort du praticien), qui devra rapidement remettre en place le pilier après retrait du transfert d’empreinte pour éviter la migration des tissus mous. Une anesthésie peut être nécessaire lors de cette étape. Bien que sujet de controverse dans la littérature, les multiples connexions/déconnexions des piliers de cicatrisation semblent altérer le niveau osseux péri-implantaire.

La mise en place le jour de la chirurgie d’un pilier définitif « one abutment-one time », déplaçant la connectique d’un niveau juxta-crestal à un niveau supra-crestal permet de palier ces inconvénients. La connexion des différents éléments participant au traitement (pilier de cicatrisation, transfert d’empreinte, couronne provisoire éventuelle et couronne d’usage) se réalisera donc directement sur ce pilier (Fig.1). La perte osseuse péri-implantaire semble plus faible avec ce type de pilier comparati- vement aux piliers de cicatrisation classiques. Ces résultats, bien qu’encourageants, sont cependant à pondérer du fait de leur hétérogénéité et du faible recul des études.

Fig.1 : Schéma explicatif du pilier supra-crestal. Source : Nobel Biocare concept On1, préserver la fixation des tissus mous.

Le pilier supra-crestal (Fig.1), (ici Nobel Base On1 Xeal) est mis en place définitivement le jour de la chirurgie [1] à un torque de 35 N/cm. Les différents éléments (pilier de cicatrisation [2], couronne provisoire [3], transfert d’empreinte [4] et couronne d’usage [5]) se connectent directement au niveau supra-osseux.

Illustration du concept one abutment-one time par un cas clinique

Extraction et remplacement de 47 et 36

Le patient âgé de 50 ans, sans antécédents médicaux, présente des fractures radiculaires au niveau des dents 36 et 47 (Fig.2). Du fait de leur mauvais pronostic et du niveau osseux résiduel, la décision est prise de les extraire et de les remplacer par 2 implants en immédiat (ici Nobel Paralell CC 4.3×10).

Fig.2 : Radiographie panoramique préopératoire.

Un pilier supra-crestal one abutment-one time (avec son pilier de cicatrisation) (ici Nobel On 1) est mis en place sur la 36 et un pilier de cicatrisation classique en direct implant sur la 47 (Fig.3).

Fig.3 : Radiographie panoramique postopératoire.

Le patient est revu à 2 semaines pour le retrait des fils de suture, puis à 4 mois pour la phase prothétique. En dépit d’une bonne adaptation des tissus mous, un saignement apparaît au retrait du pilier de cicatrisation de la 47 (Fig.4).

Le transfert d’empreinte est donc connecté directement à l’implant et emporté dans l’empreinte. Le pilier de cicatrisation est remis en place rapidement pour éviter que les tissus mous n’empêchent sa reconnexion.

one abutment one time

Fig.4 : 47 à 3 mois postopératoires après le retrait du piler de cicatrisation.

Le retrait du pilier de cicatrisation au niveau de la 36 ne sollicite pas les tissus mous péri-implantaires puisque la connectique est à distance du col. Les muqueuses péri-implantaires ont un meilleur aspect visuel (Fig.5). Les manipulations sont également plus agréables pour le patient. Le transfert d’empreinte est connecté au pilier définitif et emporté dans l’empreinte à ciel ouvert. Le pilier de cicatrisation est alors remis en place.

Fig.5 : 36 à 3 mois postopératoires après le retrait du piler de cicatrisation.

Conclusion

Bien que les résultats de la littérature soient à prendre avec précaution, le concept « one abutment-one time » semble être une alternative crédible et pratique pour le patient et le praticien. Un plus grand recul clinique permettra sans doute de démocratiser davantage cette technique.

Auteur

Dr Anthony NERIS

CES de parodontologie, Paris V

Ancien attaché des hôpitaux en parodontologie

Pratique privée orientée en parodontologie et en implantologie au Robert (Martinique)

Bibliographie

[1] Caricasulo R, Malchiodi L, Ghensi P, Fantozzi G, Cucchi A. The influence of implant-abutment connection to peri-implant bone loss: A systematic review and meta-analysis. Clin Implant Dent Relat Res. 2018 Aug;20(4):653-664. doi: 10.1111/cid.12620. Epub 2018 May 15. PMID: 29761902.

[2] Vatėnas I, Linkevičius T. One abutment one time vs. repeatable abutment disconnections in implants, restored with cemented / screw retained fixed partial dentures: Marginal bone level changes. A systematic review and meta-analysis. Stomatologija. 2021;23(2):35-40. PMID: 34528906.

[3] Santos JS, Santos TS, Martins-Filho PRS, Krockow NV, Weigl P, Pablo H. One Abutment at One Time Concept for Platform-Switched Morse Implants: Systematic Review and Meta-Analysis. Braz Dent J. 2018 Jan-Feb;29(1):7-13. doi: 10.1590/0103-6440201801686. PMID: 29267528.

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