1 – Envisagez-la de façon positive

« Les normes ne sont pas faites pour embêter, mais pour améliorer la qualité et la sécurité de l’exercice », affirme le Dr P.B, chirurgien-dentiste, expert ADF/Afnor en stérilisation, chargé de mission UFSBD et coordonnateur du DU sur la démarche qualité, à Bordeaux. La stérilisation étant une condition sine qua non d’exercice, autant capitaliser dessus dans la relation patients.

« Un moyen qui ne coûte rien et ne prend pas de temps : placer la partie propre de la salle de stérilisation derrière une baie vitrée visible depuis l’accueil ou le couloir d’accès à la salle des soins. Nettoyez-vous aussi les mains avant de mettre des gants, et ouvrez les sachets devant les patients. »
Vous pouvez enfin disposer, dans la salle d’attente, des affichettes indiquant que la stérilisation est garantie. Pas la peine, en revanche, de tout expliquer: « Les patients veulent juste que ce soit efficace, peu leur importe comment ça fonctionne ».

2 – Pensez l’agencement

La salle de stérilisation doit être conçue au plus près de la salle de soins, et être bien organisée, afin que la “marche en avant”, du sale vers le propre, soit respectée.

D’où la nécessité de la séparer en deux parties: une sale et humide, où les instruments souillés sont nettoyés ; une propre et sèche, où les dispositifs médicaux (DM) sont contrôlés, emballés, stérilisés, stockés. Si la salle est en long, « placez au milieu une paroi en verre, bois ou plastique pour séparer physiquement la pièce, ou au moins...

le plan de travail », conseille le Dr P.B. Si elle est “en L”, « mettez la partie sale et mouillée sur la plus longue branche. Sur l’autre, la partie sèche et propre ».

La configuration “en U”, elle, permet d’avoir trois plans de travail (tri et lavage / séchage et emballage / stérilisation et traçabilité stockage.)
« Le top est de faire deux pièces séparées, proches l’une de l’autre ». Cela évite les déplacements inutiles. Sinon « séparer les deux parties par une baie vitrée avec une porte automatique coulissante ».

3 – Aménagez-la en conscience

Optez pour des meubles « facilitant le nettoyage », avise le Dr P.B. Trop de vide dessous ou dessus et « les moutons, la bergère et la métairie s’installent ». L’idéal? « Les meubles suspendus ». « Pour éviter la poussière, le mieux est que les placards du haut aillent jusqu’au plafond ». Pour ceux du bas, mettez des bandeaux en dessous, « pour faire le lien avec le sol », s’ils ne sont pas suspendus. Préférez aussi des meubles aux “angles arrondis”, qui ne vont pas blesser, ainsi que des tiroirs sans poignée, à ouverture automatique.

Quant aux revêtements, ils doivent être non-poreux, facilement lessivables, résistants aux produits détergents et désinfectants. Au sol par exemple, conseille le Dr Bonne, « il faut soit du linoléum qui remonte sur les bords du mur en gorge de poulie pour faciliter le nettoyage des angles, mais cette solution est onéreuse. Soit de grands carreaux rectifiés, car il y aura moins de joints et ils seront très fin . »

4 – Aérez !

Renouvelez l’air ! Pour le Dr Bonne, deux possibilités : « Soit on peut faire une fenêtre, et alors on peut ventiler régulièrement (un quart d’heure toutes les 2-3 heures). Soit on ne peut pas, et alors il faut une VMC dédiée à la salle de stérilisation, qui va en extraire en permanence l’air ». C’est primordial car les produits utilisés sont toxiques. D’où l’importance pour les assistantes de « porter masque, gants et lunettes de protection ».

5 – Appareils : investissez dans les incontournables

Pour le Dr Bonne, il y en a quatre :

  1. le laveur désinfecteur (thermo-désinfecteur). De par son automatisation, il permet un gain de temps, l’assistante “étant au fauteuil” pendant qu’il tourne. Il diminue aussi le nombre de manipulations, donc le risque de blessures ;
  2. la thermo soudeuse, les sachets soudés ayant l’avantage de mieux tenir que les sachets autocollants ;
  3. l’autoclave de classe B, qui doit répondre à certains critères : « un réservoir d’eau facilement accessible pour un nettoyage régulier » ; « les données du cycle doivent être facilement récupérables » ; et « en termes de taille, il faut respecter le couple thermo-désinfecteur/autoclave. On ne lance pas le lave-vaisselle pour deux assiettes ! »
  4. le DAC, autoclave de classe S, seul à pouvoir stériliser les instruments rotatifs (les PID). L’avantage ? « Pour la majorité des soins – hors soins chirurgicaux – quand les instruments en sortent, ils peuvent directement être utilisés au fauteuil (DM non critiques et semi critiques). »

6 – Préférez le jetable

« Plus des deux tiers de ma stérilisation, c’est du jetable ! », raconte le Dr Bonne. C’est, selon lui, « beaucoup plus écologique que nos produits de stérilisation ». « La légende urbaine dit que le jetable est polluant, c’est totalement faux » estime-t-il, expliquant que détruits dans un four à 900°, les appareils jetables deviennent du mâchefer, servant « à construire les routes, en cimenterie, et à combler les terrains vagues ».

Deuxième raison : opter pour le jetable « permet de se conformer aux recommandations de la DGS » qui spécifie que « si un instrument existe en usage unique, il est recommandé de le préférer à une instrumentation recyclable. Car avec une instrumentation à usage unique, il n’y a pas de contamination croisée possible ». Troisième avantage : qui dit jetable dit moins de nettoyage pour le personnel, donc moins de risques de blessures et moins de temps passé en salle de stérilisation.

7 – Rationalisez votre budget

« Le coût de la stérilisation fait peur : les machines, les produits, le temps humain coûtent cher », reconnaît le Dr Bonne qui rappelle toutefois que bâcler la stérilisation est “interdit”. Si la charge financière est indéniable, il existe des moyens pour mieux la supporter. En améliorant l’ergonomie, déjà, pour augmenter le temps productif. Mais aussi en rationalisant les achats. « Faites un cahier des charges, renseignez-vous sur le SAV nécessaire… », conseille le Dr Bonne, qui intime de « chercher le meilleur rapport qualité/prix ».

Gardez aussi à l’esprit que si certains appareils, comme le thermo-désinfecteur, sont un gros investissement, le coût sera amorti par leur utilisation quotidienne car ils permettent de dégager du temps. En cela, ils s’autofinancent. Rationaliser, ça veut dire aussi “être malin” : pour diminuer le coût de retraitement du jetable, le Dr Bonne conseille de préférer les kits par actes pour ne pas gaspiller un kit de quatre instruments alors qu’on ne les utilise pas tous. « Par exemple, pour un détartrage, je n’ai besoin que d’un miroir et d’une canule d’aspiration, témoigne-t-il. J’achète les canules d’aspiration à usage unique stérile et un miroir à usage unique stérile. Ainsi, en déchets, j’ai le strict minimum ».

8 – Faites un planning de sté

« Prévoyez le temps de stérilisation dans vos rendez-vous, prévient le Dr Bonne. Dans mon cabinet, nous sommes six praticiens, quinze en tout. Si tout le monde allait en même temps en salle de stérilisation, il y aurait un problème. Il y a donc des heures de passage ». Planifier les cycles de stérilisation est aussi un moyen de prendre conscience, si ceux-ci sont trop nombreux, d’un problème d’organisation, d’un défaut d’équipement, d’une insuffisance de matériel, et d’y remédier. Le bénéfice, à terme : un gain de temps productif.

9 – Faites régulièrement le point

Pour assurer un haut niveau d’asepsie, il faut impliquer l’humain. D’où l’intérêt d’organiser, régulièrement, des réunions d’équipe. C’est l’occasion de partager des informations, de mettre à plat les problèmes, d’évaluer les pratiques, de suggérer des améliorations…

« Nous y dédions une heure par mois. C’est le moment de mener des entretiens de félicitations, de recadrage, de déterminer comment améliorer un poste… Tant de choses peuvent être mises en place pour mieux faire fonctionner l’équipe, explique le Dr Bonne. Si, en termes de soins, ce temps ne produit rien, il nous permet de gagner en confort et en qualité de travail, et donc d’être plus productifs sur le long terme ».

10 – Formez-vous !

Formez-vous régulièrement car « la stérilisation évolue, met en garde le Dr Bonne, à l’origine d’un e-learning ludique requalifiant à l’UFSBD, sur le thème “faire redécouvrir la stérilisation autrement”. Il faut a minima jeter un coup d’oeil à ce qui se fait au niveau national, à ce qui est recommandé. Or le problème du dentiste, c’est qu’il travaille souvent dans une tour d’ivoire et ne regarde pas ce qui se fait ailleurs ».

Pensez à vous former vous, mais aussi votre personnel : « Souvent les assistantes sont sorties il y a cinq, dix, quinze ans. Or elles n’ont jamais suivi de mise à niveau. Il serait souhaitable de suivre une formation tous les trois ou quatre ans».


 Et si vous vous laissiez séduire par les bacs et cassettes ?

L’histoire entre les dentistes et les bacs et cassettes pourrait être une histoire d’amour. D’un côté, la profession, soucieuse d’optimiser son travail. De l’autre, un outil qui met à la portée du praticien tout ce dont il a besoin pour chaque acte : les instruments stérilisables dans un plateau (“cassette”) et ce qui ne nécessite pas de stérilisation dans une boîte en plastique (“bac”). Les promesses de ce dispositif sont belles. Vous faire gagner en efficacité au fauteuil : adieu les mouvements inutiles pour trouver un instrument.

Vous faire gagner en sécurité : pas de manipulation des produits souillés. Vous faciliter la gestion des stocks : un contrôle visuel suffi pour voir ce qui manque… Il a tout pour plaire, en théorie. Mais l’enchantement résiste mal à la mise en pratique. Trop prise de tête d’analyser les besoins en matériel. Trop chronophage, énergivore. Sachez pourtant que ces réticences ne sont pas indépassables. Consacrez-vous d’abord aux actes qui font le cœur de votre métier, disposez les instruments par ordre chronologique d’utilisation, adoptez un code couleurs… avant d’acter que les bacs et cassettes ne sont pas faits pour vous. Vous avez beaucoup à y gagner.


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