On ne le répétera jamais assez : la chlorophylle, même enserrée dans un vase, produit un effet bénéfique tant sur le corps que sur nos cœurs (de soignants et de patients). Les Français l’ont bien ressenti lors des derniers confinements, palliant les interdictions de sorties par une accumulation de plantes vertes et autres végétaux dans leurs intérieurs. Et les jardins potagers, même miniatures, ont « fleuri » sur les balcons et terrasses urbaines. La problématique est encore plus forte au cabinet dentaire, dans la mesure où de nombreux patients continuent d’envisager leur rendez-vous avec anxiété. Flower power : laissons agir le pouvoir des fleurs au cabinet !

Quelles fleurs pour le cabinet ?

Dès l’ouverture de son cabinet à Bordeaux en 2010, le Dr Lionel Langlade a décidé de fleurir ses locaux afin d’« apporter de la chaleur à un endroit souvent très stressant pour les patients ». Il remarque très vite que les fleurs deviennent un sujet de conversation entre eux et son assistant, Julien. « Ils en parlent souvent, tout comme des tableaux accrochés sur nos murs, que nous remplaçons tous les quatre-six mois, par abonnement. L’idée est de changer la décoration régulièrement et de faire réagir les patients », explique le praticien bordelais.

Pour Sonia Spelen, consultante spécialisée en ressources humaines des cabinets dentaires, fleurir son cabinet est une question de « valeurs et de personnalité ». « Certains vont apprécier, d’autres pas du tout. Beaucoup de personnes peuvent en effet être allergiques au...

pollen et considérer qu’un lieu de soins se doit d’être totalement aseptisé », ceci excluant toute trace de matières organiques.« Il est alors compliqué de trouver un équilibre. On peut, par exemple, préconiser de grands arbustes en plastique – mais très bien faits – qui donneront un côté chaleureux à une salle d’attente, tout en évitant le risque possible d’allergie des patients. En revanche, sur la bande d’accueil, je recommande d’oser, si cela fait du bien au praticien et aux assistantes et secrétaires de l’accueil, qui sont les premières concernées, un beau bouquet en harmonie avec la décoration du cabinet. Les couleurs favorisent une ambiance douce et cocooning. Même si ce détail peut échapper aux patients, un bouquet joue sur l’inconscient en inspirant sérénité et sécurité. » La meilleure option est de privilégier les fleurs peu allergènes comme l’hortensia, la rose, la tulipe, l’iris, le lys, la pervenche, ou encore l’ancolie, le crocus, la jonquille et la clématite. « Si le cabinet possède une terrasse, c’est l’idéal, poursuit Sonia Spelen. Il ne faudrait pas perdre l’occasion d’y disposer des jardinières de fleurs. » Mais, souligne-t-elle, « n’apprécieront que les patients et membres de l’équipe pour qui les valeurs comme la joie, la beauté, le dynamisme, l’esthétisme ou bien la sérénité et l’harmonie, sont importantes. »

Il peut être également intéressant de suivre l’habitude prise par beaucoup de commerces, comme les coiffeurs, par exemple, de « customiser » leurs compositions florales en fonction des saisons ou des fêtes populaires (Pâques, Halloween, Noël…).

L’option forfait fleuriste

Nathalie Paret tient la boutique Flore Nature à Vienne, dans l’Isère. Elle travaille avec trois chirurgiens-dentistes de la région. Tous les lundis, elle leur livre une composition florale. Un repérage au début de chacune des collaborations lui aura permis d’identifier le style des cabinets à fleurir. « Nous travaillons beaucoup les orchidées, notamment la vanda et la phalaenopsis, deux variétés qui existent dans toutes les couleurs. Les lisianthus et les alstroemérias offrent également une belle palette de coloris. Nous proposons souvent des bouquets exotiques ou romantiques, ces derniers revenant à la mode, avec leurs œillets blancs ou verts, agrémentés de gypsophiles et d’eucalyptus. » Nathalie et son équipe écartent généralement le lys, en raison de son odeur entêtante, ainsi que les bouquets champêtres, parce qu’ils ne se maintiennent pas suffisamment dans le temps (pas plus que quelques jours). Le blanc est sa couleur de prédilection pour sa neutralité, sa netteté et son élégance. Le rouge est à bannir, met en garde Sonia Spelen, « car c’est une couleur qui tend à encourager l’agressivité latente chez une personne ». Le contenant est compris dans le forfait proposé par Flore Nature, vase ou mousse à piquer. « On s’assure de cette façon que le support est stable et tiendra bien », explique sa fondatrice. Le service est hebdomadaire, même s’il est possible d’opter pour une formule bimensuelle.

Au cabinet du Dr Langlade, on privilégie les fleurs coupées, présentées dans trois soliflores (vases destinés à recevoir une seule fleur) qui font désormais partie des meubles. « Nous cherchons à prendre des fleurs qui durent le plus longtemps possible, tout en essayant de varier, explique le praticien. Nous prenons des amaryllis, et parfois même des lys, même si leur parfum est très fort, des lisianthus et tout un tas d’autres fleurs dont je ne connais pas le nom ! » Ce service lui était facturé environ quarante euros par mois. « À cause du tarif qui nous paraissait assez conséquent, nous avons décidé il y a deux ans de cesser les compositions. En remplacement, nous avons acheté trois petites plantes en pot qui sont disposées sur la banque d’accueil. Et derrière, se trouvent nos trois soliflores. »

À la boutique de Nathalie Paret, pour une livraison hebdomadaire il faut compter un budget minimum de vingt euros par semaine, qui peut monter jusqu’à trente ou quarante euros. « Tout dépend de la demande du cabinet, précise la fleuriste. Cela varie essentiellement en fonction du volume de la salle d’accueil. » Deux des trois praticiens avec qui elle travaille l’ont sollicitée spontanément, se souvient-elle. Le troisième a eu connaissance de ses services via un réseau BNI (Business Network International) de Vienne. Nathalie ne cherche pas pour le moment à démarcher d’autres cabinets.

Stéphanie Perrot, propriétaire de la fleuristerie Ça sent beau, à Talant (Côte-d’Or), ne propose pour le moment ses forfaits qu’à des hôtels de la région. Mais, comme « il est prouvé que la présence de fleurs dans un lieu d’accueil a un fort impact sur l’humeur du public reçu, assure-t-elle. Vous me donnez une idée ! Je pense que je vais contacter les dentistes de mon quartier car je suis persuadée de l’intérêt pour eux de fleurir leurs locaux. »

Sensation de végétal… sans végétal

Si toutefois, malgré toutes les recommandations, vous vous refusez à faire entrer les végétaux dans votre cabinet, par aversion ou parce que votre main n’est décidément pas verte, il existe des astuces.

Alexandra Keepfer, designer d’espace, accompagne les cabinets dentaires dans leur décoration, en particulier leur illumination. Pour  » les chirurgiens-dentistes qui cherchent des solutions simples et pérennes « , elle propose de jouer sur des projections graphiques de motifs jungle ou végétaux, très tendance. Ou bien d’utiliser des revêtements aux teintes apaisantes comme le vert amande ou le vert d’eau, qui font voyager. «  Il est aussi possible de transposer une ambiance végétale à travers des panneaux végétalisés (mais stabilisés), qui demandent très peu d’entretien (car antistatiques) et offrent de plus une absorption acoustique intéressante « , explique-t-elle. Enfin, une signalétique végétale (avec le logo du cabinet dans l’entrée, par exemple) pourra être du meilleur effet.

Décoratives et dépolluantes, nos amies les plantes !

Si on nous alerte souvent sur la pollution extérieure, la pollution intérieure est tout aussi dangereuse. En 1989, le Dr Bill Worverton, chercheur de la NASA a testé la capacité d’absorption de plusieurs composés chimiques par les végétaux. C’est le principe de phytoépuration. Les conclusions de son expérience, qui portait sur une cinquantaine de plantes d’intérieur ont été reprises dans le monde entier. Inviter les plantes dans nos lieux de vie, c’est faire du bien à notre organisme. Benzène, formaldéhyde, toluène, xylène et trichloréthylène… Les polluants se cachent partout (et sont la plupart du temps totalement inodores). Bonne nouvelle, en plus d’être décoratives et apaisantes, certaines plantes sont dépolluantes. Elles demandent peu d’entretien et supporteront vos absences durant les week-ends et les vacances. En voici quelques-unes considérer :

  • Le chlorophytum (ou plante araignée). Très facile à entretenir, (et aussi à bouturer), il absorbe surtout le benzène. Arrosez-le généreusement et attendez bien que la terre sèche entre deux arrosages.
  • Le dragonnier. Attention, il adore la lumière. On peut ne l’arroser que deux fois par mois.
  • Les palmiers s’attaquent à tous les polluants, mais surtout au formaldéhyde.
  • Le spathiphylum, (communément appelé faux arum ou fleur de lune) est la plante du débutant, qui résistera aux mains les moins vertes.
  • La langue de belle-mère (sansevieria) nécessite très peu d’eau, et par petites doses. Elle a besoin de beaucoup de lumière, mais sans soleil direct.
  • Enfin, pour les plus paresseux, les cactus. Leur action sur les ions positifs des ordinateurs n’est pas scientifiquement prouvée mais dans le doute, ils ne peuvent pas faire de mal !

La liste est longue et s’étend au yucca, à l’anthurium (particulièrement efficace contre l’ammoniac), l’azalée, le pothos, le ficus, la gerbera jamesonii… Vous n’avez que l’embarras du choix. Idéalement, il faut deux à trois plantes pour une vingtaine de mètres carrés. La jardinerie la plus proche de chez vous sera à même de vous renseigner efficacement sur les effets ciblés des unes et des autres.

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