Dentoscope : Dans le cadre du report de l’ADF, qu’avez-vous proposé aux exposants ?

Julien Laupie et Joël Trouillet : Nous avons proposé à tous les exposants de reporter leur présence d’un an et de transférer sans pénalités les acomptes versés pour 2020 sur l’édition 2021. Seuls quelques exposants sur 340 n’ont pas souhaité s’engager d’ores et déjà et reporter leur venue. L’emplacement et la taille du stand qui leur avaient été attribués pour 2020 sont automatiquement reportés pour 2021.

Quel est l’impact du Covid-19 sur les industriels dentaires ?

La reprise, après le premier déconfinement, s’est bien passée dans les cabinets dentaires. Elle a même été forte au regard des chiffres de la Sécurité sociale. Les industriels n’ont pas repris aussi vite que les cabinets...

dentaires. Pour ceux qui vendent du consommable, la reprise a été bonne, même s’ils ne rattraperont pas les deux mois d’arrêt. Par contre, c’est beaucoup plus délicat pour ceux qui commercialisent du gros équipement, de l’investissement, des installations. Lorsque l’on veut acheter ce type de produits, cela nécessite des rencontres : les praticiens veulent observer, tester, questionner et lorsqu’il n’y a pas l’ADF, les échanges sont plus limités. D’autre part, lorsque l’on investit, on a besoin d’avoir une visibilité sur l’avenir, d’être confiant. En ce moment, tout le monde est dans le doute sur l’évolution sanitaire qui n’aide pas les praticiens à décider, sauf si c’est totalement nécessaire, de changer leur fauteuil ou d’investir dans tel ou tel domaine.

Quel est le bilan pour les cabinets dentaires ?

À la fin de l’année 2020, il y a eu une baisse de revenus, car nous n’avons pas travaillé pendant deux mois.
Même si on a bénéficié d’un certain nombre d’aides de l’Assurance maladie et de la part de la caisse de retraite, cela ne vient pas compenser ce qui a été perdu. Mais depuis la réouverture à la mi-mai, l’activité dans les cabinets dentaires a été bonne. Notre secteur d’activité est un peu plus protégé que d’autres. Mais cela ne bénéficie pas à tous les cabinets de la même façon, cela dépend de l’orientation de son exercice et certains souffrent quelque peu de la situation. La nouvelle convention, le reste à charge zéro qui solvabilise un certain nombre de patients, sont un effet amortisseur pour la profession. La France, comme beaucoup d’autres pays, affronte une crise économique liée à l’impact de la crise sanitaire.
Il y a une perte d’activité dans tous les secteurs. Lorsque l’État solvabilise une grande partie des dépenses de santé dentaire des Français, la question pour eux de savoir s’ils vont s’engager dans des soins se pose moins. Il y aura donc moins de renoncements aux soins dentaires qu’il pourra y en avoir, par exemple, pour les loisirs pour les personnes en baisse d’activité, ou au chômage.

Quels sont vos projets en matière de formation ?

Ils sont multiples, car l’ADF ce n’est pas que le congrès. En matière de formation continue, nous avons lancé début 2020 des formations e-learning DPC autour de l’antibiorésistance et de la prise en charge de la personne âgée. Nous allons créer trois nouveaux thèmes qui seront proposés en e-learning au début 2021, en utilisant les crédits DPC : la prise en charge des patients à risque, le traitement de l’édenté complet, et la dentisterie adhésive et la digue. Nous allons relancer à partir de janvier les rendez-vous de l’ADF, une séance de formation en live sur Facebook et YouTube un jeudi soir par mois. Ce sera aussi l’occasion de mettre en avant les responsables scientifiques du congrès 2021.

Vous allez éditer un guide pratique sur le cabinet écoresponsable. Sur quels points les cabinets peuvent progresser dans ce domaine ?

Nous avons voulu remettre en avant cette année la notion de cabinet écoresponsable qui est dans l’air du temps. Une publication pour les praticiens est en cours de rédaction pour renforcer la nécessité de la prise de conscience, de l’analyse de l’impact écologique dans sa pratique pour réfléchir à ce que l’on peut maîtriser en termes de consommation d’eau, d’électricité, de démarche d’achat. Elle sortira au cours du premier trimestre 2021 et sera disponible gratuitement en téléchargement sur le site internet de l’ADF.

Cette crise va-t-elle faire évoluer l’exercice des praticiens ?

La crise sanitaire a fait évoluer notre exercice pour un grand nombre d’entre nous, du fait par exemple des obligations d’aération entre chaque patient. Cela a contraint certains cabinets à réfléchir à leur organisation, à la reprise en main de leur agenda. On ne peut plus prendre autant de patients qu’avant. Il y a déjà eu des réflexions et des changements dans certains cabinets sur la manière d’être plus efficace sur le regroupement des actes, la réorganisation de son agenda ou fonctionner sur deux fauteuils pour ceux qui le peuvent. Si d’autres changements interviennent, ce sera dans le cas où la crise économique s’avère très forte. Peut-être qu’un changement sera nécessaire si on doit s’adapter à des difficultés rencontrées par nos patients. Il y aura alors un peu plus de regroupements de cabinets, de réflexions sur la manière de partager les frais fixes et de mutualiser les assistantes dentaires. La crise sanitaire a déjà fait changer l’organisation dans un certain nombre de cabinets.

Propos recueillis par Agnès Taupin

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