Le lien entre statut économique et social et santé bucco-dentaire est connu depuis longtemps. Mais aux États-Unis, il est encore bien plus accentué qu’en France puisque la couverture des soins dentaires pour adultes n’est pas une prestation de santé essentielle dans la plupart des programmes publics d’assurance maladie. Aussi, en l’absence de soins de contrôle basiques, quand les patients consultent, il est souvent déjà trop tard pour sauver la dent et l’extraction est alors la solution la plus simple et bon marché. C’est pourquoi, des chercheurs de la Harvard School of Dental Medicine (HSDM) ont mis au point des algorithmes d’apprentissage automatique pour prédire la perte dentaire chez les adultes. Ces outils pourraient aider à identifier les dents à risque pour intervenir avant qu’il ne soit trop tard. L’étude a été publiée en ligne le 18 juin 2021 dans PLOS ONE.

Fort des données de près de 12 000 adultes provenant de la National Health and Nutrition Examination Survey, les chercheurs ont développé et testé cinq algorithmes en utilisant différentes combinaisons de paramètres, telles que les conditions médicales et le contexte socio-économique. En comparant les performances des différents systèmes, ils ont pu constater que les modèles incorporant des caractéristiques socio-économiques telles que l’origine ethnique et l’éducation permettaient de mieux prédire la perte de dents que ceux reposant uniquement sur les indicateurs cliniques traditionnels.

« Notre analyse a montré que si tous les modèles d’apprentissage automatique peuvent être des prédicteurs de risque utiles, ceux qui intègrent des variables socio-économiques peuvent être des outils de dépistage particulièrement puissants pour identifier les personnes présentant un risque accru de perte de dents », commente l’auteur principal, le Dr Hawazin Elani, professeur adjoint de politique de santé bucco-dentaire et d’épidémiologie à l’HSDM, dans un communiqué de presse de l’université. « Ce travail souligne l’importance des déterminants sociaux de la santé. Connaître le niveau d’éducation, la situation professionnelle et le revenu du patient est tout aussi pertinent pour prédire la perte de dents que d’évaluer son état dentaire clinique », ajoute-t-elle.

Un outil à utiliser partout dans le monde

Car bien évidemment, les conditions médicales préexistantes permettaient aussi de prévoir la perte de dents. « Nous avons constaté que les conditions médicales – telles que l’arthrite, le diabète, l’hypercholestérolémie, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires – font partie des facteurs prédictifs de la perte de dents, déclarent les chercheurs. L’application future d’un algorithme d’apprentissage automatique, avec des cohortes longitudinales, pour l’identification des individus à risque de perte de dents pourrait aider les cliniciens à prioriser les interventions visant à prévenir la perte de dents », concluent-ils.

L’outil de dépistage a été conçu de façon à être utilisé dans le monde entier dans divers contextes, même non dentaires. En effet, il permet d’évaluer le risque de perte de dents sans passer par un examen dentaire. Mais un patient considéré comme présentant un risque élevé devra évidemment passer chez le praticien.

Quelles associations dans l’esprit du grand public ?

Récemment, un sondage mondial mené par la plateforme d’études de marché Dentavox avait permis de montrer à quel point, dans l’esprit du grand public, perte de dents et statut social étaient liés. Pour 55 % des sondés, les individus issus d’un bon milieu social avaient moins de risque de perdre des dents. Interrogés sur les facteurs sociaux ayant le plus d’influence, 21 % des sondés indiquaient le niveau de revenu. Venaient ensuite l’éducation (8 %) et le lieu de vie (6 %).

Mais si cette association est instinctive pour beaucoup, en France, encore trop de gens ignorent la corrélation entre santé globale et santé bucco-dentaire. Selon une étude européenne sur les habitudes d’hygiène bucco-dentaire, réalisée par GSK Consumer Healthcare et Ipsos, et dont les résultats sont parus le 12 juillet, 83 % des Français voient encore les soins dentaires comme une pratique contribuant plus au bien-être qu’à la santé globale. Et si 58 % des sondés pensent caries quand on les interroge sur les possibles conséquences d’une mauvaise hygiène bucco-dentaire, seuls 53 % ont en tête une corrélation avec les maladies cardiovasculaires.