Faites le point sur les dispositifs existants.

Étudiez le cadre
Avant d’embarquer tout le cabinet dans une démarche de formation continue, encore faut-il avoir connaissance des dispositifs. Pour les chirurgiens-dentistes, il y en a deux.
1) Le développement professionnel continu (DPC), une obligation triennale qui s’adresse à tous les professionnels de santé, et qui est financée. Ce dispositif est néanmoins l’objet de critiques depuis sa mise en place effective en 2013 : complexité, thèmes restreints, manque de contrôle…
2) La formation continue dite « libre » ou « volontaire », qui peut faire l’objet d’une prise en charge par le FIF-PL. Notez que désormais, les formations DPC ainsi que les formations volontaires suivies sont récapitulées dans un document de traçabilité, hébergé par l’Agence nationale du DPC (ANDPC)(1). La formation continue de vos assistant(e)s peut quant à elle être prise en charge de trois manières : via le congé individuel de formation (CIF), le compte personnel de formation (CPF) et le Plan de formation (à votre initiative). N’hésitez pas à les tenir informé(e)s.

Faites l’inventaire des solutions
Les structures qui proposent de la formation continue sont légion. Le Dr Julien Laupie, secrétaire général de l’ADF, les liste : « Il y a les Universités, dans le cadre des DU, des attestations ; les sociétés savantes : l’UFSBD, la SOP, les sociétés de parodontie/d’implantologie… qui organisent des journées de formation, généralement en présentiel. Certaines le font sur plusieurs jours, organisent des congrès, comme l’ADF ; les structures privées ; mais aussi l’industrie. » Ces formations peuvent être cliniques ou non-cliniques, être en présentiel ou en e-learning, associer ou non les assistant(e)s dentaires. Cet inventaire a de quoi donner le tournis. Alors pour faciliter cette veille, le Dr Patrick Bonne, chargé de mission formation continue à l’UFSBD, conseille de se tourner vers la littérature : « Abonnez-vous à plusieurs revues professionnelles, avise-t-il, et consultez les forums, les groupes Facebook et Whatsapp…car des confrères et consœurs y évoquent les formations qu’ils ont effectuées, celles qui sont souhaitables. Il y a pléthore d’informations. »
 

Sélectionnez les formations adaptées.

Passez-les au crible.
Pour éviter de vous perdre dans cette offre plurielle, prenez en amont le temps de la réflexion. Demandez-vous ce que vous pourriez/souhaiteriez améliorer dans votre pratique quotidienne. Si vous travaillez avec assistant(e), associez-la/le à cette démarche. Même chose si vous travaillez dans un cabinet de groupe : associez vos confrères et consœurs. « Il faut considérer la formation comme une dynamique de groupe », estime le Dr Laupie. Ensuite, n’hésitez pas à questionner le contenu et le déroulé de la formation à laquelle vous projetez de vous inscrire : Qu’est-ce qui est enseigné et comment ? Est-ce théorique ou pratique ? Quelle serait la valeur ajoutée à mon exercice ? Les protocoles sont-ils facilement intégrables et reproductibles par l’équipe ? Un accompagnement est-il prévu ?, etc. Il est évidemment très compliqué de juger sur le papier, alors glanez des retours d’expérience ! « Avant de vous y inscrire, demandez à ceux qui ont suivi cette formation s’ils en sont contents, s’ils ont été accompagnés, si on leur a donné des outils, un manuel de formation… », avise le secrétaire général de l’ADF.

Visez un équilibre général
Se former uniquement sur les sujets qui vous passionnent ? C’est humain, mais pas très judicieux. Pour le Dr Laupie, mieux vaut « trouver un équilibre entre plusieurs choses ». Selon lui, il faut, dans le panier de la formation continue, avoir « du DPC, parce que c’est la loi ; des formations qui nous plaisent bien sûr, mais aussi certaines qui nous plaisent moins mais sur des sujets qui nécessitent de remettre à niveau ses compétences, comme la pharmacologie, la gestion des patients à risques ; des formations réglementaires, comme les gestes et soins d’urgence, pour la cotation des cone beam etc ; des formations dispensées par l’industrie, pour par exemple progresser dans la maîtrise d’une marque d’implants ». L’idéal, c’est donc un panaché. Mais dans quel ordre suivre les formations ? Pour le Dr Bonne, il faut « d’abord compléter la formation initiale, puis se former à la maîtrise des nouvelles technologies, aux nouvelles recommandations. Ensuite, on répond à l’obligation de DPC. Et, une fois qu’on a fait tout cela, on choisit pour notre plaisir, notre culture générale. »

Intégrez-les à l’agenda, sans heurts

Envisagez les formations comme un investissement
« Ne considérez pas la formation comme un coût, mais comme un investissement ! », s’exclame le Dr Laupie. De fait, la formation continue de l’équipe dentaire est bénéfique à de nombreux titres, détaille-t-il. C’est un vecteur de qualité et de sécurité des soins : en acquérant de nouvelles compétences, vous améliorez la qualité des traitements proposés aux patient . C’est aussi un levier de bien-être au sein du cabinet :  sortir du cabinet, rencontrer des confrères, apprendre de nouvelles choses, c’est gratifiant, valorisant.  C’est un outil de cohésion, car quand la politique de formation est co-construite et concertée dès le départ, tout le monde va se fédérer autour d’un même objectif : le développement du cabinet.  A l’inverse, ne pas miser sur la formation, c’est s’enfermer dans une spirale négative, prendre des risques pour ses patients… « Au final, la non information, vous la paierez par la suite des patients », sanctionne le Dr Bonne. La formation continue, c’est un investissement, immatériel certes, qu’il faut absorber comme n’importe quel autre investissement􀀏

Balisez leur incorporation
Pour bien intégrer la formation à votre agenda, il est primordial que vous connaissiez le coût horaire de votre cabinet, avise le Dr Patrick Bonne.  Ce n’est qu’ainsi que vous pourrez « évaluer les conséquences financières » d’une éventuelle fermeture pour raisons de formation. Pour ce, explique-t-il, « prenez quatre exemples dans le dernier trimestre de ce que vous avez gagné par semaine et par journée, vous aurez ainsi une moyenne. Ensuite, multipliez ce coût horaire du cabinet par le nombre d’heures de formation ». Ce n’est qu’ainsi, en prenant conscience de vos obligations financières, que vous pourrez aviser de la meilleure tactique. « Soit le praticien a les moyens de fermer le cabinet pour aller se former. Soit il doit éviter la fermeture parce qu’il a trop de crédits à rembourser –  c’est le cas de nombre de jeunes –  et alors il fera ses formations sur ses jours de repos, sur ses vacances, ou il rattrapera le jour de formation sur un jour habituellement non travaillé. » Pour bien intégrer la formation, l’important c’est de connaître vos possibilités.