Ai-je besoin d’un expert-comptable ?
La question peut paraître paradoxale mais elle vaut la peine d’être posée ! La réponse dépend en effet des besoins de votre cabinet, de l’aveu même de Julien Fraysse, expert-comptable et consultant, spécialisé dans le suivi de dossier des professionnels de santé. “Un chirurgien-dentiste qui travaille dans un cabinet qui réalise 200 000 euros de chiffre d’affaires et qui souhaite simplement rédiger sa déclaration fiscale 2035 peut le faire sans assistance.” Mais le professionnel met tout de même en garde : “Si remplir une déclaration peut sembler simple, il faut ensuite s’équiper d’un logiciel spécifique. Je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur son corps de métier que de passer du temps à faire de l’administratif !”

Un avis que rejoint Laurent Dussarps un chirurgien-dentiste de la région de Bordeaux. Celui qui connaît son expert-comptable depuis dix-huit ans, ne se verrait pas faire sans aujourd’hui. “ Lorsque je devais me charger de ma comptabilité, se souvient le praticien, cela me demandait trois nuits de travail, et au moins une dizaine d’heures juste pour le classement des factures ! Je pense que j’économise une trentaine d’heures de labeur ! ». Pour lui, avoir un bon comptable « libère...

l’esprit » et est synonyme de réduction du stress, notamment pour les contrôles Urssaf.

Au-delà du temps que la tenue d’une comptabilité peut prendre, il y aussi son aspect parfois rebutant. « Il y a deux types de praticiens, ceux qui aiment les affaires, et ceux comme moi qui sont submergés par le travail, résume Laurent Dussarps. Du coup, je me repose beaucoup sur mon expert-comptable. Cela me permet de passer plus de temps avec mes patients ».
Il peut aussi y avoir un côté challengeant à travailler avec un expert-comptable. C’est en tout cas ce que ressent Philippe Mérat, chirurgien-dentiste qui exerce dans les villes de Chartres et Paris, et qui collabore avec un expert-comptable qu’il connaît depuis douze ans. “Le gain de temps est indéniable, mais on peut aussi dire que mon comptable me booste ! Il me donne un objectif à atteindre, cela met un peu de pression et me permet de fixer un cap. Un comptable a une fonction de conseiller et de manager. Mais il faut définir clairement ses besoins en amont. »

Doit-il connaître le secteur ?
Certains comptables, comme Julien Fraysse, sont spécialisés dans les professions médicales, et comptent bon nombre de chirurgiens-dentistes dans leur clientèle. Pour le professionnel c’est un plus « non négligeable », car ce type de praticien demande une exigence particulière, selon lui. « Ce qui distingue les chirurgiens-dentistes des autres professions médicales c’est le niveau d’investissement, explique Julien Fraysse. Pour certains médecins, comme les généralistes ou les dermatologues, la question du matériel se pose moins. Un chirurgien-dentiste a besoin d’un fauteuil technique, d’une radio panoramique, de laser… ! » Selon lui, un expert-comptable conscient de cette réalité sera plus en mesure d’assister son client d’une façon personnalisée et efficace. Cela dit, tous les chirurgiens-dentistes ne font pas appel à des comptables connaissant le secteur. Philipe Mérat a été conquis par les compétences strictement comptables de son expert. « J’ai rencontré cette personne qui a monté sa propre entreprise. Il se tenait au courant de la législation, et était très au fait des montages et de l’optimisation financière.

D’ailleurs, je travaille à moitié à Paris et à Chartres et mon expert-comptable est à Strasbourg : je n’ai pas choisi la proximité, j’ai préféré la compétence ! » Ironie du sort, le Dr Mérat a ensuite découvert que son comptable s’occupait de nombreux dentistes et orthodontistes, et possèdait finalement une bonne expérience du monde dentaire. Le Dr Dussarps n’emploie pas non plus un spécialiste du secteur mais travaille en étroite relation avec l’Agakam, l’Association de Gestion Agréée, des kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes et autres professions libérales, afin de se tenir informé des dernières dispositions légales de la profession.

Quelle relation vais-je entretenir avec lui ?
Choisir un expert-comptable c’est s’engager sur une relation de longue durée. Philippe Mérat et Laurent Dussarps comptent respectivement entre douze et dix-huit ans de collaboration avec leurs experts-comptables. « J’ai  changé de prothésistes, de banques, mais j’ai gardé le même comptable », confie Laurent Dussarps avec humour. Et pour cause, l’autre élément indissociable de la relation entre un chirurgien-dentiste et son comptable est la confiance. En effet, si l’expert-comptable doit avoir accès à toutes les informations financières du cabinet dentaire, son champ de compétence ne s’arrête pas là. « Le rôle d’un expert-comptable c’est à la fois d’avoir des considérations fiscales, sociales, mais aussi de résoudre des problématiques juridiques liées au statut du praticien », explique l’expert-comptable Julien Fraysse, lui dont le cabinet est également amené à s’occuper des contrats de travail, établir les bulletins de paye, et peut même intervenir pour les ruptures conventionnelles. La fonction de l’expert-comptable peut prendre une tournure bien plus personnelle. « Nous sommes parfois les confidents de nos clients, révèle l’expert-comptable, quand vous avez des avis différents au sein d’un couple notamment du côté des investissements, mon rôle est d’être médiateur, comme un médiateur de quartier ! » Ce n’est malheureusement pas le seul cas où les comptables peuvent faire office de médiateur au sein d’un couple. « Il m’a aidé quand j’ai divorcé, m’a conseillé de me pacser… Mais il me conseille également pour mon fils de 25 ans en pleines études de médecine. Il me donne même des conseils pour la succession ! » explique Philippe Mérat qui aujourd’hui tutoie son expert-comptable.

Quelles qualités doit-il avoir ?
« Il faut qu’il soit réactif, à l’écoute des objectifs de vie de son client, car tous les chirurgiens-dentistes n’ont pas des besoins identiques, même s’ils ont des cabinets similaires », explique Philippe Mérat. Pour Laurent Dussarps, « la disponibilité, la connaissance de l’évolution des textes relatifs à son métier et des nouvelles dispositions » sont essentielles, avant d’ajouter une autre qualité « la patience ! Car je lui pose beaucoup de questions, et parfois à plusieurs reprises ! ». C’est d’ailleurs en échangeant fréquemment avec son expert-comptable que le Dr Dussarps a compris qu’il était « trop brouillon », selon ses propres termes, pour s’établir en SELARL.

Pour Julien Fraysse, les qualités que doit avoir un expert-comptable sont encore plus denses, et se rapprochent même parfois des sciences sociales : « Il faut de l’empathie, de la compréhension, et de la psychologie. Nos clients rencontrent parfois des problèmes lors de leurs divorces, ou avec leurs enfants. Ils peuvent également connaître des soucis de trésorerie, lorsqu’ils vivent à un train de vie supérieur à leurs gains réels. Cela peut être fréquent pour certaines professions de santé » explique-t-il, lui qui considère la comptabilité comme un « mal nécessaire », un « support » mais qui doit à terme devenir naturelle et courante.

Quel budget cela représente-t-il ?
En plus des prestations relatives à la santé financière du cabinet, l’expert-comptable occupe également des fonctions de conseiller, voire de manager. Des prestations qui ont un coût qui varie selon la taille du cabinet. Comme l’explique Julien Fraysse, comptez entre 1 000 et 1 200 euros (hors taxe) par an pour un cabinet dit « standard » dont le chiffre d’affaires oscille autour de 280 000 euros. Une prestation dite de « confort » s’évaluera entre 2 000 et 2 400 euros (H.T.) par an. Comme Julien Fraysse le reconnaît, le marché présente toute une variété de tarifs, allant du low cost, à d’autres bien plus élevés Le Dr Dussarps indique lui payer près de 3000 euros par an, ce qu’il considère être un « très bon investissement». Même s’il a conscience que les tarifs qu’il paie sont au-dessus de la moyenne, c’est pour lui le prix à payer pour une prestation de qualité. « Je pense que si le prix est trop bas, les prestataires seront moins disponibles. C’est le prix qui me convient, il va avec la spécificité de la profession. » Un avis partagé par Philippe Mérat qui dépense 1 000 euros de prestations par trimestre.

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