Dentoscope : Pensez-vous que l’orthodontie adulte se démocratise ?

Dr Michel Cassagne : J’ai eu 49 années d’exercice dont 30 en orthodontie exclusive. En effet, auparavant les adultes ne se tournaient pas vers l’orthodontie, sauf de rares exceptions. Depuis les années 2000, l’apparition des aligneurs et la venue sur le marché français d’Invisalign en 2002, l’intérêt pour le traitement d’orthodontie chez l’adulte s’est développé. J’ai fait partie des tout premiers formés à la technique Invisalign. Ils restent des leaders, mais des sociétés comme Joovence, entreprise française dont j’ai été praticien partenaire, arrivent sur le marché. Elle propose une offre différente, plus abordable pour une catégorie de la population qui n’a pas forcément les moyens de s’offrir un traitement.

J’ai été diplômé en 1969 et à l’époque il n’y avait pas d’orthodontie mais de l’orthopédie dento-faciale. La spécialité d’orthodontie n’existait pas, il fallait se former auprès de spécialistes, ce que j’ai fait en me rendant aux États-Unis en 1983.

Faut-il réaliser un cursus complet en orthodontie pour réaliser des traitements orthodontiques ?

Actuellement, des praticiens se forment auprès de structures privées qui vont à l’essentiel. Il n’est pas utile de faire des années de clinique pour pratiquer l’orthodontie. Les gouttières ont amené une simplification. Un omnipraticien peut réaliser des cas simples avec des prescriptions simples. C’est-à-dire des cas qui relèvent uniquement de l’alignement dentaire et ne bouleversent pas l’équilibre entre le maxillaire et la mandibule.

Quelle est la caractéristique des traitements pour les adultes, par rapport aux traitements chez l’adolescent ? Sont-ils plus problématiques ou délicats ?

Dire qu’un traitement d’orthodontie chez l’adulte peut être néfaste ou entraîner des complications est une erreur, s’il est bien mené. Je me suis toujours cantonné chez l’adulte à réaliser des traitements qui n’étaient pas complexes ; je ne réalisais pas de traitement sur la partie postérieure. Je conseille aux omnipraticiens de ne pas s’égarer dans des traitements compliqués. Dans 80 % des cas, la demande de l’adulte est l’alignement du secteur antérieur. L’adolescent est plus difficile à soigner car il est en croissance. Je conseillerais à des omnipraticiens, plutôt que de vouloir faire de l’orthodontie compliquée chez les adolescents, de faire de l’orthodontie adulte dans des cas limités au secteur incisivo-canin. Lorsqu’il manque de la place chez un enfant on fait de l’extension. Chez l’adulte, on ne peut pas réaliser d’extension, on va faire du stripping, c’est-à-dire de la réduction interproximale.

Outre l’esthétique, quel est l’intérêt, sur le plan global, d’un traitement orthodontique ?

Le premier point est le résultat esthétique, mais l’encombrement sur le secteur incisif de la mandibule peut entraîner une accumulation de tartre avec une dégradation de la gencive, un risque de déchaussement et à terme la dent peut nécessiter une extraction. Le fait d’atteindre un alignement convenable peut éviter des agressions bactériennes par la plaque dentaire.

Quelle place va prendre les aligneurs dans l’orthodontie dans les années à venir. Les brackets ont-ils encore de beaux jours devant eux ?

On utilisera toujours les brackets car avec les aligneurs on est en limite de certains mouvements, par exemple de rotation. Si le patient ne veut pas de traitement par brackets apparents, ou si l’on ne peut prendre en charge des mouvements avec les aligneurs, il est possible de faire un traitement lingual dont les techniques sont très sophistiquées. Je pense que dans les dix prochaines années 80 % des traitements se feront avec les aligneurs. Ce sont des traitements qui ne cessent de progresser et qui permettent d’obtenir de bons résultats.

Qu’apporte la 3D en orthodontie ?

Elle apporte une modélisation du traitement. Cela permet au patient de voir l’évolution des mouvements des dents au fur et à mesure du port des gouttières. L’apport du numérique et de la digitalisation en orthodontie est très important.