Du haut de son mètre 55, c’est une mini-bombe platine qui électrise les congrès dentaires depuis plusieurs années. « 20+26 ans » : la formule qu’elle emploie pour indiquer son âge trahit un enthousiasme contagieux. Depuis 2018, elle est formatrice des équipes de soins dentaires au sein de l’UFSBD (Union française pour la santé bucco-dentaire). Si Marilyn semble aujourd’hui parfaitement à sa place, le chemin pour y arriver a été sinueux, riche d’expériences et de rencontres déterminantes.

C’est au cours d’études d’arts et lettres à Bordeaux que naît sa vocation pour l’enseignement, même si son désir est encore seulement en éveil. « Je savais que je voulais transmettre mais sans en être tout à fait convaincue ». La jeune femme rate les concours de professorat de dessin, et tente une entrée dans le monde culturel. Elle atterrit finalement dans le commercial – assistant manager pour une marque d’équipements sportifs -, y prend goût puisque, chargée d’organiser des campagnes de séduction auprès de jeunes de banlieue, elle trouve le moyen de monter des projets de street marketing, mélange d’art et d’action sociale. Deux de ses grands dadas.

Saisir sa chance

Dans sa famille, Marilyn Michel est la première à porter la blouse blanche. Elle a 27 ans lorsqu’elle découvre la profession d’assistante dentaire : « Un métier formidable, une véritable claque ! » À cette époque, elle dirige la communication d’un magasin d’encadrement. Mais la boutique ferme, et son licenciement économique la laisse sans perspectives. Pas pour longtemps cependant. « C’était à une soirée, j’y retrouve Vincent, un ami dentiste. Je me revois, un verre à la main, et Vincent qui vante mon sens de...

la communication. « Tu devrais faire assistante dentaire », me dit-il. Or une copine qui venait de se lancer dans cette voie m’avait fait la même remarque peu de temps auparavant ». Elle les prend au mot et sollicite un stage d’observation au sein du cabinet de son ami. Il est associé avec le Dr Patrick Bonne, spécialiste français du management et de la démarche qualité en dentisterie. Très vite, le Dr Bonne devient à son tour son ami, son mentor. « À la première extraction, j’ai su que je voulais faire de la chirurgie. Pour la technique, la persévérance, l’exigence. » Elle y retrouve aussi le goût pour l’anatomie, qu’elle avait développé au cours de ses études de dessin.

Marilyn se met alors en chasse d’un employeur qui pratiquerait chirurgie et parodontologie et, au culot, répond à une annonce qui recherche pourtant une assistante qualifiée. Elle ne l’est pas (encore !), mais est choisie. Les dentistes la prennent sous leurs ailes. Consciente de sa « chance inouïe », elle fonce tête la première dans ce nouveau défi, avide de connaissances. « J’apprenais le nom des instruments par cœur, je compulsais livres et notes, soirs et week-ends ». Et tire de son expérience d’apprentie des conclusions sur les études en alternance : « J’y crois fort, ça oblige à être organisé. » Pour des raisons familiales, la jeune assistante déménage sur la côte Basque, puis sur la Côte d’Azur. Elle enchaîne alors les remplacements, qui lui ouvrent les yeux sur la pluralité du métier. « Les cabinets sont praticiens-dépendants ».

C’est à ce moment que Marilyn Michel monte son « Club Assistante Dentaire », à travers une page Facebook consacrée à la profession (encadré), avec pour objectif de rassembler ses collègues assistantes autour d’articles et d’offres d’emploi. Et puis, pas à une aventure près, elle répond à une petite annonce qui recrute « des personnes de tout secteur pour parler de communication et d’images aux professionnels de santé ». Convoquée à Marseille, elle se retrouve face à une entreprise en plein développement : Google. Et devient coach pour la firme de Mountain View. Pendant une année, sa mission consistera à proposer aux dentistes la géolocalisation, et à les convaincre de l’utilité d’être vus sur le web. Ensuite, elle retourne à Bordeaux.

Réaliser son rêve

L’heure est à un nouveau déclic. Sa véritable vocation rôde, mais ne s’éloigne jamais très loin de la dentisterie. Le praticien bordelais chez qui elle travaille a du flair. Il sent qu’elle est là sans être là. Un jour, en pleine opération, il lui pose la question qui fait tilt : « Si tu n’étais pas devenue assistante dentaire, qu’aurais-tu fait ? » Prise par surprise, Marilyn lâche spontanément son regret d’être passée à côté de l’enseignement. « Il n’est pas trop tard, lui souffle-t-il. Il faut que tu réalises ton rêve. » Plus qu’un conseil, c’est une prescription que lui offre le praticien, et qui lui ouvre de nouveaux horizons : « Je suis rentrée le soir chez moi avec cette phrase dans la tête. » Ni une ni deux, elle s’en va frapper à la porte de plusieurs écoles. Et devient aussitôt conseillère en formation dans une première école pour secrétaires médicales, puis formatrice dans un centre de formation prothésiste et assistante.

À la même période, elle participe à la première JNAD à Paris et y rencontre la directrice de la CNQAOS (Commission nationale de qualification des assistants en odontostomatologie). Un petit coup de papote plus tard, Marilyn repart à Bordeaux avec son numéro de téléphone. Elle attend plusieurs mois avant de rappeler à son bon souvenir la dirigeante de l’organisme de formation. La Commission a justement besoin d’une secrétaire pour Bordeaux. Banco ! Il ne s’agit pourtant que d’un mi-temps mais la Girondine est très motivée. Pendant près de cinq ans, elle tient le cap, et devient l’une des premières assistantes pédagogiques nationales. Elle développe alors des antennes sur la région bordelaise, comme à Bayonne, et multiplie les actions (travaux pratiques, remise des titres, etc.).

« Se former soi-même pour former les autres »

Férue de littérature comme de pinces à suture, le dénominateur commun à toutes ses passions est l’éducation : acquérir des connaissances et les partager. « Pour former les autres, il faut accepter de se former soi-même. C’est là que réside la vraie richesse », appuie-t-elle. C’est pourquoi en 2018, Marilyn Michel reprend ses études pour passer le DU « Démarche qualité en odontologie », normalement réservé aux dentistes. Durant un an, elle y consacre deux jours de cours par mois.

Aujourd’hui, elle a intégré les rangs de l’UFSBD. Avec le Dr Patrick Bonne, elle participe à la création d’une formation validante et innovante en e-learning (la première pour les assistantes dentaires !) sur la mise à jour des gestes du risque infectieux. Et toujours, en parallèle, le travail au cabinet de son praticien, deux jours par semaine : « Garder un pied en cabinet dentaire est essentiel pour apporter de la qualité dans une formation. » Dans la bonne humeur, elle alterne travail à quatre mains et animation de divers ateliers : éducation à l’hygiène avec les enfants, prévention, tabacologie et autres addictions. La Poupoupidou des assistantes, à la vie pourtant déjà bien remplie, intervient également à l’ADF (Association Dentaire Française) dans le cadre du programme de formation des assistantes dentaires – conférencière d’abord, puis responsable de séance.

Pas du genre à se reposer sur ses lauriers, elle réfléchit déjà à sa prochaine formation, sans doute un DU d’addictologie. « Les challenges, c’est l’histoire de [sa] vie ». Invitée par une fondation en Algérie l’an dernier, elle donne des formations auprès des « abeilles » algériennes, selon le petit nom qu’elle donne aux assistantes dentaires qui s’activent dans les cabinets-ruches de France et d’ailleurs. Toujours avide de nouvelles rencontres, elle prépare déjà de nouveaux projets.

Le club Assistantes Dentaires

Marilyn Michel aime à dire que « l’engagement n’est pas un gros mot ». Et si vous ne l’avez jamais croisée dans un congrès, peut-être l’avez-vous déjà aperçue derrière une pancarte au milieu d’une manif : Restos du cœur, AIDES, lutte contre l’illettrisme… toutes les causes sont bonnes pour y apporter son petit grain de sable. Elle met aussi philanthropie au service de ses paires. C’est sans doute ce qui l’a poussée, en 2010, à fonder son « Club Assistante Dentaire ». Sur une page Facebook, elle s’adresse à ses « petites abeilles », distillant offres d’emploi, actualités et pastilles humoristiques. « L’image de la ruche me semble juste, lorsque je les vois toutes s’activer autant dans leurs cabinets, si besogneuses, dans l’abnégation et l’altruisme. Elles sont si nécessaires et pas assez reconnues. » Dix ans après sa création, son Club ne compte pas moins de 27 000 followers et retient l’attention de 90 000 lecteurs chaque semaine.

Ses conseils aux praticiens pour améliorer l’efficacité de votre binôme :

· Accorder du temps de formation aux assistantes

« Beaucoup de dentistes considèrent que les assistantes doivent tout savoir à la sortie de l’école – ce qui est faux. D’autres ont peur de les laisser sortir du cabinet… On ne peut cesser d’apprendre, en continu. »

· Dégager du temps de parole, de communication

« Je reste émue par le témoignage bouleversant de mon amie assistante, qui, après vingt ans de bons et loyaux services, a posé sa démission sur la table de son praticien. Elle lui avait dit “Il faut qu’on parle”. Il n’avait pas mesuré l’importance de sa demande, et avait rétorqué “Plus tard”. Alors elle avait géré en silence la maladie de son enfant. Puis, un jour, elle a quitté le cabinet, comme ça, pleine de ressentis. La communication au sein de l’équipe est fondamentale. Combien de fois ai-je entendu des dentistes s’étonner de voir partir leur assistante. Il faut se parler, et pas debout entre deux portes. S’accorder parfois un café ensemble ou même un déjeuner. Papoter, de tout et de rien – et surtout pas de boulot ! – fait du bien pour apprendre à se connaître et se comprendre. »

· Déléguer sans délaisser

« Le dentiste ne peut pas oublier que c’est lui, le leader. En cela, il doit fédérer son équipe et faire en sorte que chacun apprenne à aimer travailler ensemble. »

· Donner le temps nécessaire tant aux tâches qu’aux pauses

« L’assistante dentaire est un peu un Shiva Nataraja, avec mille microtâches à accomplir chaque jour. Cela semble peut-être évident mais il faut lui laisser le temps pour réaliser son travail. Je vois trop souvent des assistantes qui ne prennent pas cinq minutes pour aller aux toilettes ou même… s’asseoir. Huit heures debout, ça fait beaucoup ! »

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