Que vous veniez de vous installer ou que vous en soyez à votre troisième cabinet, la formation reste une nécessité. Si toutefois, cela ne sonne pas comme une évidence pour vous, rappelez-vous qu’en tant que professionnel de santé, vous devez, au moins, remplir votre obligation triennale de DPC (développement professionnel continu). La question n’est donc pas « Pourquoi ? », mais « Comment ? » En raison de la crise sanitaire, le présentiel a été supplanté par le distanciel. Et si certains praticiens percevaient d’abord cette modalité comme un « pansement » et redoutaient une perte d’efficacité, voire une déshumanisation de l’enseignement, nombreux se sont rendu compte de la pertinence du distanciel et du e-learning.

Les avantages du distanciel

Les formations à distance ont connu un véritable boom ces derniers mois, à la fois quantitativement et qualitativement. Leur avantage déterminant est de pouvoir laisser le cabinet ouvert, évitant ainsi fermeture et manque à gagner. En ce qui concerne l’e-learning, « chacun peut gérer son temps de connexion eu égard à sa capacité de concentration et à son niveau de connaissance », souligne Xavier Kergall, président de Webdental Formation, qui mise sur le 100 % en ligne depuis 2017. Quant à la crainte d’un enseignement froid et déshumanisé, le Dr Patrick Bonne, expert et formateur pour l’UFSBD (Union française pour la santé bucco-dentaire) estime pour sa part le contact humain préservé par l’intermédiaire des tchats et par la possibilité donnée aux participants de prendre la parole via les forums des plateformes. Par ailleurs, explique le conférencier, « les astuces que l’on utilise pour capter l’attention d’un auditoire en salle peuvent être reproduites, malgré l’écran qui nous sépare ».

Pour ou contre les classes virtuelles ?

Les classes virtuelles (lire...

encadré) sont parfois décriées, décrites comme la pâle copie d’un « vrai » cours mal retranscrit sur un écran. Pour le Dr Stéphane Simon, endodontiste et directeur scientifique de l’Endo Académie, c’est un « gros danger de penser qu’il suffit de transposer un cours présentiel sur un disque dur. C’est un échec, on le sait ». Alors que pour Laurence Chassang Couturier, responsable de la formation continue à l’UFSBD, la classe virtuelle aurait déjà, au contraire, prouvé qu’elle avait tout son sens et un véritable intérêt pédagogique : « Lors d’une démonstration en bouche, tous les apprenants voient bien le détail des images, souvent mieux qu’en présentiel », argumente-t-elle. Le fait d’avoir ses repères, dans un environnement familier, « peut faire sauter certaines barrières de communication. Certaines personnalités, plus réservées, oseront davantage prendre la parole pour poser des questions. Les échanges entre confrères sont possibles via le tchat à l’écrit, ou à l’oral par webcam. L’outil numérique permet un meilleur suivi du diagnostic de départ, car réalisé en ligne par l’apprenant, et probablement de manière plus efficace que sur papier. De même, lorsque trente personnes répondent à une question en même temps, le formateur est en mesure de prendre le pouls du terrain, immédiatement. Des sous-groupes se forment en un instant. Le gain de temps est indéniable, et le formateur a la possibilité de donner la parole à tous. Il peut aussi passer le contrôle de l’écran aux apprenants, afin de les faire intervenir sur un schéma. »

Les limites

Exit le déjeuner convivial !

Réseautage et convivialité, deux points d’attractivité du présentiel, peuvent faire défaut en distanciel. « Rien ne remplace la pause déjeuner après une matinée de cours, témoigne le Dr Bonne. D’ailleurs, les assistantes sont aussi friandes que les praticiens de ces moments d’échange avec leurs pairs. »

Le TP, difficilement « distanciable »

Même si l’enseignant est très compétent, rien ne remplacera jamais un cours en présentiel sur la question des travaux pratiques. Ne serait-ce que pour un problème technique, si l’on songe notamment à des exercices d’endodontie réalisés sur des endoscopes… à 60 000 euros. En ce qui concerne les DU (diplômes universitaires), lorsque la discipline exige le présentiel, tout a été repoussé de deux ans, explique le Dr Bonne. « On ne peut pas donner un diplôme au rabais. Mais ce n’est que décaler le projet (d’implantologie exclusive, par exemple) et pendant ce temps, le dentiste peut mettre de l’argent de côté, ouvrir deux blocs au lieu d’un seul et chercher un futur associé. Bref, il n’y a pas franchement de perte. »

L’idéal étant le mix…

« Nous travaillons à différents formats, confirme Laurence Chassang Couturier, comme le « blended », un mix entre distanciel et présentiel, voire à l’intérieur même du distanciel. C’est la thématique qui guidera le choix de la modalité ».

Prise en charge DPC : attention au temps de connexion

« Attention à bien vérifier que l’organisme de formation puisse justifier du temps de (votre) connexion ! », conseille Xavier Kergall, président de Webdental. De ce temps dépendra en effet votre certification DPC. Les quatorze formations proposées par cet organisme sont prises en charge à 100 % dans le cadre du DPC. Treize sont adressées aux praticiens, déclinées dans trois domaines (dentisterie numérique, pratiques cliniques et médecine bucco-dentaire). Une dernière, consacrée à la stérilisation, est destinée aux assistantes dentaires. La formation obligatoire sur la radioprotection des patients est pour sa part financée par le FIFPL (fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux).

L’e-learning, comment ça marche ?

Fini le simple passage de slides sur écran, le « clic diapos ». L’apprentissage en ligne est en évolution permanente.

Le Dr Stéphane Simon, lui-même formé pendant une année à l’ingénierie pédagogique en numérique, a bien pensé le temps de ses capsules. « On sait que lors d’un cours en salle, on perd l’attention de son auditoire au bout de 47 minutes en moyenne. Pour la recapter, il faut relancer la machine, à l’aide d’un jeu, d’un questionnaire ou d’une pause. En digital, ce temps de concentration chute en 12 minutes, 15 minutes pour les podcasts. C’est donc le séquençage qui est important. »

Les modules de l’endodontiste se décomposent en pastilles de deux à huit minutes. « Pour moi, les MOOC (vidéos passant des Powerpoint) sont un échec. Seuls 7 % des apprenants les suivent jusqu’au bout. »

Généralement les cycles d’e-learning commencent par un autodiagnostic, puis les modules sont conclus par des mini-évaluations suivies d’une évaluation finale. Chez Endo Académie, un webinaire introduit le thème. Trois modules d’endodontie se succèdent, une fois par semaine, le lundi. Le samedi matin, une classe virtuelle clôt la semaine. Au menu : quiz interactif pour une démonstration clinique en direct et débriefing. L’organisme, basé à Rouen, se targue d’être « le seul à proposer un cycle d’endodontie en ligne agréé DPC qui s’achève par un TP en salle. »

Dans sa nouvelle version, les instructeurs qui, jusqu’à présent n’intervenaient qu’au moment du TP, se tiendront à la disposition des apprenants à tout moment. « Le contact humain sera donc synchrone. Ce n’est pas seulement un coup de fil en cas de problème. » Son offre est par ailleurs stratifiée par niveau (formations « essentielles », « avancées » ou « expertes »).

Pour se former, penser équipe.

Le temps de formation est une formidable occasion de renforcer l’esprit d’équipe. Notamment sur la stérilisation ou le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels). Tel est le « dada » du Dr Bonne. « Je me tue à le répéter : le cabinet dentaire est une PME. Or on nous a appris l’individualisme, et pas à travailler en communauté. » Avec le numérique, plus d’excuse !

Autre révolution du distanciel (et non des moindres), « il permet l’universalité. Grâce à lui, nous avons pu atteindre les territoires d’Outre-Mer et les pays du Maghreb comme le Maroc et la Tunisie », se réjouit Patrick Bonne.

Distinction e-learning et classe virtuelle

Certains confondent parfois e-learning et « classes virtuelles ». Ces dernières sont des leçons données par un professeur auxquelles participent d’autres élèves, ensemble, à suivre en direct derrière votre ordinateur. L’e-learning consiste en des vidéos préenregistrées, que vous suivrez donc à votre rythme. Ainsi, l’e-learning offrirait plus d’autonomie et les classes virtuelles, plus de suivi.

Offre de formation : un large éventail

L’hypnose en e-learning

Webdental propose en e-learning une initiation aux alternatives non médicamenteuses à la prise en charge de la douleur, centrées autour de la communication thérapeutique (techniques dissociatives, hypnose). Cette formation s’adresse à tous les chirurgiens-dentistes, et à « l’équipe dentaire dans son ensemble », précise le Dr Pauline Chardron Mazière, l’une des deux formatrices : « L’assistante dentaire et même le personnel à l’accueil peuvent en tirer bénéfice afin de mieux entrer en relation avec les patients. » La formation reprendra les fondamentaux scientifiques, « afin de bien voir que ces techniques sont validées par la science. L’idée est que le praticien comprenne le sens de ces outils afin de mieux les intégrer. » Bien sûr, nul ne prétend que les apprenants sortiront hypnopraticiens au bout de ces sept heures de modules. « Mais nous espérons leur donner l’envie d’aller plus loin. Et on leur confie des petites clefs, faciles à mettre en œuvre dans le cabinet, et ce dès le lendemain de la formation. »

« Prenez soin de vous ! »

L’injonction sort de la bouche de l’UFSBD qui lance une toute nouvelle formation, 100 % en ligne, dont le but n’est rien de moins que de « prévenir le stress, l’épuisement professionnel et les troubles musculosquelettiques (TMS) de l’équipe dentaire ». Cette formation de sept heures a été conçue avec le concours du Dr Françoise Coton Monteil, chirurgien-dentiste experte dans la gestion du stress et la prévention des TMS. Après un autodiagnostic sur ses facteurs de stress et zones de tensions, l’apprenant sera invité à choisir entre un parcours « Routine » ou « À la carte » et prendra connaissance d’outils concrets tels que les automassages des zones sursollicités au cabinet (nuque, épaules, dos, mains). Il apprendra enfin à adopter de nouvelles habitudes, notamment dans l’organisation du cabinet et la relation aux patients.

Place aux jeunes ?

Convaincre les jeunes de l’enjeu de la formation continue, leur faire comprendre le plus tôt possible que la fin de l’université ne signifie pas la fin des cours… les formateurs ont encore beaucoup à faire. La jeune génération, souvent coutumière de l’outil informatique, devrait se tourner vers l’enseignement numérique sans appréhension. Le centre Endo Académie semble en faire le pari en ciblant les étudiants dans un « Endo Campus ».

Diplômante ? Certifiante ? Validante ?

Seules les formations universitaires sont diplômantes. Le DPC est néanmoins une obligation à laquelle beaucoup de praticiens « oublient » de se soumettre et pour un patient avisé, il peut être intéressant de découvrir sur une affichette les formations validées par son dentiste. « Certains praticiens le signalent sur leur site internet. Chez Webdental, on leur envoie une attestation, mise sous cadre », précise Xavier Kergall.

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