L’extraction-implantation immédiate (EII) fait partie des premiers protocoles implantaires qui ont historiquement remis en cause les principes édictés par l’école suédoise pour garantir l’ostéointégration de nos implants [1]. L’axiome concerné s’énonçait ainsi : « implanter dans un os sain et parfaitement cicatrisé ». Alors que nous étions une poignée de praticiens à mettre en œuvre et promouvoir cette technique dès la fin des années 80, nous l’avons très vite agrémentée des nouvelles procédures de régénération osseuse guidée [2, 3]… Autant de bravades qui nous furent largement reprochées à l’époque par la doxa universitaire française, mais qui aujourd’hui sont admises comme des évidences.

« Toute vérité passe par trois étapes : d’abord elle est ridiculisée, ensuite elle est violemment combattue et enfin elle est acceptée comme une évidence » (Arthur Schopenhauer).

L’avantage de figurer parmi les pionniers d’une technique est qu’on en devient inévitablement un expert car nous sommes alors aussi les premiers à en vivre les échecs afférents à la nécessaire courbe d’apprentissage et donc les premiers et les mieux placés à les analyser pour mieux les prévenir ultérieurement…

« L’échec est le fondement de la réussite » (Lao-Tseu).

La maîtrise technique acquise par l’expérience permet alors de pousser toujours plus loin le bouchon de l’audace clinique :

  • c’est ainsi que nous avons également appliqué très tôt la procédure EII...
  • dans le cadre de secondes intentions immédiates suite à des fractures d’implants [4] ;
  • nous avons sophistiqué l’approche thérapeutique d’EII avec des mises en esthétique immédiates (MEI) via des couronnes provisoires directement connectées aux implants immédiats [5, 6], nous permettant ainsi de mieux répondre aux doléances des patients en zone esthétique [7].

Ce n’est qu’en 2004 qu’un consensus international a finalement reconnu la procédure EII au titre des données acquises de la science [8]. L’engouement pour ce protocole s’est alors démultiplié et nombre d’études ont conduit à la conclusion qu’il est aussi permis d’envisager cette démarche thérapeutique, quand bien même le site concerné présente une infection [9]… Pour peu que cette dernière puisse être endiguée dans la même séance que celle de la pose de l’implant, que l’étude pré-implantaire y soit favorable et que les moyens techniques soient à la hauteur du challenge chirurgical (voir cas clinique 3).

L’expérience en la matière conduit donc à l’expertise et cette dernière devient un véritable plaisir clinique quand les progrès technologiques s’y ajoutent pour autoriser les praticiens que nous sommes avant tout à relever des défis cliniques toujours plus audacieux. Les adeptes de l’EII ont été bien gâtés ces dernières années qui ont vu émerger :

  • les implants coniques et cylindro-coniques dont le design est plus approprié que les implants cylindriques [10, 11, 12] ;
  • les formes spiralées [13] et les états de surface rugueux qui, combinés aux designs implantaires plus ou moins coniques, permettent d’obtenir une stabilité primaire augmentée (même en cas d’ancrage osseux essentiellement apical) ainsi qu’un meilleur taux d’ostéointégration [14].

Ainsi, de nos jours, nous maîtrisons suffisamment les paramètres qui régissent le protocole EII pour le conjuguer à presque « toutes les sauces », que ce soit en implantations unitaires, plurales ou complètes [15]. Depuis peu, nous avons aussi la chance de bénéficier d’une nouvelle génération d’implants dentaires encore plus adaptés à cette démarche thérapeutique : il s’agit des implants auto-forants/auto-taraudants/auto-condensants qui, non seulement optimisent les qualités requises pour implanter en mode immédiat [12, 16, 17], mais en plus permettent d’aller plus vite cliniquement, selon une procédure plus écologique, moins longue et moins désagréable pour le patient. Ce sont ces qualités qui sont mises en avant et illustrées dans les cas cliniques rapportés ci-dessous.

Cas clinique 1 : extraction-implantation immédiate avec mise en esthétique immédiate

EII – MEI (extraction-implantation immédiate avec mise en esthétique immédiate) en zone 21 (femme de 61 ans).

Fig.1a: État clinique initial – inflammation fulgurante en 21.

Fig.1b : Diagnostic clinique et radiologique de fracture radiculaire en 21.

Fig.1c : Extraction chirurgicale atraumatique de la 21.

Fig.1d : Séquence de forage minimaliste, limitée à un foret pointeur et à un foret pilote (diamètre 2 mm).

Fig.1e : Suite et fin de la phase chirurgicale : insertion de l’implant (Magix by Cortex) sans préparation supplémentaire et comblement du gap vestibulaire (Bio-Oss by Geistlich).

Fig.1f : Mise en place immédiate de la couronne provisoire en résine (laboratoire J.F. Barret).

Fig.1g : Mise en place de la couronne finale en céramique 4 mois plus tard (Laboratoire Leps).

Cas clinique 2

EII en zone molaire 47 chez une femme de 81 ans. La délicatesse de l’intervention (Fig.2) est liée à la trajectoire d’implantation impérieusement précise du fait :

de la résorption avancée de la crête osseuse d’une part,

de la faible marge de manœuvre au regard de la proximité du nerf dentaire inférieur d’autre part.

Le recours à un implant auto-forant/auto-taraudant/auto-condensant autorise une manœuvre chirurgicale en douceur et moins stressante.

Fig.2 : Le recours à un implant auto-forant, auto-taraudant et auto-condensant permet une manœuvre chirurgicale en douceur.

Cas clinique 3

EII en zone 36 infectée [9] suite à l’échec de traitement conservateur endo-prothétique chez un homme de 32 ans.

Fig.3a : Objectivation radiologique et extraction-assainissement en 36. La zone osseuse résiduelle (septum inter-radiculaire) est extrêmement fine, rendant très délicate la phase implantaire à suivre.

Fig.3b : L’implant auto-forant/auto-taraudant/auto-condensant est inséré délicatement tout de suite après le foret pointeur avec lequel nous avons balisé la trajectoire d’insertion.

Fig.3c : Contrôles radiologiques post-insertion, post-mise en fonction, au stade de l’empreinte et en post-prothétique (phase prothétique assumée par le Dr Harold Lhermite).

Auteur

Dr Michel Abbou

Directeur scientifique de SICT MIEUX

Exercice privé à Paris 75008

drmichel.abbou@orange.fr

Bibliographie

[1] Abbou M : Le bon sens clinique envers et contre les dogmes institutionnels. Dentoscope n° 168, Nov 2016 ; 12-26 – éditions EdP dentaire.  [2] Valentini P, Touboul C, Abbou M, Abensur D, Missika P : Immediate placement of a titanium implant after extraction. Guided tissue regeneration using a resorbable membrane Case report. Chir. Dent. Fr., 1991 Mar. 14; 61(556): 91-94.  [3] Missika P, Abbou M, Rahal B : Osseous regeneration in immediate post extraction implant placement: a literature review and clinical evaluation. Pract. Periodontics Aesthet. Dent., 1997 Mar; 9 (2): 165-175. [4] Abbou M, Missika P : Reprise de traitement implantaire : à propos d’un cas de fracture d’implants en céramique. L’Information Dentaire, 1993 ; 19: 1399-1408.  [5] Wöhrle PS : Single-tooth replacement in the esthetic zone with immediate provisionalization ; fourteen consecutive case reports. Pract. Periodontics Aesthet. Dent., 1998 ; 10 (9): 1107-1114.  [6] Abbou M L’extraction implantation immédiate – Mieux ou moins bien en zone esthétique ? Paroles d’Experts du 02-11-2016 ; Dentalespace.com.  [7] Abbou M Pertes incisives au maxillaire : évaluations cliniques, information du patient et choix thérapeutiques. Alpha Omega News, 1998; 38 Juin-Juillet: 7-9.  [8] Hammerle CH, Chen ST, Wilson TG Consensus Statements and recommended clinical procedures regarding the placement of implants in extraction sockets. Int J Oral Maxillofac. Impl. 2004; 19: 26-28.  [9] Waasdorp JA, Evian CI, Mandracchia M : Immediate placement of implants into infected sites: a systematic review of the literature. J Periodontol. 2010 Jun; 81 (6): 801-808.  [10] Abbou M : Primary stability and osseointegration: preliminary clinical results with a tapered diminishing-thread implant. Pract. Periodontics Aesthet. Dent., 2003 ; 15 (2): 161-168 ; quiz 170.  [11] O’Sullivan D, Sennerby L, Meredith N. : Influence of implant taper on the primary and secondary stability of osseointegrated titanium implants. Clin Oral Implants Res 2004; 15:474-80.  [12] Sang-Hyun M, Heung-Sik U, Jae-Kwan L, Beom-Seok C, MIN-KU L The effect of implant shape and bone preparation. J Periodontal Implant Sci, 2010; 40: 239-243.  [13] Danza M, Guidi R, Carinci F : Spiral family implants inserted in postextraction bone sites. Implant Dentistry, june 2009 ; 18 (3) : 270-278.  [14] De Tullio I, Bernardini M, Di Iorio D, Pzerfetti F, Perfetti G : Comparative evaluation among laser-treated, machined, and sandblasted/acid-etched implant surfaces: an in vivo histologic analysis on sheep. Int L Implant Dentistry, 2020; 6 (7).  [15] Abbou M : New Sensations with Latest Implant Generations Allowing High Performance Strategies in Oral Implantology. Periodontics and Prosthodontics Journal, 2016; 3(17): 1-13.  [16] Trisi P, Bernardini M, Falco A, Vulpiani MP : Effect of implant thread geometry on secondary stability, bone density and bone-to-implant contact: a biomechanical and histological analysis. Implant Dentistry, August 2015; 24 (4): 384-391.  [17] Folkman M, Becker A, Meinster I, Mahmoud M, Ormianer Z : Comparison of bone-to-implant contact and bone volume around implants placed with or without site preparation: a histomorphometric study in rabbits. Scientific Reports, 2020; 12446

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