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La réalité virtuelle s’installe au cabinet

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Gestion de l’anxiété, planification implantaire, formation des équipes… La réalité virtuelle multiplie ses applications en dentisterie. 

La réalité virtuelle (VR) plonge l’utilisateur dans un environnement entièrement numérique via un casque occultant. La réalité augmentée (RA) superpose des données numériques au champ visuel réel – comme le font déjà certains systèmes de navigation implantaire. Cette distinction conditionne les usages : la VR est taillée pour la distraction peropératoire et la formation gestuelle ; la RA pour la chirurgie guidée en temps réel. En septembre dernier, au CHU de Rennes, l’hologramme du cœur d’un patient flottait au-dessus de son corps pendant l’intervention, afin d’offrir au chirurgien une meilleure visibilité.

C’est en 2024 que le Pr Julien Berhouet a réalisé au CHRU de Tours la première intervention européenne guidée par hologrammes. Certes il s’agissait de l’implantation d’une prothèse d’épaule mais cela reste néanmoins un signal fort qui montre que ces outils migrent vers la pratique quotidienne. Pour le chirurgien, le gain de précision a été réel. « Je l’ai testé sur un cas compliqué, avec une déformation, une usure osseuse importante, et je m’y suis véritablement référé : j’avais le plan 3D sous les yeux, la main n’a qu’à reproduire ». Sur le marché dentaire, Planmeca propose avec Romexis VR une visualisation immersive des données CBCT permettant à l’implantologiste d’étudier son plan de pose depuis l’intérieur du volume osseux, puis de le présenter au patient en immersion.

Anxiété et douleur

En France, 16 % des adultes et 24 % des enfants souffrent d’anxiété dentaire. Pour le cabinet, cela peut engendrer des annulations, des actes différés et une charge émotionnelle alourdie pour l’équipe. La VR thérapeutique agit par distraction cognitive : immergé dans un environnement visuel et sonore coupé du cabinet, le patient détourne son attention des stimuli anxiogènes, réduisant sa perception douloureuse et sa sécrétion de cortisol. Les études confirment une réduction de l’anxiété perçue, de la douleur rapportée et une meilleure coopération – notamment chez l’enfant, l’adulte phobique et lors d’actes chirurgicaux.

D’où la multiplication des solutions proposées aux praticiens. La société Healthy Mind commercialise un dispositif CE classe I déployable en deux minutes pour réduire la douleur des patients. La start-up Hypno VR associe immersion virtuelle et hypnose ericksonienne sans formation préalable. « Ce procédé permet de neutraliser certains stimuli à l’origine de l’anxiété dentaire, comme la vue des instruments chirurgicaux ou le bruit des rotatifs. Il facilite ainsi le déroulement de la séance clinique », déclare le Pr Clauss, au service d’odontologie pédiatrique du CHU de Strasbourg. Aux États-Unis, l’American Medical Association a créé des codes CPT pour la réalité virtuelle thérapeutique, ouvrant un début de remboursement par certains assureurs privés. Le National Health Service britannique l’expérimente en dentisterie pédiatrique hospitalière. En France, la Haute Autorité de Santé n’a pas encore statué, même si les facultés commencent à s’équiper.

Nouveaux usages et protocoles

Ces nouveaux usages à venir appellent des protocoles écrits : quels patients, quelles indications et contre-indications, quelle durée de session VR par rapport à l’acte ? L’assistante tient un rôle central : réglage, choix des contenus, installation, surveillance, désinfection – et ce temps doit être intégré au planning. Sans cette formalisation, la VR restera un gadget utilisé sporadiquement, sans bénéfice documenté ni retour sur investissement mesurable. Concernant l’investissement d’entrée, il faut compter quelques centaines d’euros pour un casque autonome et entre 3 000 et 8 000 € pour une solution médicale clé en main. Le vrai enjeu est opérationnel : anticiper le temps d’installation, organiser la logistique, identifier les profils de patients cibles. Sur le plan de la différenciation, les cabinets qui ont intégré la VR rapportent une meilleure adhésion aux plans de traitement présentés en immersion 3D et un taux de recommandation en hausse.

Limites et précautions

Des limites sont à anticiper : 25 % des jeunes patients, notamment ceux présentant des troubles du spectre autistique, ne tolèrent pas l’isolement sensoriel du casque. Attention plus généralement à la cybercinétose : nausées, vertiges ou céphalées apparaissent chez certains patients dès les premières minutes. Une phase de test courte et la possibilité d’une interruption immédiate sont indispensables. L’épilepsie photosensible est une contre-indication relative ou absolue selon les dispositifs, d’où un recueil d’antécédents ciblé obligatoire. Chez les patients âgés ou fragiles, le port du casque et la désorientation post-immersion imposent une indication prudente ; hypnose, sédation consciente ou MEOPA peuvent rester préférables. D’autre part, les casques collectent des données biométriques classées données de santé sensibles au sens du RGPD, un point de conformité à anticiper. « Les données de santé sont des données personnelles particulières car considérées comme sensibles et bénéficiant d’une protection renforcée », rappelle la CNIL.

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