Exercice dentaire
Exercice dentaire

Illustration de ce que nous devons nous efforcer de faire en permanence : simplifier les situations cliniques, permettant ainsi de restaurer plus sereinement et facilement : positif pour le praticien et le patient.

Quand j’ai été diplômé en 2016, je naviguais entre les différents traitements qui s’offraient à moi entre bonheur et malheur, souvent connotés au binôme succès/échec. L’éthique et la volonté de bien faire que nous mettons dans notre travail a pour corollaire l’implication qui nous anime. Ce qui a des aspects positifs dans notre exercice dentaire, comme le partage de l’amélioration du sourire d’un de nos patients avec ce dernier…, ou négatifs comme le fait de ressasser une erreur/aléa réalisée le jour même.

Qui ne s’est pas retrouvé dans son lit avant de s’endormir à repenser à l’événement inattendu (le plus souvent négatif) de la journée ? Ou même d’il y a plusieurs jours ? Ou en pensant à l’acte du lendemain matin ? C’est là que le serpent se mord la queue ou que le hamster commence à tourner dans notre tête (cf. Dr Serge Marquis) et que nous ne vivons plus.

Exercice dentaire : changement de perspective ou appréciation du moment

Tantôt à penser au passé, qui a existé, tantôt au futur, qui n’existe pas encore, mais rarement à celui que nous vivons : le présent. C’est là un exercice particulier appelé changement de perspective, ou appréciation du moment : où laissons-nous – mettons-nous – notre attention ? Au moment où j’écris ces lignes, j’ai le choix : penser à terminer cette rubrique pour ensuite m’atteler à une autre tâche, le patient en urgence de cet après-midi en tête de file, ou plutôt la dureté des touches du clavier, le vent qui passe dans mes cheveux, le soleil qui réchauffe ma peau.

Au moment où vous lisez ces lignes, vous aussi vous avez le choix : occuper le temps en attendant quelqu’un ou quelque chose. Avez-vous bien fermé la porte de la maison ? Qu’en est-il des courses pour la fin de semaine ? Ou plutôt le toucher du papier sous vos doigts, l’air qui entre et sort de vos poumons, l’environnement sonore qui vous entoure, peut-être même un chant d’oiseau.

Votre possible réaction : encore un illuminé qui a « pété un câble » pendant le confinement ! Ma réponse : qui n’a pas été confronté à des situations difficiles pendant cette dernière année ? Vous aussi ? Félicitations, vous êtes humain. Mais ce genre d’effort de chaque instant est comme un nouveau sport, assez demandant au départ, il n’en devient que plus facile à force de le pratiquer et ne peut que vous rendre service.

Quelle(s) utilité(s) dans notre exercice dentaire ?

Savourez les moments en famille trop peu présents, les discussions simples, votre composite un peu plus joli que les autres aujourd’hui ; que vous a-t-il pris de faire un peu plus de sillons ? Je ne sais pas… mon composite va vieillir et quand je le reverrai il aura certainement moins fière allure, mais sur le moment, j’ai pris mon temps, j’ai fixé mon attention sur ce que je faisais et j’ai pris soin de mon patient. Cela veut-il dire que vous ne prenez pas soin de vos patients normalement ?! Bien sûr que non, mais à ce moment-là, ici et maintenant : vous en êtes conscient. Et vous savez quoi ? Ça fait du bien.

Et c’est bien notre mission dans notre pratique dentaire : renouer avec le présent, appréhender le futur avec calme, ce qui, je vous l’accorde, n’est pas très aisé en ces temps, tourner la page du passé et ne pas le laisser avoir une emprise sur vous. La seule personne que vous devez impressionner dans la pièce c’est vous.

Si vous vous sentez mieux, vous traiterez mieux

En quoi ceci peut-il vous aider dans votre exercice dentaire et peut-être plus largement ? Vous serez plus présent : pour vous, vos patients, votre famille : ceux qui comptent. Si vous vous sentez mieux, vous agirez et donc vous traiterez mieux.

Dans notre exercice dentaire, nous avons toujours trop tendance à nous attarder sur les choses négatives, qui peuvent d’ailleurs amener des choses positives : l’utilité et l’importance de l’échec sont largement sous-estimées. Le succès est éphémère et bien ambigu. Ce qui est beau aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, ce qui est globalement vrai pour tous nos composites sur le long terme… malheureusement c’est la vérité. Mais nous pouvons le repolir, le ré-étanchéifier de temps à autre, et lui rendre ses couleurs passées.

L’échec est relatif

Quant à l’échec, ce dernier est très relatif : esthétique/fonctionnel/vieillissement ? Il est dur d’en parler aux autres et parfois difficile d’y faire face soi-même… La solution ? L’observer, l’analyser, le décortiquer : bref l’embrasser pleinement. Cette étape est douloureuse et il est facile de vouloir détourner le regard mais c’est à ce moment précis qu’il faut faire acte d’objectivité, qui amène à son tour l’humilité ; la culpabilisation n’est pas de mise. La limite ici est l’implication : répondez « froidement » à l’échec, n’y réagissez pas. La nuance se trouve dans les émotions mises en jeu et dans le recul à la manière d’un commentaire facile et rapide sur les réseaux sociaux : opinion, qui devient un avis quand il est maturé, réfléchi. L’échec permet alors de mieux profiter de ces instants « faciles » ou plutôt « sans trop d’encombre » toujours trop peu nombreux : une matrice ajustée rapidement, une occlusion très peu retouchée.

Et nous sommes enfin, sans nous en rendre compte, à la fin de journée, prêt à rentrer chez soi, avec toujours quelques papiers à remplir et classer, les yeux fatigués, le dos qui tire et la nuque raidie, mais le devoir accompli. Une partie de notre bonheur qu’il ne faut pas laisser accabler par notre fatigue endurée, ni ternir par l’environnement administratif : laissons-le faire briller notre passion, celle-là même qui vous fera lever demain matin. Si vous souhaitez partager votre impression et réflexion, n’hésitez pas, cette rubrique est là pour ça.