Chacun le sait, la consommation d’alcool représente un gros risque pour la santé. L’alcool est responsable, directement ou non, d’une soixantaine de maladies. Parmi elles, différents cancers (voies aérodigestives supérieures de l’œsophage, foie, sein chez la femme, cancer colorectal…), mais aussi la stéatose, la fibrose et la cirrhose du foie, la gastrite ou encore la pancréatite. C’est également un facteur de risque de maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, troubles du rythme cardiaque, AVC…). À tel point qu’en France, pays du vin par excellence, la consommation d’alcool est la première cause d’hospitalisation. En 2015, elle était à l’origine de 11 % des décès chez les hommes et de 4 % chez les femmes, soit un total de 41 000 décès. En tout, chaque année, le coût social de l’alcool (maladies, accidents, etc.) est estimé à 118 milliards d’euros.

C’est pourquoi, la Direction générale de la santé et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives ont sollicité l’Inserm pour établir un état des lieux des dommages liés à l’alcool et donner des pistes pour les réduire. «  Au-delà de facteurs individuels, le marketing de l’alcool (produit, prix, publicité, accès au produit) influence les niveaux et modes de consommation et joue un rôle primordial dans les comportements d’alcoolisation des jeunes  », déplore le rapport dévoilé début juin. Ce dernier est intitulé « Réduction des dommages associés à la consommation d’alcool ».

Dans un premier temps, l’Inserm a coordonné une expertise collective afin d’établir une analyse critique des dernières connaissances scientifiques sur la consommation d’alcool et de dresser des constats. Après quoi, les experts ont émis des recommandations pour réduire les risques et les dommages associés.

Renforcer la loi Evin

En France, près de 43 millions de personnes consomment de l’alcool. Les jeunes l’expérimentent pour la première fois à l’adolescence. La consommation devient ensuite régulière (10 fois ou plus par mois) pour 8 % des jeunes de 17 ans. Par ailleurs, 40 à 50 % d’entre eux déclarent avoir ponctuellement une alcoolisation massive chaque mois (cinq verres ou plus en une seule occasion). Chez les plus de 18 ans, la consommation moyenne par jour est d’environ trois verres.

D’après les experts, le prix de l’alcool, sa disponibilité ou encore les normes relatives à sa consommation sont associés à des perceptions positives, ce qui incite à boire. « Internet et les réseaux sociaux où la publicité est peu régulée sont particulièrement investis par les producteurs d’alcool.  »

En France, si la loi Evin de 1991 encadre la lutte contre les dommages liés à la consommation d’alcool (et de tabac), sa version actuelle a largement été modifiée et affaiblie sous le poids du lobbying des producteurs. C’est pourquoi, les spécialistes recommandent de renforcer la législation pour interdire la publicité sur Internet et dans l’espace public. Autres préconisations : augmentation des prix et meilleur contrôle de l’accès aux mineurs ; limitation du nombre de commerces autorisés et des licences ; réduction des plages horaires durant lesquelles la vente d’alcool est possible.

Le rôle du chirurgien-dentiste

Les spécialistes recommandent d’utiliser des messages de prévention, destinés aux Français afin de rappeler les repères de consommation à risque faible, le zéro alcool pendant la grossesse et la plus grande vulnérabilité biologique des femmes face à l’alcool.

Parmi les pistes de réflexion : multiplier les campagnes d’arrêt de la consommation, comme le Dry January, dépister systématiquement une consommation d’alcool à risque  » afin de permettre, si nécessaire, une prise en charge adaptée « . Pour ce dernier point, le rapport propose notamment la mise en place d’une meilleure formation des soignants quant aux interventions brèves. Cette procédure de prévention permettrait de faire le point sur la consommation d’un patient et, si besoin, de le motiver au changement.

Les chirurgiens-dentistes peuvent s’en charger en mesurant la consommation d’un patient sur un an, grâce à un questionnaire rapide à réaliser. Ce dernier est à télécharger sur Alcool info service. Les résultats seront l’occasion d’ouvrir la discussion et de réaliser un entretien motivationnel. L’essentiel étant bien sûr de ne pas juger ni de faire la morale et de respecter le choix du patient.

Un fardeau pour la société française

À terme, la qualité du suivi à long terme des patients dépendants à l’alcool doit également être renforcée afin d’éviter la rechute. Pour ce faire, il est nécessaire de privilégier les stratégies thérapeutiques telles que la psychothérapie, la réhabilitation sociale ou encore la prise en charge des comorbidités.

En conclusion,  » les conséquences sanitaires, sociales et financières très importantes de la consommation d’alcool même à de faibles niveaux, représentent un fardeau pour la société française sans pour autant que les moyens alloués pour les contrer soient à la hauteur des enjeux « . Du moins à l’heure actuelle, alertent les experts.