L’adage a beau dire que l’habit ne fait pas le moine, nos vêtements véhiculent notre image. Et, l’adage le dit également, on n’a jamais deux fois l’occasion de faire une bonne première impression. Aussi, si vous voulez inspirer confiance à vos patients dès la première consultation, regardez-vous attentivement dans la glace avant d’ouvrir la porte du cabinet. « Il est primordial de donner le ton au niveau de son look dès son installation. Cela déterminera dès le début l’image du cabinet. Si tout est vieillot et délabré, le patient ne voudra pas revenir. C’est le même principe pour une tenue. Un praticien soigné donnera bien plus envie qu’on lui confie sa bouche », explique Cynthia André, fondatrice de Chrysval. À l’origine, l’entreprise française ne fabriquait que des calots, mais, forte de son succès depuis l’apparition de la crise sanitaire, elle s’est finalement lancée dans la création de blouses fantaisie en 2020.

Si le blanc a longtemps été la norme des blouses médicales pour son côté propre et sérieux, il n’a plus le vent en poupe en raison de l’image froide et aseptisée qu’il dégage. Il a même été prouvé que les personnes phobiques pouvaient voir leur stress et leur pression artérielle augmenter en apercevant une blouse blanche. « Les gens n’arrivent pas chez nous détendus. Donc si on est habillés de façon fun et colorée, c’est plus sympa pour eux. Surtout pour les enfants », témoigne le Dr Maryam Pazargad, chirurgien-dentiste à Issy-les-Moulineaux, adepte des calots fantaisie et des blouses de couleur...

assorties à ces derniers. Mais au-delà des patients, pour la praticienne, sa consœur et leur assistante, c’est « un plaisir d’être bien habillées ». « On passe tout de même nos journées au cabinet », rappelle-t-elle.

Conscients de ces nouvelles attentes, les fabricants de tenues médicales proposent depuis peu des modèles de plus en plus originaux. L’une des entreprises pionnières dans le domaine est Mankaïa, créée il y a 17 ans. « Nous sommes partis du constat qu’il y avait très peu d’efforts au niveau du look sur les vêtements médicaux en France. Il y avait une demande pour avoir des choses qui sortent de l’ordinaire. À l’époque c’était le blanc, le pastel, les coupes droites et une seule matière », explique David Bergeron, gérant du fabricant et distributeur français multimarques de blouses médicales.

Des traitements antibactériens et antitaches dans le tissu

Mais s’il est important de personnaliser sa tenue, il s’agit aussi bien sûr d’être à l’aise pour travailler correctement et de se vêtir de matériaux facilement lavables pour que les normes sanitaires en vigueur au cabinet dentaire soient bien respectées. Pour l’expert, les trois points principaux pour choisir une tenue médicale sont « le look, le confort et la technicité ». Pour ces deux derniers points, il recommande une blouse élasthanne, sous réserve d’accepter d’y mettre le prix. « Au début, il y avait la génération stretch. Aujourd’hui, nous sommes à l’ère du Spandex. Le fait que ce soit étirable apporte un confort infiniment plus grand. » Au niveau du lavage, Mankaïa a récemment mis au point une technologie permettant d’insérer des traitements antibactériens et antitaches dans le tissu. Il n’est donc plus nécessaire de laver les blouses à haute température. Entre 40 et 60 degrés suffit, ce qui permet de choisir des tissus très élasthannes. Mais si votre budget est plus restreint, pas de panique. « On a plein de choix agréables et confortables pour s’habiller à partir de 22 euros. Ces produits d’entrée de gamme existent dans quinze couleurs différentes. »

L’entreprise Chrysval, elle, mise tout sur le 100 % coton (exclusivement fabriqué en France). « On les lave en machine, ça passe aussi en autoclave, comme une tenue de travail habituelle », explique Cynthia André. Quant aux couleurs ou motifs, tout dépendra de votre patientèle. Si vous avez l’habitude de travailler avec des enfants, n’hésitez pas à miser sur la fantaisie. Chrysval propose de nombreux motifs de héros Marvel ou Wonder Woman. Mais ce qui amuse les enfants peut aussi plaire aux adultes, ou à vous-même !

« La fantaisie apporte de la gaîté pour les soignants au quotidien, et les patients sont contents de voir quelqu’un d’un peu original. Chez nous, les motifs vont des blouses à fleurs, aux calots avec des petites bouteilles de vin, il y en a pour tous les goûts, s’amuse Cynthia André. Du biker, des têtes de mort, des animaux. On a plus de cent modèles différents. On vend de tout, c’est très varié. Chacun peut y trouver son compte en fonction de sa personnalité, plutôt sage ou humoristique ».

Côté calots décalés, le Dr Pazargad a une collection à en rendre jaloux plus d’un. Si elle évoque avec enthousiasme celui « avec des motifs de bouches, façon Andy Warhol, du fabricant Les Sans-Calottes » , sa préférence va au M&M’S. « Il a beaucoup de succès », assure fièrement celle qui a décidé de se mettre aux calots après le premier déconfinement. « D’abord des calots de chef cuisinier, noirs et moches », plaisante-t-elle. « Puis, quand les sites ont commencé à vendre des calots sympas, j’en ai trouvé plein de magnifiques ! Ces derniers mois, mon assistante en a au moins acheté cinquante ! C’était important pour nous d’en avoir des jolis, parce que maintenant c’est le seul accessoire que l’on peut montrer… En plus, ça protège nos cheveux : plus la peine de les laver tous les soirs… », s’enthousiasme-t-elle, ravie de cette nouvelle tendance.

Plutôt code couleur ou spontanéité ?

Ainsi, en quelques années et encore plus depuis le début de la crise sanitaire, les calots sont devenus « la touche d’originalité des praticiens ». « Ce n’est pas nécessaire de l’assortir au reste de la tenue car c’est l’élément différenciant qui sort de l’uniforme », assure David Bergeron. « C’est le petit côté fun qui plaît à tout le monde. On aurait tort de se priver de ce plaisir. » Mais si l’expert encourage les praticiens à se lâcher pour le calot, il recommande en revanche de garder une uniformité au niveau des blouses. Ce qui compte par-dessus tout, c’est la cohérence du cabinet, développe-t-il. « Travaillez au code couleur que vous voulez donner à celui-ci. Essayez d’avoir une homogénéité au niveau des tons, que ce soit avec ceux des murs ou des meubles du cabinet ou entre praticiens et assistantes. Certains se concertent d’ailleurs le matin pour s’assurer de porter des tenues compatibles. C’est important d’avoir une cohérence sur l’ensemble du cabinet au jour le jour », insiste-t-il, évoquant une « question d’image générale ».

Mais le Dr Pazargad, elle, ne l’entend pas de cette façon. « Mon assistante a beaucoup de goût mais je n’assortis pas mes tenues avec elle jour par jour », s’amuse-t-elle. « On ne recherche pas non plus forcément de cohérence avec le style du cabinet… On se contente de choisir les tenues qui nous plaisent. Mais comme c’est nous qui avons insufflé son style au cabinet, peut-être l’ensemble reste-t-il cohérent malgré tout », s’interroge la praticienne, toujours en quête de nouveauté.

Aussi, si la monotonie vous effraie, n’hésitez pas à faire preuve d’audace au niveau de votre style, que vous pouvez changer sans crainte en cours de route. Cela surprendra vos patients, vos équipes, et égayera vos journées de travail.

Du symbolisme des couleurs

Dans chaque culture, les couleurs ont une symbolique. Ainsi, quelle que soit la tonalité de la blouse que vous choisirez, gardez en tête que celle-ci renverra, consciemment ou non, une image à vos patients. Pour rappel, chez nous, le blanc représente la pureté, l’innocence, la froideur. Le noir, l’élégance, l’autorité et l’austérité, le gris, l’équilibre, la neutralité, la diplomatie. Le bleu est quant à lui associé à la sérénité, la communication, la confiance et la mélancolie. Le rouge évoque la passion, la violence, l’agressivité, la haine. Qui dit rose dit douceur, romantisme et timidité tandis que le violet serait la couleur de la royauté, de la sensibilité et de la spiritualité. Si vous préférez le marron, votre tenue évoquera la réassurance, la solidité et l’inflexibilité mais si vous optez pour du vert, gardez en tête que cette couleur symbolise certes la vitalité, la nature, mais aussi l’avidité et la maladie (rappelez-vous que les acteurs refusent de porter du vert sur scène). Pour finir, le jaune renvoie à la joie, la jeunesse, l’insolence et l’orange au dynamisme, à la créativité et la gourmandise.

Bientôt des surblouses élégantes

Depuis un an et demi, pour limiter les risques de contamination au SARS-CoV-2, les surblouses se vendent comme des petits pains. « Nous avons donc eu l’idée d’en fabriquer en partenariat avec l’ARS et l’Ordre des chirurgiens-dentistes, en amont de la réouverture des cabinets après le premier confinement », raconte David Bergeron. Pas de fantaisie ici ni de couleurs particulières : ces blouses, lavables, « pour des raisons économiques et écologiques », sont toutes blanches, urgence sanitaire oblige. « Nous les avons réalisées le plus rapidement possible et à grande échelle afin de pouvoir en équiper toute la France. Désormais, nous sommes en train de passer à la deuxième génération de surblouses. Les nouvelles seront plus colorées, elles auront du style ». Voilà une nouvelle qui devrait ravir le Dr Pazargad, triste que « l’on ne voit jamais longtemps » ses jolies blouses colorées. En effet, depuis le début de la crise sanitaire, celles-ci sont « recouvertes de surblouses moches, faites à partir de draps ».

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