Choisir le prothésiste qui vous convient

Vous dirigez les travaux à faire en bouche, faites les plans de la prothèse dentaire via l’empreinte et commandez l’ouvrage à un artisan, le prothésiste, qui travaille pour vous. Vous avez beau déléguer la phase de fabrication, vis-à-vis du patient, c’est votre responsabilité qui est engagée. Votre prothésiste doit donc parfaitement comprendre vos consignes afin de faire exactement ce que vous lui avez demandé. Une empreinte mal interprétée ou un manque de précision sur une fiche peut très vite aboutir à une couronne ratée ! Pour éviter les erreurs, les incompréhensions, la communication entre vous doit être excellente. L’idéal est de prendre le temps de visiter plusieurs laboratoires, et de faire marcher le bouche-à-oreille afin de choisir le prothésiste qui vous convient, celui avec qui vous pourrez établir une relation de confiance mutuelle. Cela passe par un véritable échange qui permet de mettre en lumière les objectifs, les contraintes et les manières de travailler de chacun.

Vérifier que son équipement est compatible avec le vôtre

« C’est un travail d’équipe, la relation est très importante dès le début, estime Marianne Franchi, chirurgien-dentiste à La Rochelle (Charente-Maritime). J’ai fait le choix de faire appel à plusieurs prothésistes du département, qui excellent chacun dans des domaines différents. L’un fait les stellites, l’autre les prothèses en céramique, le troisième réalise la prothèse sur implant. » Ainsi, travailler avec plusieurs laboratoires permet d’utiliser, selon les préférences, le plateau technique, les matériaux les mieux adaptés à chaque situation clinique. L’autre point à vérifier avant...

d’entamer une collaboration, étant donné les évolutions technologiques constantes, c’est que le plateau technique du laboratoire puisse répondre à votre demande. Pour cela, il est important de se déplacer et de connaître les méthodes de travail. Bien vous entendre avec votre prothésiste est indispensable mais cela ne suffit pas. Il faut que son équipement corresponde au vôtre, notamment en termes de marques – que ce soit pour le matériel pour implant, les teintiers ou encore les logiciels de lecture d’empreintes optiques.

Surfer sur la tendance « Made in France »

Instaurer une relation étroite, échanger, est plus facile quand on est voisin. « Je travaille depuis toujours en local avec un prothésiste qui habite à proximité du cabinet », confirme Nathalie Delphin, chirurgien-dentiste à Cenon (Gironde). On observe un retour vers le « Made in France » chez les praticiens qui s’approvisionnaient à l’étranger. La pandémie de Covid-19 y est pour quelque chose, les importations depuis l’étranger et, en particulier depuis la Chine, ont été à l’arrêt pendant plusieurs mois et sont devenues difficiles. De plus, l’obligation depuis 2018 pour les praticiens de présenter un devis précisant l’origine de la prothèse (mention du pays, nom et adresse du laboratoire) contribue à favoriser la fabrication dans l’Hexagone, soudain appréciable parce qu’elle permet des délais d’approvisionnement plus rapides. Et la différence tarifaire entre fabrication étrangère et française serait moins importante qu’on pourrait le croire.

Se mettre d’accord sur les tarifs et les délais

Certes, le prix c’est le nerf de la guerre, mais d’autres critères sont à prendre en compte, tels que les possibilités de livraison. Celles-ci sont beaucoup plus attractives en France. Il n’y a pas de règle universelle, c’est un accord à trouver entre chaque binôme chirurgien-dentiste/prothésiste.

Mais plus que le nombre de jours ou de semaines, ce qui compte, c’est la régularité de façon à pouvoir programmer les soins pour le praticien et pour les patients. « Dans le cabinet où j’exerce, nous avons des délais différents selon les travaux demandés, trois jours pour une adjonction sur prothèse existante, une semaine pour une couronne ou bridge, quinze jours pour une empreinte sur implant, témoigne Émeline Montarien, assistante dentaire à Saintes (Charente-Maritime). Cela n’empêche pas mon praticien de négocier une livraison plus rapide de façon exceptionnelle. Cela a été le cas récemment pour un bridge sur implant avec dents antérieures, le prothésiste a accepté de réduire le délai. Mais cela va dans les deux sens. Le chirurgien-dentiste fait preuve de compréhension devant certains retards car la demande est telle en ce moment que le laboratoire est régulièrement débordé. »

La fiche de laboratoire est déterminante

Au quotidien, votre outil de communication avec le prothésiste est la fiche de laboratoire appelée aussi fiche navette ou fiche de liaison. Elle est indispensable et présente une valeur juridique car elle liste les caractéristiques d’un dispositif médical sur mesure (DMSM). « Les laboratoires fournissent des calepins avec des feuilles de carbone, elles sont souvent trop denses tellement elles comportent d’informations, déplore Hélène de Lagarde, coordinatrice au sein d’un cabinet dentaire à Orvault (Loire-Atlantique). Dans notre cabinet, nous avons préféré concevoir notre propre fiche avec des informations très ciblées, cela permet d’être plus efficace. » C’est d’ailleurs au chirurgien-dentiste de s’assurer non seulement de sa bonne lisibilité mais aussi de son contenu.

L’empreinte, le moulage de l’artiste

La prise d’empreinte est l’élément indispensable pour la réalisation des dispositifs prothétiques. Elle permet de donner forme à la pièce commandée. L’empreinte conventionnelle réalisée avec une pâte en bouche est une opération très délicate, notamment au moment de la désinsertion. L’enjeu pour vous est de réussir cette étape de façon à ce que les données soient exploitables par votre prothésiste, et si ce n’est pas le cas, il faudra mettre son ego de côté et accepter de la refaire. « S’il y a un souci, avec les prothésistes nous n’hésitons pas à prendre le téléphone, cela va beaucoup plus vite pour trouver une solution, raconte Marianne Franchi. Pour faciliter les envois et réceptions des empreintes, chaque laboratoire a un code couleur différent et peut accéder directement à la boîte aux lettres grâce à un passe. »

L’arrivée du numérique change la donne. « Le Dr Dischant avec qui je travaille réalise toutes les empreintes avec une caméra optique hormis pour les appareils amovibles, confie Odile Finot, assistante dentaire à Marly (Nord). Dans ce cas, je crée une fiche informatisée dans le logiciel de la caméra, de façon tactile, sur l’écran de l’ordinateur, nous envoyons ensuite en un clic l’empreinte avec sa fiche par internet. Cela nous permet de gagner en temps et en précision. » Mais quand on fait de l’empreinte optique, cela demande souvent une réorganisation et parfois un changement de prestataire. « Il faut vérifier que le prothésiste possède la bonne bibliothèque en fonction du matériel utilisé au cabinet. C’est surtout primordial pour la réalisation des inlays-core ou des couronnes sur implant, car chaque marque à sa propre connexion nécessaire pour la modélisation de la prothèse », explique Odile Finot.

L’apport incontestable de la photographie

Que ce soit pour les empreintes optiques ou conventionnelles, le recours à la photographie est très utile pour compléter les informations données au prothésiste. Les clichés du visage sont importants pour les grandes réhabilitations prothétiques, alors que les photos plus précises sont nécessaires lors de restaurations esthétiques unitaires. Les photos sont aussi très utiles pour la prise de teinte, à condition de respecter des paramètres comme le cadrage, la luminosité et surtout la bonne position des dents du teintier, avec le plus de références possibles. Elles permettent aussi de préciser la ligne du sourire, les différentes asymétries et apportent également des précisions pour déterminer les limites gingivales.

Le rôle essentiel de l’assistante dentaire

En plus des échanges de données, pour les prises en charge complexes, il y a toujours besoin d’un coup de fil ou d’un mail qui apporte une précision au prothésiste. « Les praticiens gèrent les problématiques très techniques tandis que les assistantes traitent les petits problèmes du quotidien : une couleur mal indiquée, un colis en attente, indique Hélène de Lagarde. Au sein de notre cabinet, nous avons constaté que nous avions parfois des incidents, avec des prothèses non réceptionnées dans les temps et nous nous en apercevions le jour où le patient se présentait. Nous avons mis en place une procédure qui nous permet d’avoir une visibilité. À chaque fois que nous recevons une prothèse, nous mettons une vignette spécifique dans l’agenda. Nous faisons aussi une vérification chaque semaine, en amont des rendez-vous, ce qui nous permet de rappeler le laboratoire et d’éventuellement annuler en amont des rendez-vous. »

Ce sont aussi les assistantes qui gèrent les dossiers pour la traçabilité. « Je range les fiches de prothèses, les bons de livraison et les fiches de traçabilité dans un classeur après avoir tout scanné, explique Émeline Montarien, quand je reçois la facture du prothésiste, je jette le dossier patient pour ne conserver que les documents numérisés. »

Un travail d’équipe

La réussite d’un traitement prothétique repose sur une relation d’égal à égal où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Dans un contexte d’évolutions constantes sur le plan technique, praticien et prothésiste dentaire ont plus que jamais besoin l’un de l’autre. Ces dernières années, de nombreux prothésistes se sont regroupés pour financer et moderniser leur équipement et pouvoir proposer une large palette de prestations.

Ces gros laboratoires présentent l’avantage de n’avoir qu’un seul interlocuteur mais parfois l’inconvénient d’être plus anonymes et d’avoir des délais plus longs. Les petites structures qui se maintiennent ont tiré leur épingle du jeu en se spécialisant sur certains travaux. Les praticiens, quant à eux, n’ont pas d’autres choix que d’avoir plusieurs interlocuteurs. Dans ce contexte en mutation, soigner sa communication avec ses prestataires est plus que jamais essentiel pour faire des soins de qualité et satisfaire le client. 

Quid de la fiche de laboratoire ?

Une fiche complète de laboratoire, qui sera conservée en deux ou trois exemplaires, doit indiquer a minima :

  • l’identification du praticien ;
  • l’identification du patient (codée pour le prothésiste dentaire), l’âge et le sexe ;
  • la date de prescription ;
  • la nature et la description du dispositif à réaliser (couronne, bridge, inlay, facette) ;
  • la couleur ;
  • les matériaux à utiliser ;
  • les dates des étapes intermédiaires de réalisation ;
  • la date de livraison demandée ;
  • la date de pose de la prothèse ;
  • les éventuels problèmes rencontrés.

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