Se déplacer à pied ou en transports en commun quand on habite en ville, contrôler sa facture de gaz et d’électricité pour ne pas surconsommer, privilégier les ampoules LED, trier ses déchets, numériser ses courriers au maximum pour éviter d’accumuler du papier… Ces petits gestes du quotidien sont aujourd’hui des réflexes naturels pour beaucoup et peuvent s’appliquer sans difficulté au cabinet dentaire. Mais si ces habitudes de plus en plus courantes dans la vie privée se traduisent aujourd’hui dans la pratique professionnelle de nombreux chirurgiens-dentistes sensibilisés à l’écologie, la question des consommables et des équipements est, elle, un peu plus technique. Ci-dessous cinq pistes de réflexion pour aller plus loin dans sa démarche d’exercice écoresponsable.

1- Des achats locaux et en une seule fois, si possible

Avant de valider avec empressement l’achat d’un produit sur le web, renseignez-vous sur sa fabrication. « Si votre composite a été fabriqué en Chine, en Inde ou en France, l’impact carbone sur le transport ne sera pas le même », rappelle le Dr Philippe Moock, chirurgien-dentiste et fondateur du site ecopraticien.fr qui accompagne cabinets dentaires, fabricants et revendeurs dans une démarche plus responsable. « Mais vous n’avez pas besoin d’acheter exclusivement français. Si vous trouvez votre produit en Europe, c’est déjà bien », poursuit-il, recommandant au passage d’éviter de passer commande tous les 15 jours pour limiter le nombre d’envois et de transports. D’autant plus que les achats groupés permettent une « gestion des stocks plus serrée, synonyme d’économies ». Pour ne pas acheter au jour le jour, organisez-vous avec un logiciel adapté,...

ou tout simplement un tableur Excel !

2- Envisagez les bacs et les cassettes

Si ce mode d’exercice requiert toute une organisation au préalable, travailler en bac et cassette limite le gaspillage et l’utilisation de plastique via les emballages. « Le praticien sait à l’avance le matériel dont il a besoin pour une journée ou deux, rappelle Alexandra Etienne, responsable commerciale et marketing chez Nichrominox, fabricant français de supports de rangement et de stérilisation pour cabinets dentaires. Pas la peine d’acheter deux fois trop de cassettes ou des plateaux en plastique jetables… »

Philippe Moock, lui, a passé le cap depuis longtemps. « Quand je fais une séance de pose de ciment composite, j’ai tous les produits dans mon bac et mon assistante me les donne au fur et à mesure, témoigne-t-il. Et de développer : L’intérêt du système des cassettes est de pouvoir diminuer le nombre d’opérations de stérilisation car tout est regroupé et les instruments ne sont pas en vrac, contrairement au système traditionnel » avec lequel continueraient toutefois de travailler encore les trois quarts des praticiens français.

3- Renseignez-vous en amont sur la composition des produits

« Dans le choix des produits, savoir décrypter les flyers, souvent imprécis, est un point très important. Si vous avez un doute quant à la composition du produit en question, n’hésitez pas à vous rapprocher de votre fabricant », conseille le Dr Moock. Pour les consommables comme pour les produits de désinfection.

« Pour les produits de reconstitution tels que les composites, privilégiez, à fonctionnalité semblable (traction, élasticité, adhésion), des produits exempts de substances à risque CMR (sont dénommés agents CMR certains agents chimiques ayant, à moyen ou long terme des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, NDLR). Si les fabricants sont de plus en plus sensibles à ces problématiques, tous les produits dentaires, notamment de reconstitution, n’en sont pas encore exempts et certains comportent des risques ». D’où l’importance de questionner. Encore et toujours.

Concernant les produits désinfectants, privilégiez des substances exemptes de dérivés chlorés ou de composés chimiques comme les aldéhydes ou les phénols pour épargner votre santé et l’environnement. Achetez des produits actifs et concentrés, recommande le créateur du site Écopraticien. « Privilégiez un produit de prédésinfection d’instruments à 0,5 % (vous créerez 1 000 litres de solution active) plutôt qu’un autre à 2 % (pour 250 l. seulement de solution) afin de générer moins de déchets dus aux bidons en plastique. C’est une action toute simple dont l’aspect financier est tout aussi appréciable que l’aspect environnemental ; une simple règle de 3 vous permettra de vous en rendre compte », développe l’expert. Là encore, la concentration des produits n’étant généralement pas spécifiée clairement sur le catalogue, ne vous limitez pas au prix du bidon au litre et demandez plus d’informations au fournisseur avant de faire votre choix. « Vous pourrez avoir des surprises en termes de rentabilité », assure Philippe Moock.

Mais qui dit produit vert ne doit pas signifier produit inefficace. « Quand on est dans une démarche écoresponsable, il est indispensable de continuer à respecter scrupuleusement les normes de désinfection proposées par l’Association dentaire française (ADF) dans leurs recommandations », met en garde le Dr Moock. Pour rappel, ces dernières ont été remises à jour en juin 2020 après l’apparition de la crise sanitaire. Méfiez-vous donc de certains produits dits verts et bénéficiant d’un écolabel (respectueux de l’environnement au cours de leur cycle de vie) mais qui ne seraient pas assez efficaces pour traiter les zones sensibles d’un cabinet dentaire. « Il s’agit d’utiliser des produits qui fonctionnent en termes de sécurité avant tout », insiste le praticien.

4- Préférez des blouses lavables et réutilisables

« Quand la Covid-19 est arrivée, on s’est équipé au cabinet en surblouses et calots lavables fabriqués en France et réutilisables environ soixante fois », témoigne Philippe Moock.

De son côté, Laure Merametdjian, praticienne installée à Nantes et membre active du groupe Facebook Dentistes Zéro Déchet, s’est mise à la couture pour fabriquer des blouses et des charlottes lavables durant le premier confinement. « On essaye d’être le plus eco-friendly possible au cabinet et je ne me voyais pas être recouverte d’une blouse plastique que l’on jette après chaque patient », raconte-t-elle. « D’ailleurs, quand nous nous retrouvons en rupture de stock car nous avons utilisé trop de blouses lavables dans la journée sans avoir anticipé les lessives et que je dois en enfiler une en plastique, j’ai l’impression d’étouffer dans un sac-poubelle. C’est extrêmement désagréable ». Autre avantage non négligeable des blouses faites maison : leur côté « sympa ». « J’ai cousu des blouses fleuries pour ne pas faire peur aux enfants ». « Au début du premier confinement, les enfants que l’on prenait en soins d’urgence paniquaient complètement en nous découvrant emmitouflées dans notre charlotte, nos chaussons et notre surblouse. Déjà que la plupart sont stressés d’aller chez le dentiste… J’ai donc voulu dédramatiser le processus », explique-t-elle.

Outre l’absence de plastique et donc l’économie de déchets, le réutilisable comporte de gros avantages financiers. Quant au « made in France » : il limite l’impact carbone du transport des marchandises.

5/ Intéressez-vous au cycle de vie du gros matériel

S’il est important avant d’acheter un consommable ou un équipement de savoir où il a été fabriqué, quand il s’agit de gros matériel, intéressez-vous aussi à la durée de vie. « Demandez au commercial s’il a une garantie, sa durée, et informez-vous pour savoir s’il sera ensuite jeté (ou recyclé ou revendu après reconditionnement) quand vous ne l’utiliserez plus. Si telle ou telle pièce tombe en panne, voyez si vous pouvez la changer et combien de temps le remplacement tiendra, conseille Philippe Moock. C’est en questionnant les producteurs que la notion d’écoconception d’un produit sera intégrée à part entière. »

Le 1er janvier, une icône d’indice de réparabilité est apparue sur les produits électroménagers. Il indique aux consommateurs si l’appareil en question est facile à réparer ou pas. « Dans le dentaire, on va sans doute y arriver aussi », espère l’expert. À suivre…  

L’intérêt de travailler en bacs et cassettes

Si la plupart des praticiens n’ont pas encore passé le cap du fonctionnement en bacs et cassettes en raison de l’organisation nécessaire au préalable (prévoir le matériel requis pour chaque acte ainsi que les cycles de nettoyages), les avantages de cette technique de travail sont nombreux. « Le praticien utilise des instruments au fauteuil qui sont disposés face à lui dans la cassette, dans l’ordre dans lequel il en aura besoin. Cela lui évite d’avoir à réfléchir et lui économise des gestes inutiles. Après utilisation, il les replace exactement là où il les avait pris. Le but ultime, c’est que les instruments soient nettoyés et stérilisés dans leur cassette et n’en bougent plus sauf pour aller dans la bouche des patients », explique Alexandra Etienne. Évitant les manipulations inutiles, cette technique prévient également d’« éventuelles blessures de l’assistante quand elle veut nettoyer individuellement chaque DM ». Cela évite par ailleurs que ces derniers « s’abîment en s’entrechoquant les uns avec les autres ». Fini le temps perdu en déballage, nettoyage et remise en étui pour stérilisation, « la cassette vous garantit gain de temps et de sécurité ».

Quelques conseils pour démarrer une pratique écoresponsable

On ne devient pas praticien écoresponsable du jour au lendemain. C’est pourquoi, il vaut mieux adopter une démarche verte dès son installation, notamment en choisissant des matériaux et des peintures aux normes écologiques en vigueur. « Vous allez passer la moitié de vos journées dans votre cabinet, prenez soin de votre santé », rappelle Philippe Moock qui conseille, une fois le cabinet ouvert, de commencer par cinq actions simples avant d’en ajouter de nouvelles quelques mois plus tard. « Au bout d’un an et demi on se retrouve avec un cabinet écoresponsable et cela doit s’être fait naturellement, sans prise de tête ». Commencez par appliquer la règle des quatre R: refuser, réduire, remplacer, recycler. N’achetez pas par centaine, remplacez vos produits par des plus doux et triez en amont vos déchets. « Vous pouvez par exemple séparer une gaine de stérilisation en deux pour séparer le plastique du papier dans les déchets ». Après quoi, vous pourrez aller encore plus loin. « Il y a tellement de choses à faire », s’enthousiasme le spécialiste

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