Une entreprise qui dispense des soins de santé. S’il est bien entendu hors de question de considérer le patient comme un vulgaire client ou consommateur, aujourd’hui, le praticien n’est plus seulement soignant, il est également chef d’entreprise. « Au-delà de la qualité des soins, il a besoin de diriger du personnel, il doit avoir des bases en communication pour échanger avec des patients de plus en plus avertis et éclairés sur les traitements et en attirer de nouveaux, il doit optimiser son emploi du temps, mettre en place des process… toutes ces choses font partie du management. Il est impossible de gérer un cabinet dentaire sans ces notions », explique Guillaume De Ribas, orthodontiste exclusif et consultant formateur en développement de projet pour chirurgiens-dentistes.

Pourtant, les cursus d’odontologie ont eux très peu changé ces vingt dernières années et le management n’y est toujours pas enseigné. Que ce soit en France ou à l’étranger. « Aux États-Unis, tous les États ne le proposent pas. Dans notre vieille Europe, ça n’existe pas parce qu’historiquement, intégrer les notions entrepreneuriales dans notre cabinet dentaire a été attribué à du commerce. La partie commerciale de notre profession est réfutée et refoulée par beaucoup d’anciens praticiens. Tous les cursus n’ont pas pris...

ça en compte », déplore le praticien.

Pourtant, « dès le diplôme ou pendant les études, il devrait déjà y avoir une évaluation des besoins. Il devrait au moins y avoir un enseignement initial théorique, même sommaire, permettant de s’évaluer par rapport à ses besoins. »

Le management, une véritable science

Mais comment évaluer ses propres besoins ? Chacun le sait, il est extrêmement difficile d’être complètement neutre et objectif concernant ses propres compétences, ses forces et ses faiblesses. Pour certains, le management est instinctif et ils naviguent à vue. D’autres, qui ne savent pas par quel bout commencer ni quel chemin emprunter pour atteindre leur objectif, essayent de s’autoéduquer au management, par la presse par exemple.

« La presse peut aider. Pourquoi ne pas s’abonner à Management pour se donner des idées, mais c’est un simple éveil, cela ne va pas plus loin », avance Guillaume De Ribas. Certains passent quant à eux des heures à surfer sur le Web pour glaner des informations. « Il reste difficile de faire le tri dans tout ce qu’on voit, apprendre toutes les définitions par cœur est loin d’être idéal. » Et d’autres se plongent dans les livres. « Si on part sur des choses d’un réel niveau, le problème c’est que les praticiens n’ont pas les bases pour les comprendre. Cela ne nous viendrait pas à l’idée d’apprendre n’importe quelle discipline du dentaire juste par des bouquins. »

Aussi, pour la plupart des praticiens, faire appel à un consultant extérieur reste encore le plus simple. Vous pouvez ensuite solliciter un coaching personnalisé ou vous tourner vers une formation spécialisée. Devant la demande grandissante, les structures proposant des cours de management sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses. Mais toutes ne se valent pas.

« Aujourd’hui, n’importe quelle personne ayant une expérience réussie du cabinet dentaire s’improvise coach en management pour les dentistes. Mais c’est une science. Ce n’est pas seulement de l’improvisation ou des compétences empiriques. Or, il y a sur le marché des formations et des personnes compétentes mais aussi des professeurs improvisés », met en garde Guillaume De Ribas.

Gérer son temps, déléguer les tâches, organiser des réunions…

Aussi, avant de choisir où vous irez prendre vos classes, faites vos devoirs. Abonnez-vous à des revues professionnelles, consultez des forums, des groupes Facebook ou Whatsapp où vos confrères échangent régulièrement sur les formations effectuées. Interrogez ceux qui ont suivi des cours qui vous intéressent. Demandez-leur s’ils en ont été satisfaits, s’ils ont été accompagnés, si on leur a donné suffisamment d’outils, un manuel de formation…

Présentiel, distanciel, vous aurez le choix des formats ainsi que de la durée, un jour ou plus. Il y en a pour toutes les disponibilités. Le relationnel avec son équipe est largement abordé : comment mobiliser et responsabiliser les collaborateurs, comment avoir une écoute active et donner des retours des réunions ou encore comment faire preuve d’intelligence émotionnelle et d’autorité avec son équipe sont autant de points abordés. Mais également la gestion et l’organisation du cabinet : avoir une bonne gestion du temps, savoir déléguer pour se concentrer sur son travail clinique…

À terme, on vous promet de réussir à identifier votre profil de manager, ainsi que vos axes de progrès pour mieux vous adapter aux autres et savoir appliquer des procédures de gestion des ressources humaines qui conviennent dans chacune des situations courantes de votre exercice. Sachant que le cabinet dentaire a une particularité qui requiert des compétences bien spécifiques en termes de leadership : l’importance du turnover. Vous devrez donc être à même de motiver et de fidéliser le personnel qualifié, compétent et désireux de progresser à vos côtés, que ce soit par des moyens pédagogiques, matériels ou organisationnels.

Sans vision, point de réussite

Grâce à ces formations, vous devriez donc dorénavant savoir prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler (POCCC), les cinq activités administratives stratégiques du chirurgien-dentiste nécessaires à la « démarche Qualité » initiée par le cabinet. Mais si de nombreuses formations sont proposées en ce qui concerne la gestion de l’entreprise, « toute la partie » management stratégique, « très importante dans une carrière » est moins souvent abordée, regrette Guillaume De Ribas. Cette discipline correspond à l’ensemble des décisions prises par un dirigeant d’entreprise ayant un impact à moyen et à long terme. Elles visent surtout à définir la stratégie de l’entreprise et à garantir son développement et sa pérennité.

« Alors qu’avant, un praticien avait un seul cabinet pour toute sa vie professionnelle, aujourd’hui, on a des spécialisations, des diversifications. Et si tout cela est fait sans vision, sans plan d’action, on court au mieux à une vie professionnelle stressante, au pire à la catastrophe », prédit Guillaume De Ribas. Car « pour développer une activité, il faut des compétences dans le domaine, cela ne s’improvise pas, c’est très pointu. »

Si vous ne trouvez pas votre bonheur dans les formations spécifiques au dentaire, pas de panique, vous pourrez apprendre le management stratégique ailleurs, en passant un MBA dans une grande école de commerce, comme l’a fait lui-même Guillaume De Ribas, par exemple. « Le management stratégique n’est pas spécifique. À partir du moment où on l’a appris, on peut l’appliquer dans n’importe quel domaine ou entreprise. Dans toute entreprise, la connaissance du management est un postulat de départ, insiste l’expert. Qu’elle soit constituée de deux personnes, de dix ou de dix mille. Et même les plus grandes boîtes font appel à des personnes spécialisées pour évaluer leurs stratégies ».

La formation, un investissement en soi

Vous avez suivi une formation, vous avez pris du temps, dépensé de l’énergie, de l’argent (les formations en management ne faisant pas partie des formations obligatoires prises en charge dans le cadre du DPC)… Alors comment savoir si vos nouvelles compétences portent leur fruit au cabinet ?

« À partir du moment où on a appris les notions suffisantes pour mener un projet et développer son activité, le succès des projets est le premier retour, assure Guillaume De Ribas. Après, financièrement, ça en découle. Travailler mieux permet de gagner plus. Tandis qu’à l’inverse, un manque de compétences managériales peut coûter très cher au cabinet. »

« Cela peut aller jusqu’à nuire à la qualité médicale des soins, alerte-t-il. Prenez une organisation bien ficelée dans un cabinet, avec du personnel, des plateaux techniques parfaits, des process à l’idéal… Une personne qui se retrouve plantée par un élément essentiel dans la chaîne et ne sait pas diriger une équipe pourra essayer de soigner quand même ». À ses risques et périls…

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