Maux de tête, fatigue, vertiges, malaises… chaque été, les travailleurs français tremblent sous la menace de la canicule. Si les cabinets dentaires sont le plus souvent équipés de climatisation, les équipements de protection individuelle (EPI), plus contraignants que jamais depuis l’apparition de la crise sanitaire, peuvent compliquer le quotidien des équipes recouvertes de surblouses, charlottes et visières. Voici cinq conseils pour bien préparer son cabinet.

1- Contrôlez la climatisation

Été comme hiver, la climatisation est un précieux sésame qui permet au chirurgien-dentiste et à son personnel de travailler dans des conditions agréables. La température au cabinet dentaire doit toutefois respecter un fragile équilibre. « Nous installons un appareil réversible pour avoir du chaud et du froid », explique Michel Rousseau, gérant de Sithec, entreprise francilienne qui installe des climatiseurs dans des cabinets médicaux et dentaires. « C’est le même système toute l’année. Le chirurgien-dentiste gère sa température. L’idéal pour être bien s’il fait trop chaud dehors, est d’avoir une différence de huit à dix degrés maximum pour ne pas que les patients aient froid en entrant dans le cabinet ou ne se prennent un coup sur la tête en en sortant. » « On parle d’une climatisation, pas d’un réfrigérateur », insiste quant à elle Josiane Allio, médecin du travail à Bordeaux.

C’est pourquoi, en temps de canicule, les experts recommandent de régler la climatisation entre 22 et 24 degrés. Voire 26-27, si la température atteint les 35 degrés à l’extérieur. « La température de confort est autour de 22 degrés mais, souvent, l’été, on la règle à quelques degrés de plus,...

car on est moins couverts. Si le cabinet dentaire ne dispose pas de climatisation, il faut essayer de renouveler l’air régulièrement, de provoquer des courants d’air. Jusqu’à 32 degrés, on peut installer un ventilateur. Au-delà, on brassera de l’air chaud, ce qui n’est pas bon. Mais depuis l’apparition de la Covid, le ventilateur n’est plus conseillé », détaille Josiane Allio. En effet, ces derniers mois, de nombreuses études ont montré que les ventilateurs pouvaient malheureusement brasser le virus et l’envoyer sur toutes les surfaces d’une salle. Ils sont donc déconseillés dans les espaces où plusieurs personnes cohabitent.

La climatisation est donc à privilégier. « En termes d’asepsie, la Covid ne change rien, c’est l’air de la pièce qu’on utilise, qu’on recycle et que l’on traite », indique Michel Rousseau.

Mais, pour diminuer les risques de transmission du SARS-CoV-2, rien ne vaut une aération naturelle pour renouveler l’air, quinze minutes entre chaque patient. Dans l’idéal, elle devrait être complétée d’une filtration par un dispositif équipé de filtres HEPA de classe minimale H13 selon la norme EN 1822-1, « installés de façon parfaitement étanche », selon la fiche « Covid-19 et traitement de l’air en cabinet de chirurgie dentaire » publiée le 15 mars dernier par l’institution publique Réseau de prévention des infections associées aux soins (Repias) et la société spécialisée dans la promotion de l’hygiène dans les soins SF2H.

2- Adaptez le temps de travail

N’hésitez pas à faire plus de pauses et laissez vos employés en prendre autant que nécessaire. Essayez d’organiser le travail de façon à réduire la cadence en aménageant les plages horaires. S’il le faut, acceptez moins de patients.

« La productivité diminue quand il fait trop chaud. Passé 30 degrés, on avance moins, explique Josiane Allio. Le nombre de pauses va dépendre de la température, c’est une question de bon sens. Et, bien entendu, il s’agit de les prendre au frais, sinon cela ne sert à rien. »

« L’été dernier, c’était très difficile de travailler avec tout cet attirail sur le dos, se souvient Jolema, assistante dans un cabinet dentaire situé dans le 17e arrondissement de Paris. Ma collègue et moi prenions plus de pauses que d’habitude. Toutes les heures, nous nous arrêtions dix minutes pour nous poser dans la salle de chirurgie, chacune notre tour bien sûr. Nous y étions tranquilles. Au frais et sans personne, nous pouvions enfin récupérer un peu. »

3- Privilégiez les couleurs claires et le coton

Ce n’est pas parce qu’il fait chaud que vous et vos salariés devez moins vous protéger. Impossible de faire l’impasse sur les équipements de protection individuelle en pleine crise sanitaire. Il existe cependant quelques astuces pour les rendre plus supportables par temps de canicule. Vous pouvez par exemple fournir des tenues de protection antitranspirantes et de couleur claire. Ces dernières retiendront moins la chaleur. « Le mieux, c’est le coton, les matières qui respirent. Si les surblouses sont synthétiques ou en plastique, c’est beaucoup moins agréable et les chirurgiens-dentistes et leurs équipes doivent essayer de les porter le moins longtemps possible », recommande Josiane Allio.

4- Hydratez-vous et allégez vos repas

« Essayez de boire un petit peu d’eau toutes les demi-heures ou toutes les heures », conseille la médecin du travail bordelaise. Quand il fait chaud, nous pouvons perdre jusqu’à 2,5 litres d’eau par jour via la transpiration, les urines et la respiration. Il faut donc compenser en buvant suffisamment d’eau à température ambiante (entre deux et deux litres et demi). Ni trop froide, ni trop chaude. Évitez toute boisson alcoolisée et faîtes des repas légers et fractionnés. « L’été on a tendance à manger plutôt frais et pas trop gras. Si on a fait un déjeuner chargé en graisses et en alcool, ça va être plus compliqué l’après-midi pour réguler sa température », poursuit le Dr Allio. Outre l’alcool, méfiez-vous des sodas, riches en sucre et peu désaltérants.

Au niveau de la nourriture, il est recommandé de se nourrir d’aliments riches en eau, soit des fruits et des légumes, mais aussi de yaourts ou de fromage blanc. En entrée, privilégiez les crudités (concombres, salades et tomates). Pour le plat principal, misez sur des viandes maigres ou du poisson, plus faciles à digérer. Les soupes froides à base de concombres ou de courgettes sont également une bonne option. Pour ce qui est des desserts, régalez-vous avec des fruits de saisons : pastèque, melon, fraise, pêche… Les smoothies sont aussi une bonne alternative. En revanche, bien que l’attrait de la crème glacée soit plus puissant que jamais, évitez les glaces. Ces dernières dérégulent la température de votre corps qui baisse d’un coup en réaction. Pour compenser, votre organisme se mettra alors à produire plus de chaleur.

Enfin, même si la canicule vous coupe l’appétit, forcez-vous à manger, ne serait-ce qu’un peu, si vous ne voulez pas terminer votre journée de travail épuisé et déshydraté.

5- Bouteilles d’eau pour les patients et sobriété énergétique

Et les patients dans tout cela ? Si la plupart d’entre eux sont adultes et autonomes, parfaitement capables de se prendre en charge pendant un rendez-vous dentaire, certains sont toutefois plus âgés ou vulnérables. « Auparavant, on donnait des verres d’eau aux patients quand ils le voulaient mais on a dû arrêter à cause de la Covid. Ils ne peuvent plus aller aux toilettes non plus, déplore Jolema. Nous n’avons pas encore discuté de ce qu’on allait, ou pas, mettre en place pour eux cet été. Mais l’an dernier, rien n’avait été prévu de particulier », regrette-t-elle. « Bien que les fontaines à eau soient proscrites depuis l’apparition de la crise sanitaire, si le praticien peut se le permettre, mettre des bouteilles d’eau individuelles à disposition des patients n’est pas une mauvaise idée », suggère quant à elle Josiane Allio.

Enfin, « essayez de supprimer les sources inutiles de chaleur. Les lampes, ça chauffe, gardez en le moins possible pendant la canicule, notamment dans la salle d’attente », recommande l’experte. Outre les sources d’éclairage, dont le praticien ne peut définitivement pas se passer en consultation, pensez à éteindre et à débrancher les appareils électriques quand vous ne vous en servez pas. La machine à café n’a aucun intérêt à rester allumée en permanence et le matériel informatique gagnera à être branché sur une barrette multiprises munie d’un interrupteur.

Souvenirs de canicule

L’été dernier, de nombreux praticiens et assistant(e)s ont souffert des équipements de protection individuelle imposés par la pandémie. L’assistante dentaire Jolema nous raconte son calvaire. « C’était très compliqué, on n’était pas habitué à tout cet attirail. La surblouse, les FFP2, la visière… c’était très dur. Heureusement, dans notre cabinet, nous avons la climatisation ! Mais j’en garde tout de même un souvenir éprouvant. Je viens du Brésil, où il y a la climatisation partout. La France est très mal préparée aux épisodes de fortes chaleurs. Mais l’été dernier, le plus difficile, au-delà de la température et des EPI, c’était la panique générale. Nous étions inquiets car nous avions peur d’être surexposés à la Covid. Les patients eux aussi étaient stressés… c’était très anxiogène. Cet été, même si je sais que cela sera très fatigant, j’appréhende moins car l’ambiance est plus détendue aujourd’hui. Au cabinet nous sommes désormais tous vaccinés et de plus en plus de nos patients le sont également ».

Qu’est-ce que le plan canicule ?

Ce dernier comporte quatre niveaux. Le premier, activé automatiquement du 1er juin au 15 septembre correspond à la vigilance verte sur la carte de Météo France. Un numéro d’information intitulé Canicule Info Service est joignable au 0 800 06 66 66. Le niveau 2, avertissement chaleur (carte de vigilance jaune) est déclenché s’il y a une forte probabilité de passage en vigilance orange dans les jours qui suivent. On associe à cette phase le « pic de chaleur » (exposition de courte durée à une chaleur intense présentant un risque pour la santé) et « l’épisode persistant de chaleur » (températures élevées pendant plus de trois jours, constituant un danger pour les populations fragiles ou surexposées, notamment à cause de leur activité physique). Le niveau trois est quant à lui l’alerte canicule (carte de vigilance orange). La canicule est une période de chaleur intense au cours de laquelle les indices biométéorologiques (IBM) dépassent les seuils départementaux pendant au moins trois jours et trois de nuit de suite. Elle peut constituer un risque pour l’ensemble des citoyens. Au sommet du thermomètre, le niveau quatre « Mobilisation maximale » est déclenché par les autorités (carte de vigilance rouge).

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