Exercer l’art dentaire, c’est être capable de travailler sur de petites surfaces de quelques millimètres carrés, plus ou moins accessibles selon qu’elles se situent à l’avant ou l’arrière de la bouche. C’est faire un travail de haute précision et maintenir une attention visuelle extrême des journées entières pour soigner, piquer, fraiser au bon endroit… Mais vous ne faites pas que réparer les dents, vous faites aussi un travail esthétique, vous taillez des dents, vous choisissez des teintes de prothèses et vos yeux sont vos guides.

Sans cesse sollicités, vos yeux doivent s’adapter aux zones différemment éclairées sur lesquels ils se posent, de la bouche du patient, au plan de travail, en passant par l’ordinateur et l’ensemble du cabinet. Au fil des années, vous êtes de plus en plus susceptibles de souffrir d’une fatigue visuelle accrue, de troubles de la vue et de maux de tête.

Considérer l’éclairage comme une priorité

Votre profession de chirurgien-dentiste est considérée par la norme européenne EN12464-1 comme un métier à risque en termes de santé oculaire. Il est donc primordial de prendre soin de vos yeux. Pour cela, plusieurs marges de manœuvre s’offrent à vous.

Obligez-vous à faire des micropauses pendant les soins, dès que cela s’avère possible. Relevez la tête doucement, relâchez votre dos, détendez vos mains, fermez vos paupières quelques...

secondes et regardez à travers la fenêtre. Vous pouvez également plonger votre regard dans un tableau accroché au mur. Lorsque vous prenez une véritable pause, on ne peut que vous recommander d’aller à l’extérieur : une promenade aère l’esprit et repose les yeux.

Observez-vous. Si vous constatez une baisse de votre acuité visuelle ou une gêne, empressez-vous de consulter un ophtalmologue.

Considérez l’éclairage de votre espace de travail comme une priorité. Tous les éclairages artificiels ne se valent pas. Certains répondent davantage à des considérations esthétiques qu’à des normes de protection. Intéressez-vous aux différents types de dispositifs. Pourquoi ne pas les tester sur un salon ou chez un confrère ? A minima, discutez-en avec vos fournisseurs. Il s’agit de trouver un équilibre en termes de confort visuel : améliorer vos performances tout en évitant de vous fatiguer.

Tendre vers la lumière du jour

L’idéal est de penser la lumière en amont, au moment de la construction de votre cabinet, ou lors de votre installation. Mais il n’est jamais trop tard pour améliorer vos conditions de travail. Classiquement, dans votre cabinet, vous avez deux sources de lumière, le plafonnier qui diffuse dans toute la pièce et la lumière opératoire ou scialytique qui vient éclairer la zone de la bouche sur laquelle vous intervenez. Se préoccuper de la qualité de l’éclairage suppose de considérer l’espace de travail dans son ensemble. « Quand le praticien relève la tête, il passe de l’éclairage du scialytique à celui du plafonnier. L’idéal est qu’il y ait une harmonie en termes d’intensité et de couleur, explique Julien Koci, dirigeant d’une société de matériel d’éclairage. S’ils passent d’une lumière blanche à une lumière jaune, ses yeux vont se fatiguer. » La lumière des dispositifs est étudiée de manière que le praticien ne constate pas de différence avec la lumière naturelle.

La lumière du jour se compose de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, c’est-à-dire un spectre complet et continu qui permet un rendu idéal des couleurs. Elle ne peut suffire à éclairer un cabinet dentaire. En effet, elle est inconstante au cours de la journée et peut créer des éblouissements. Mais la gageure pour tous les fabricants de lumière artificielle va être de se rapprocher de ses caractéristiques.

Température de couleur,
indice de rendu et intensité lumineuse

Pour définir la qualité de la lumière, trois paramètres sont pris en compte : la température de couleur, l’indice de rendu des couleurs et l’intensité lumineuse. Il est important de les comprendre car ce sont ces critères qui seront mis en avant par les fournisseurs et les fabricants.

L’indice de rendu des couleurs (IRC) permet de mesurer la propension d’une source lumineuse à bien rendre les couleurs qu’elle éclaire. La valeur maximale d’IRC est de 100, ce qui correspond à la lumière du jour. On considérera qu’un éclairage est très bon s’il présente un IRC supérieur à 90.

Concernant la « température » de couleur, il faut considérer la relation entre la température d’un corps et la lumière qu’il émet. Par exemple, un morceau de bois devient rouge quand il brûle ; si on l’attise en soufflant dessus, la lumière devient de plus en plus blanche. Avec cet exemple, on comprend que la température de couleur précise la teinte de la lumière. Elle se mesure de degrés Kelvin. Inférieure à 5 500 Kelvins, la lumière a une teinte jaunâtre, supérieure à 5 500 Kelvins, elle sera plutôt blanche et fera ressortit les détails anatomiques des dents.

« Nous proposons des éclairages reproduisant la lumière du jour et certifiés D65, explique Christelle Carthonnet, chef de produit dans une autre société de matériel d’éclairage. L’illuminant D65 est une référence définie par la commission internationale de l’éclairage. C’est une norme standardisée qui correspond à 6 500 Kelvins, soit la lumière de 10 heures en septembre sous nos latitudes. »

Enfin, l’intensité lumineuse se mesure en lux, et représente la quantité de lumière reçue sur une surface à une distance donnée. D’après la norme DIN 67505, elle doit se situer entre 8 000 et 12 000 lux dans la cavité buccale. Pour un plafonnier installé au-dessus du fauteuil, elle doit être comprise entre 1 500 et 2 000 lux.

Architecture et mode de travail :
ce qui conditionne les choix

Il existe plusieurs modes de fixation pour la lumière opératoire (ou scialytique) qui éclaire la zone de la bouche. Le modèle vendu avec le fauteuil présente l’avantage d’être facile à commander. Il subit toutefois des variations au cours des soins et peut donc bouger. Le modèle fixé au plafond permet de gagner de l’espace. Si vous ne pouvez pas faire une goulotte ou une saignée, pour le fixer, parce que votre cabinet est dans un immeuble haussmannien ou que vous louez des locaux, l’alternative sera de fixer la lumière opératoire au mur, ou d’utiliser un dispositif à roulettes. « Les scialytiques que nous proposons doivent être positionnés à 70 cm de la cible. Ainsi ils sont placés en dehors de l’espace opératoire afin d’éviter les collisions avec les instruments de l’unit et les projections lors des soins, fait remarquer Julien Koci. Pour les scialytiques fixés au plafond, une colonne descend et le bras est à 1,80 m du sol. Ceci dit, l’installation sera toujours personnalisée. On prend en compte la posture de travail du praticien, sa taille et s’il est gaucher ou droitier. » L’intérêt de ce type d’éclairage puissant est de permettre au praticien de discerner les contrastes, les détails et de faire disparaître les ombres portées.

Mais le scialytique ne fonctionne pas toute la journée. « La puissance est tellement forte que ce ne serait pas supportable pour le praticien, estime Christelle Carthonnet. Nous proposons des plafonniers encastrés ou réglables avec des fils de suspension. Le principe est de créer une lumière harmonieuse dans la salle de soins mais aussi dans l’ensemble du cabinet. Il est important d’apporter le même confort à toute l’équipe, que ce soit à l’accueil ou dans la salle de stérilisation. »

Quant aux zones de circulation, elles n’ont pas besoin d’un éclairage important mais on veillera à ne pas créer trop de contrastes d’un espace à l’autre. Enfin, si vous avez un goût affirmé pour la décoration, la salle d’attente sera peut-être l’endroit où vous pourrez prévoir un éclairage plus chaud et reposant et aussi vous faire plaisir avec une décoration à votre image, avec des luminaires originaux.

Les ampoules LED à la conquête du marché

Quoi prendre comme éclairages ? La question ne se pose plus. En raison de leur faible consommation et de leur rendu lumineux, les LED ont détrôné les ampoules halogènes et les ampoules fluorescentes. Mais elles ont leur tendon d’Achille. L’Agence de sécurité sanitaire (Anses) a ainsi identifié des risques de toxicité sur la rétine liés à la forte teneur de lumière bleue.

« Les écrans d’ordinateur sont plus concernés que les dispositifs d’éclairage que nous commercialisons, c’est un faux problème », estime Julien Koci. Mais d’autres fabricants ne l’entendent pas de la sorte. « Il existe la norme EN62471 qui permet d’évaluer si un éclairage présente un risque de toxicité pour les yeux. Le groupe de risque GR0 permet de repérer un éclairage sans risque photobiologique », estime Christelle Carthonnet.

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