Installer une salle dédiée à la chirurgie dentaire, implantaire et/ou parodontale permet de mieux gérer le planning des interventions spécifiques. En raison de l’intérêt croissant pour les actes d’implantologie, de plus en plus de praticiens pensent à en créer une, voire deux. « Quand un spécialiste réalise beaucoup d’implants, il lui faut deux blocs. Sinon il ne peut plus travailler pendant plusieurs heures, le temps de désinfecter la salle », développe Robert Maccario, consultant en organisation des cabinets dentaires et fondateur d’Efficience Dentaire. Il conseille toutefois aux omnipraticiens réalisant peu d’opérations de bien réfléchir avant de se lancer dans l’installation d’une salle de chirurgie.

Agencement du cabinet

Le sas

C’est dans cet espace de quelques m2 que le patient pourra se préparer (désinfection buccale, antisepsie cutanée et habillage stérile) avant de pénétrer dans le bloc. Le sas doit comprendre un lavabo chirurgical doté d’une commande « No touch » (robinet à déclenchement infrarouge, à pédale ou par levier au genou) et d’un filtre terminal, d’un distributeur « No touch » de savon bactéricide ou de gel antiseptique, ainsi que d’une zone de stockage. Dans l’idéal, via des panières en inox afin d’éviter la poussière. « Si on installe une salle de chirurgie aux normes, on se donne les moyens d’être au top. En plus du sas pour le patient, il en faudra un pour que le dentiste et son assistante puissent se préparer, et une salle de repos une fois l’opération terminée », précise Robert Maccario qui recommande également d’installer des toilettes à proximité...

pour les patients souffrant d’effets secondaires de l’anesthésie. Pour accéder à la salle de chirurgie, le mieux est d’installer une porte vitrée automatique, sans poignée, ni bouton à manipuler. Le coût étant assez élevé, n’hésitez pas à demander plusieurs devis aux constructeurs.

La pièce

Celle-ci ne doit pas aller au-delà de 12 m2. « Un gros cabinet que j’accompagne voulait réaliser des salles de 15 à 20 mètres carrés. Je les ai convaincus de créer des salles de dix mètres. La désinfection sera beaucoup plus rapide », explique Robert Maccario. Pour pouvoir nettoyer la salle le plus facilement possible, privilégiez un sol PVC Compact (qui ne marque pas) de grande largeur. « Concernant le sol, je fais installer le même pour les salles de soin et de chirurgie : un sol d’hôpital. À partir du moment où je risque une contamination – même un détartrage comporte un risque -, pourquoi mon niveau d’asepsie devrait-il être différent ? », questionne Robert Maccario. Dans la même logique, bannissez le carrelage et ses joints ! Les murs doivent être lisses et peints avec une peinture acrylique de bonne qualité. Choisissez un plafond lisse peint ou suspendu avec des dalles lisses et compactes, qui ne se désagrègent pas. Vous pourrez y encastrer les lumières d’ambiance, des haut-parleurs étanches et y cacher la suspension plafonnière du scialytique. « Moi, je mets des fenêtres, des murs roses et des papillons ! Ce n’est pas parce qu’on réalise une opération chirurgicale qu’il faut être triste. Les Américains l’ont compris depuis longtemps, il faut, au contraire, détendre le patient. Les gens veulent un bloc blanc en inox, sans fenêtre. On installe la salle de chirurgie au fond du couloir. Pourquoi ? Quel est le raisonnement ? », s’interroge le consultant. Concernant le nettoyage de l’air, d’autant plus important en cette période de pandémie, préférez un système d’air indépendant comportant un filtre « HEPA ».

L’équipement

Faites-en sorte d’avoir le moins de matériel à demeure possible. Choisissez-le sur pied ou à roulettes et bien sûr facilement nettoyable.

Les fauteuils

« Je recommanderais plutôt un siège avec appui coude pour le praticien et une selle avec appui ventral swing pour l’assistante », conseille Robert Maccario. D’après l’expert, c’est par ailleurs « surtout avec le fauteuil que le praticien peut s’y retrouver financièrement. Les prix allant de 1 000 à 12 000 euros, un chirurgien-dentiste qui veut réaliser des économies pourra acheter un fauteuil électrique avec deux ou trois moteurs pour 1 000 euros », explique-t-il.

La table « pont » transthoracique

Celle-ci devra être bien réglée en hauteur.

Les chariots porte moteur

Le chariot porte moteur vous servira à supporter le moteur d’implantologie, le piezotome ou autres appareils. Facultatif, le chariot de service peut être placé à côté de votre assistante pour répondre aux besoins de dernière minute.

Le dispositif d’aspiration

« L’aspiration peut être dédiée ou non. Soit le dentiste se raccorde à l’aspiration générale pour faire des économies, soit, ce qui est plus raisonnable, il achètera une aspiration dédiée à la chirurgie. Le sang n’ira alors pas dans les canalisations : on le récupérera directement dans des poches », explique Robert Maccario. En effet, en implantologie, le système le plus adapté est constitué d’une pompe à vide avec un ou deux bocaux destinés à recevoir des poches de collecte à usage unique incinérables. La pompe à vide doit être équipée d’un filtre bactériologique au niveau de la sortie d’air.

L’éclairage opératoire

Le scialytique complète l’éclairage ambiant et apporte une source lumineuse suffisante pour le travail en bouche. Privilégiez un modèle avec un réglage d’intensité et une poignée autoclavable.

Le système de traitement d’air

« Les personnes qui ont des vrais blocs ont mis en place des systèmes d’aération spécifiques avec des filtres. Une salle de dix mètres carrés peut être complètement désinfectée en quinze minutes mais ces appareillages coûtent relativement cher », explique Robert Maccario.

Les déchets

Comme dans une salle de soins classique, les déchets se gèrent via un bac spécialement dédié à cet effet (en inox de 14 litres par exemple), un support roulant (AG/4046RA) et une poubelle ne nécessitant pas de mode d’emploi.

Le matériel informatique

Pour éviter au maximum les fils électriques, procurez-vous un clavier désinfectable avec une plaque de verre. Ou, mieux encore, une tablette tactile sous film. Mais pour Robert Maccario, le matériel informatique n’a pas vraiment sa place dans la salle de chirurgie. Il devrait être installé dans une pièce séparée, spécialement dédiée à l’administratif. Ici, « il faut des petites salles qui contiennent uniquement un fauteuil, deux tabourets et c’est tout », insiste-t-il, développant le même argument pour les salles de soins classiques.

Trois zones bien distinctes dans le cabinet dentaire

Car selon le fondateur d’Efficience, le principe même de la salle de chirurgie dentaire est à revoir. « En termes d’asepsie, quelle différence y a-t-il entre une chirurgie implantaire, une chirurgie parodontale ou encore un traitement canalaire ? s’interroge-t-il. C’est raisonner dans le passé que de penser qu’une salle d’omnipratique diffère d’une salle de chirurgie. » Pour l’expert, les bibliothèques, gros bureaux, ordinateurs et ventilateurs n’ont pas leur place en salle de soin. Pour lui, si les implantologues expérimentés, qui réalisent entre 200 et 800 implants par an, ont besoin d’une salle de chirurgie et même de deux, les omnipraticiens perdent de l’argent et du temps à installer un bloc pour « deux heures d’opération par semaine maximum. C’est absurde de bloquer un lieu pour si peu de temps », assure-t-il. Et le spécialiste de détailler sa pensée : « En moyenne, un omnipraticien soigne 600 patients par an et réalise une cinquantaine d’implants par an (entre 20 et 80). Chaque implant coûte environ 200 euros. Concernant le matériel, les chirurgiens-dentistes investissent en moyenne 25 000 euros pour équiper une salle. Si je ramène cette somme au coût par intervention, mon investissement va s’amortir à 100 euros à chaque fois que je pose un implant. Quant à la surface dédiée, il faut en payer le loyer, le chauffage, le ménage… ce qui coûte environ 400 euros par mois. Sur un an, ça revient à 4 800 euros et sur cinq, à peu près à 25 000 euros. En ramenant le coût de la salle à l’intervention, là encore, cela coûte à peu près 100 euros. Ainsi, au niveau global, quand on pose un implant facturé entre 1 000 et 1 800 euros, cela revient à peu près à 400 euros de dépense par implant », calcule-t-il.

Robert Maccario conseille donc trois zones dans le cabinet. La zone administrative et de communication, où placer bureaux, livres et ordinateurs, la zone logistique (vestiaires, douches, cafétéria pour les employés, stockage du matériel) et la zone clinique où auront lieu les opérations. « Tous les nouveaux cabinets, toutes les cliniques modernes ressemblent à ça », insiste-t-il, rappelant l’intérêt de la porte automatique qui sépare le couloir des salles de soins. À l’heure actuelle, 300 chirurgiens-dentistes, tout au plus, doivent travailler avec un sas dans l’Hexagone, assure-t-il. « Ils mettent tous des surblouses aux patients. Les surchaussures, que je recommande depuis des années, sont de plus en plus utilisées avec la Covid. » Et de conclure : « C’est toute la dentisterie qu’il faut revoir en France. »
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Prendre soin de son confort visuel

Pour les praticiens réalisant beaucoup de chirurgie, les loupes « apportent en précision, notamment sur les techniques de suture. » « L’utilisation d’un fil plus fin est possible, ce qui permet une meilleure cicatrisation et un travail plus esthétique », explique Sébastien Picavet, directeur commercial de Bisico, qui recommande de s’intéresser aux gammes de solutions optiques. « L’idée est d’avoir une distance de travail qui corresponde au praticien. Cette ergonomie permet d’éviter des douleurs lombaires ou au niveau de la nuque en voyant en très gros ». Les différentes gammes permettent plusieurs types de montage et de blocs optiques. Il insiste enfin sur l’intérêt de la lumière coaxiale dans un bloc. « La petite lumière de la loupe permet d’éviter les ombres portées, des plafonniers ou des scialytiques. Certains praticiens disent même ne plus se servir du scialytique mais juste de leur éclairage coaxial. Ce qui peut permettre de réaliser d’importantes économies, notamment pour un jeune qui vient de s’installer.»

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