Selon l’américain Albert Mehrabian, 7 % de la communication serait verbale, 38 % vocale – et 55 % ne serait donc ni verbale ni vocale. Même si des études plus récentes ont critiqué la méthode et les conclusions de ce chercheur, ces chiffres soulignent l’importance d’aller au-delà des mots. Et des silences. Les dernières années ont montré l’intérêt croissant que portent les chirurgiens-dentistes à la communication. Tous souhaitent apprendre à mieux connaître leurs patients pour mieux les comprendre (et se faire comprendre).

Dans cet objectif, l’hypnose éricksonienne séduit de nombreux praticiens. Pour l’un de ces passionnées, le Dr B.D à Lyon, pour connaître une personne, il n’y a pas d’autre solution que de l’observer et de l’écouter. « Quand on sait que 93 % de la communication passe par le non-verbal, mieux vaut ouvrir l’œil ! Si le patient s’agite, s’il regarde ce que je fais, s’il ferme les yeux, s’il veut cracher… tous ces comportements donnent des indications sur l’état d’esprit. »

La synerlogie, késaco ?

Cette discipline inventée par Philippe Turchet en 1996 appréhende le fonctionnement de l’esprit humain à partir de son langage corporel. Le chercheur a construit la première nomenclature des...

mouvements humains jamais réalisée, permettant de classifier tous les gestes et principales attitudes humaines standardisées. Près de vingt ans après le début de ses travaux, des équipes de synergologues formées dans de nombreuses parties du monde ont mis à jour de nouvelles données, permettant à cette discipline de disposer d’une plate-forme riche de plusieurs milliers de séquences vidéo.

Philippe Turchet met en garde les personnes qui, ayant appris à décoder les signes inconscients, souhaiteraient modifier les leurs. Pour lui, cela contribuerait à détruire une forme d’authenticité. L’objectif premier de la synergologie visant à développer une bonne compréhension des interactions afin de parvenir à communication satisfaisante.

Une communication en marche

La démarche d’une personne ne se limite pas à son déplacement d’un point A à un point B, elle est bien plus que ça. La manière dont nous nous déplaçons varie aussi en fonction de notre état émotionnel, « elle dépend en grande partie du moment présent », affirme Aude Roy. Dans son ouvrage, Donner une bonne image de vous (Inter-éditions), la coach en développement professionnel dévoile que se déplacer la tête baissée signifie que l’on ne veut pas de contact, marcher les bras derrière le dos est une manière d’affirmer son statut social, se déplacer sur la pointe des pieds témoigne d’un manque d’assurance et croiser les bras refléterait un retour sur soi mais également un signe de protection ou de fermeture.

Que faire de ces informations au quotidien dans son cabinet dentaire ? Il vous appartient de regarder et d’écouter vos patients (mais aussi votre personnel !) au-delà des mots qu’ils prononcent. Et plus exactement aux changements de démarches soudain. Si votre assistante se déplace un jour tête baissée et bras croisés, peut-être n’est-ce pas le bon jour pour la solliciter sur une nouvelle mission…

L’habit fait le moine

Discriminants, réducteurs, superficiels, nos clichés sont révoltants. Et pourtant, c’est un fait, les stéréotypes sont difficiles à chasser et aussi naturels que dire « bonjour ». Il est reconnu que les vêtements influencent la manière dont nous percevons les autres. Prenons garde donc, de ne pas juger un patient et ses demandes potentielles seulement à son allure.

Les spécialistes de l’esthétique le savent bien, aujourd’hui même des personnes modestes peuvent investir dans un nouveau sourire en rassemblant leur économie. Mais il y a autre chose. Si ce que vous projetez influence le regard que vous portent les patients, il vous influence… vous aussi ! Le Dr Olivia Kenck installée à Sélestat l’a bien compris. Elle a fait le choix de conserver une blouse pour affirmer son statut de docteur, « mais personnifiée et à mon image ». Elle travaille actuellement au développement d’une marque de vêtements professionnels qu’elle a dessinés, « des modèles très colorés, stylés, modernes et cousus dans une matière qui ne se froisse pas. Comme la décoration, notre apparence concourt au positionnement que l’on souhaite donner à son cabinet. ».

Le « décodage dentaire »

Certains praticiens développent une vision holistique de la dentisterie. Ils basent leur analyse sur une approche globale du corps, associant la bouche et les dents, à nos problèmes physiques mais aussi à nos émotions. En résumé et pour user de la formule consacrée : « Dis-moi à quelle dent tu as mal… je te dirai qui tu es ! » Pour ces praticiens, chaque dent est reliée à une émotion, un organe ou une fonction. Si cet organe est faible, alors la dent résiste moins à la carie. Si une émotion trop forte n’est pas verbalisée, la dent devient douloureuse, elle casse, etc.

Parmi les grands noms qui ont fait avancer cette orientation, les Drs Christian Beyer, Albert Roths, Michèle Caffin ou Catherine Rossi. Pour cette dernière, « le décodage dentaire est né de la volonté de faire le lien entre le corps et l’esprit. La médecine traditionnelle chinoise, l’endocrinologie, l’embryologie et l’épigénétique sont à la base des recherches qui ont permis de considérer chaque dent comme dépositaire d’une émotion bien précise. Cette émotion, issue d’un stress non formulé ou refoulé, induit une réponse biologique dans le corps en souffrance. Bien entendu, cette pratique ne nous affranchit pas de l’acte thérapeutique physique dont la dent aurait besoin ».

Savoir tirer profit des « non-dits »

À condition de ne pas être associé à la violence, un conflit peut vous aider à renouer le dialogue et à mettre les choses au point. Pour la psychologue Dominique Picard, co-auteure du livre Les conflits relationnels (PUF), les disputes peuvent se révéler utiles lorsqu’elles permettent de traiter les non-dits. « Si votre interlocuteur (ou vous-même) est capable d’entendre que les reproches énoncés sont le signe que quelque chose ne va pas dans la relation, il va être possible de méta-communiquer, c’est-à-dire de communiquer non pas sur l’incident, mais sur les hoquets de la relation. »

Par ailleurs, il est essentiel de distinguer les « non-dits » des « ne-pas-dire ». Dans le premier cas, la personne ne choisit pas, les « non-dits » s’imposent à lui, car ils sont porteurs d’un danger ou d’une peur. Dans le second cas, c’est un choix de sa part, il se positionne et choisit de ne pas partager des informations qui lui appartiennent. L’erreur serait donc de déployer des stratégies pour faire parler un patient qui ne le souhaite pas. Son silence doit être respecté même si vous percevez ses sentiments. Lui en faire part reviendrait à violer son intimité l’une des principales erreurs en matière de communication. Une discipline décidément aussi passionnante que complexe.


Cinq gestes qui trahissent une pensée

Démangeaison de la lèvre supérieure

Lorsqu’une personne se démange la zone parfois appelée « arc de Cupidon », au-dessus de la lèvre supérieure, l’émotion sous-jacente qu’elle exprime est souvent de nature sexuelle.

Détourner la tête

Voilà un signe qui dévoile un désaccord avec obligation d’acceptation. La personne qui détourne la tête face à une suggestion est en train d’avaler une couleuvre.

La moustache, symbole d’autorité

La moustache symbolise l’autorité. Cette construction mentale est bien connue des psychologues qui utilisent ce type de notion lorsqu’ils analysent les dessins d’enfants.

Réunir les mains en forme de V

La position mains réunies en forme de V et pointant vers le ciel est empruntée par la personne sûre d’elle-même et de son discours.

Se gratter le cou au niveau de la glotte

Dès que la qualité de communication se dégrade, la relation prend la forme d’un rapport dominant-dominé. En se gratte la zone du cou la personne relève le menton pour se placer au-dessus de l’autre.


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