Pouvez-vous nous parler de la genèse de votre ouvrage ?

Catherine Rossi : Depuis des années je communique avec les patients, à travers les médias grand public qui m’ont largement sollicitée depuis la sortie du Dicodent en 2001. Mon approche de la dentisterie a été très médiatisée : que ce soit dans des congrès ou salon de médecine douce, à la radio, dans les journaux et même à la télévision. Le sujet semble passionner les journalistes ! Il y a deux ou trois ans de cela, j’étais à un congrès aux États-Unis sur la médecine naturelle où le sujet des dents dévitalisées et du mercure a été abordé. L’intervenante, une médecin naturopathe, avait lancé un pavé dans la mare, avançant que le mercure était toxique pour la santé et que les dents dévitalisées se révélaient une bombe à retardement pour les patients. Même si j’étais d’accord sur le fond, l’intervention m’a laissée perplexe parce qu’aucune solution n’était présentée. Il en est resté un sentiment d’angoisse et d’impuissance dans l’assistance. Dans les cabinets dentaires et médicaux chez nous en France, la situation était analogue : les patients (de mieux en mieux informés) arrivaient chez leur praticien avec leurs questions à propos de leur santé et une éventuelle cause bucco-dentaire et se retrouvaient face à un mur. J’étais convaincue qu’il fallait agir. Ma fille me propose alors de faire un site grand public pour assurer la continuité du Dicodent : NatureBio Dental venait de naître et son succès ne s’est pas fait attendre. naturebiodental.com rassemble aujourd’hui 1 000 visiteurs uniques par jour, et son pendant, la page Facebook NatureBio Dental comptabilise plus de 5300 likes. Sur le site et les réseaux sociaux, des dizaines de patients me demandaient tous les jours des adresses de dentistes, mais le petit listing que nous avons contient beaucoup de confrères à la retraite ou de confrères avec des formations très disparates et des discours contradictoires inquiétant les patients qui se sentent encore plus perdus. C’est ainsi que l’idée du livre a germé dans mon esprit : je sentais qu’il était nécessaire de former des praticiens ou en tout cas les informer des bases, pour répondre à cette demande croissante.

Saviez-vous la forme que vous souhaitiez lui donner ?

Catherine Rossi :  Je tiens une rubrique sur le sujet de l’énergétique dentaire depuis 2 ans, et j’ai mis en place des protocoles thérapeutiques basés sur mon expérience de 30 ans en cabinet, j’ai pensé regrouper les conseils et astuces prodiguées dans un ouvrage comme support de formation clinique. Initialement, mon idée était de diffuser cette connaissance particulière et de proposer une formation complète, sans pour autant sillonner la France entière ! La formation devait être disponible à la demande sur Internet. Avec les idées de ma fille et deux autres associés, nous avons actionné notre cerveau collectif pour créer des vidéos cliniques : pratiques, leur format est de 15 minutes par semaine, avec des questions exposées et des démos. À titre d’exemple, filmé une dépose d’amalgame sécurisée, comment réaliser une première consultation et comment en extraire un plan de traitement global. Environ 9 mois de formation sont disponibles regroupés sous le terme « Initiation à l’énergétique dentaire ». Au bout des 9 mois de formation, le praticien aura compris et se sera approprié l’énergétique dentaire. Il saura que prescrire et dans quelles situations, tout en gardant sa structure de praticien de la dent… mais à la fois son regard et sa démarche d’esprit seront différents. Un praticien formé à l’énergétique regarde la carie différemment, il s’intéresse à la cause, il cherche à comprendre comment la carie s’inscrit dans l’histoire de cette personne. Notre métier devient passionnant : nous nous transformons en Sherlock Holmes du dentaire ! Le patient quant à lui devient acteur de sa santé.

Comment rentabiliser une telle approche avec les coûts d’un cabinet moderne ?

Catherine Rossi : Il est bien entendu qu’à 19,28 € l’obturation, il n’est pas rentable de passer la journée à se livrer à des investigations ! C’est la raison pour laquelle j’ai intégré le management à mon approche et dans l’ouvrage. Une organisation rationnelle et efficace est la seule qui permette de faire le métier que l’on aime, comme on l’aime! En maîtrisant les clés de l’optimisation de l’agenda, on peut se permettre de créer une relation différente avec le patient… sans avoir le regard sur la montre. Pour donner du temps et créer du lien, il faut savoir s’organiser. Je donne des exemples de consultations avec réalisation de devis et de plans de traitements et on détricote les croyances de ce qui est réellement efficace.

On imagine mal le management cohabiter avec les médecines douces ?

Catherine Rossi : C’est une erreur largement répandue ! Mais mettre de l’humain dans le management c’est tout à fait possible et grandement souhaitable. Ne nous y trompons pas : le service patient est le bénéfice du management, l’augmentation du chiffre d’affaires arrive mais c’est un corollaire, un avantage collatéral dirais-je ! Je me suis beaucoup inspirée de coaches américains en développement personnel. Nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus faire machine arrière et les jeunes qui arrivent vont nous remettre en question. Les seniors nous avons beaucoup à apporter dans ce nouvel équilibre, mais, mauvaise nouvelle pour les réfractaires, ils n’y survivront pas ! Dans les 20 ans qui arrivent, le service patient (avec le primum non nocere, évidemment) va propulser les cabinets qui auront anticipé cette demande. Je suis convaincue que les cabinets écologiques et centrés sur le bien-être des patients représentent le seul avenir possible pour les praticiens libéraux.

Dans votre ouvrage vous invitez dès l’introduction vos lecteurs à franchir leur zone de confort, envisager autrement –voir remettre en question- un long parcours d’études, de formation et de pratique. N’est-ce pas un grand pari ?

Catherine Rossi : Si l’on veut transformer une vie professionnelle qui se dégrade et ne nous apporte plus satisfaction, il faut avant tout accepter le changement, même si, en effet, c’est loin d’être confortable. Les personnes qui lisent mon livre sont dans une quête de renouvellement, il n’est pas question pour moi de les brosser dans le sens du poil ! La « mission » que NatureBio Dental s’est donnée ne sera pas remplie si nos lecteurs ne se remettent pas en question. Pour ce faire, je ne leur raconte pas une belle histoire, mais je leur parle de ma vie : moi aussi j’ai été au bord de la faillite, j’ai râlé après les charges, le système, la Sécu, l’Urssaf jusqu’au jour où le regretté Pierre Brassard m’a dit « Et si tu arrêtais de faire la victime ? ». J’ai osé aller au-delà de ma zone de confort et aujourd’hui je suis une passionnée je me régale des relations avec mes patients, je prends du plaisir à sculpter un composite… Quand je fais un bilan à un patient je commence par l’écouter, puis j’observe, je cherche des liens, une cohérence, je lui explique les relations entre ses organes et ses émotions, je leur apporte des réponses qui ont du sens pour eux et il est fréquent que les entende dire « Je suis content d’être venu ! ». Quelle satisfaction ! C’est tout le sens de mon livre et de ma formation depuis 30 ans, je ne prétends pas détenir la vérité, je propose juste un regard différent et complémentaire de tout ce que l’on sait déjà.

Il s’agit d’oublier ce qu’ils ont appris ?

Catherine Rossi : Pas du tout ! Il n’est pas question de mettre à la poubelle ce que l’on a appris et ce que l’on fait, mais de faire le point sur ce qui nous frustre et sur ce qui a du sens pour nous. Se poser des questions, chercher à comprendre, pourquoi tel patient a eu telle ou telle réaction, qu’est-ce que j’aurai pu faire ou dire ? Il s’agit d’apporter des réponses aux patients, de ne pas les laisser dans le dénuement face à leur souffrance ou à leurs questions. Je me suis rendue compte que dans certains cas un peu complexes, les médecines naturelles avaient des solutions intelligentes, que je suis contente de connaitre!

Pouvez-vous nous expliquer le concept de santé éco-compatible ?

Catherine Rossi : Il s’agit par là de « soigner l’humain sans rendre malade l’environnement ». Nous ne pouvons pas nous extraire de notre environnement. En effet le choix des matériaux doit se faire en pensant à leur élimination. La crémation de personnes ayant du mercure en bouche est une grosse source de pollution! Seuls 12 sur les 180 crématoriums en France sont équipés de filtres qui coûtent 350000€! Organiser nos plans de traitement avec des rendez-vous longs et optimiser la gestion de son planning a un impact écologique bien plus important qu’on imagine, ne serait-ce en frais de déplacements. On devrait être éco-conscient dans chacun de nos choix et chacun de nos actes. Nous poussons le raisonnement citoyen dans nos actions d’achat mais aussi dans le choix de nos partenaires financiers.

Vous parlez de créer des réseaux multidisciplinaires ?

Catherine Rossi : Tout à fait ! Je recommande vivement de mettre en place un réseau de professionnels et de créer du lien : quand une intoxication aux métaux lourds est diagnostiquée, il peut être judicieux de se coordonner avec le naturopathe pour programmer la dépose, quand on fait une réhabilitation posturale, il convient de parler avec l’ostéopathe qui accompagnera l’action de la gouttière en accélérant et stabilisant nos équilibrations occlusales. Un simple mot aux correspondants pour partager avec eux ce que l’on connaît de l’état de santé du patient peut être utile et complémentaire.

Vous dites que les patients ne veulent plus que « leur bouche soit le lieu d’une pollution supplémentaire ».

Catherine Rossi  : Oui et cela s’exprime très fort sur les réseaux sociaux par les internautes qui posent des questions à la fois très pertinentes et angoissées. Certains ont quitté leurs dentistes qui leur reprochaient de « trop écouter la télé », et qu’il n’y avait « pas de problème ». De nombreux patients remettent en cause l’attitude de leur dentiste qui n’est pas à l’écoute de leurs inquiétudes, ils perdent confiance, posent des questions qui dérangent… La moitié de mes nouveaux patients me disent avoir quitté leur précédent dentiste parce qu’il ne voulait pas répondre à ses questions. Ces patients vont trouver refuge sur Internet et se rendent compte qu’il existe une dentisterie différente. On comprend que le train est déjà en marche et de nombreuses places vous attendent en première classe !

L’on reproche à cette dentisterie d’être une « médecine de riche », que leur répondez-vous ?

C. R. : C’est un lieu commun aussi répandu que faux. Cela n’est pas une médecine de privilégiés, mais c’est une médecine de choix, très certainement et ça, ce n’est rien d’autre que du bonheur ! Que l’on fasse un composite ou un amalgame le tarif reste le même, de même que l’on opte pour des matériaux avec ou sans bisphénol, la différence de prix est marginale et la prothèse joue encore son rôle d’équilibre de rentabilité. Nos factures de matériaux ne représentent que 5 % de nos charges, nous ne sommes pas à quelques euros près pour choisir la qualité, l’innocuité et la biocompatibilité. Pour l’anecdote, un centre de soins dentaires est implanté en face de mon cabinet et leurs tarifs pour les onlays sont supérieurs aux miens !

Comment aller plus loin que la seule lecture du livre ?

C. R. : Ce livre est intimement associé à la formation que je propose : « Initiation à l’énergétique dentaire » développée via le site www.naturebiodental.com/pro et qui s’avère un extraordinaire lieu de partage, d’échanges et de progression. Tous les dentistes en formation ont accès aux commentaires, et en fonction des besoins je fais des vidéos bonus.

Vous dites que pratiquer les médecines naturelles et l’énergétique dentaire, c’est s’engager dans le mouvement éco-responsable des culturels créatifs, c’est-à-dire ?

C. R. : Cela correspond à une manière de vivre, d’être et à un regard posé sur le monde ; c’est une cohérence avec qui je suis. Si j’avais été architecte j’aurai développé le feng-shui, cuisinière, j’aurai ouvert un resto bio. Ce qui est important c’est cette cohérence, cultiver qui l’on est naturellement, retrouver la source. Pour moi il s’agit de respecter la nature, s’aimer les uns les autres, de donner le meilleur de soi aux autres et au monde. Nous sommes encore trop à être déconnectés de tout cela. Les nouvelles générations nous encouragent à retrouver cette source et le développement personnel nous mène à ça.   

Un site pour aller plus loin
Le livre du Dr Rossi vient en complément du site Internet naturebiodental.com/pro qui est le support de la formation en énergétique dentaire. Il permet de se former, à son rythme et d’échanger avec une communauté de praticiens qui partagent les mêmes questionnements. On y trouve également des actualités, des articles scientifiques et des vidéos de congrès ainsi qu’une sélection de produits « green » pour nos cabinets dentaires.
naturebiodental.com/pro